Archive for septembre 2007

Farewell Massoni

32+01:00p30+01:0009bjeu, 27 Sep 2007 17:12:32 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Madelin
Farewell Philippe Massoni
27 septembre 2007

Philippe Massoni, Président du Conseil de Sécurité intérieure, a été prié en conseil des Ministres, le 26 septembre, de faire valoir son droit au repos. Ce n’est pas tout à fait la retraite définitive, mais presque. Pas à pas, le Président de la République poursuit son investissement des organes de sécurité dont il écarte les amis de Jacques Chirac.
Avec ce retrait sur la pointe des pieds, c’est tout une lourde porte de l’histoire policière qui se referme. De la répression des mouvements gauchistes qu’il aborde comme simple commissaire des Renseignements généraux en 1962 à la position de conseiller spécial du Président Jacques Chirac qu’il occupe à partir de 2002 avec la charge de Conseiller d’État en service extraordinaire, Philippe Massoni a occupé à peu près tous les grands postes de la maison police, exerçant une profonde influence sur la gestion de la sécurité.
Il est né à Marseille en 1936, il passe son enfance en Indochine. Nommé commissaire de police en 1962, il s’impose très vite sous le règne de Raymond Marcellin, Ministre de l’Intérieur comme chef du « groupe Direction » . Dans les années d’après 1968 c’est lui qui affronte l’extrême gauche, les mouvements qui donneront bientôt naissance aux groupuscules violents dits de la Gauche révolutionnaire, parmi lesquels Action Directe et autres. Désormais sa voie est tracée : il sera l’homme de l’anti-terrorisme, poursuivant une double carrière de policier de terrain et de conseiller technique auprès de Jacques Chirac puis de Raymond Barre.
Après un demi exil comme patron des services techniques de la Préfecture de Police de 1980 à 1986, la victoire de la majorité chiraquienne en 1986 le ramène au premier plan. Car telle est la ligne de force de sa carrière : il est l’homme de Jacques Chirac. Directeur central des Renseignements généraux en 1986 il mène un combat résolu contre tous les terrorismes, couronné par l’arrestation de Jean-Marc Rouillan en juillet 1987.
Huit ans durant, le préfet Massoni occupe cette fonction majeure à la tête des Renseignements généraux. Il est récupéré en 1993 par les ministres Pasqua et Pandraud, et immédiatement chargé du poste encore plus sensible de la Préfecture de Police, qu’il tient pendant huit ans. Habile, omniscient et peu bavard, d’une apparence bonhomme qui lui a valu le surnom de Bouddha, Philippe Massoni s’empare de tous les rouages de la police de renseignement. Il tisse son réseau, complété par ses amitiés franc-maçonnes dans l’obédience très droitière de la Grande Loge nationale de France (GLNF).
Bienveillant avec la presse et ses collaborateurs, Massoni a servi avec équanimité la droite, et la gauche, sans le moindre état d’âme.
Il faudra sa mise à la retraite – toute théorique – pour le déloger de son piédestal où l’avait pourtant maintenu François Mitterrand. Quand Jacques Chirac est élu en 2002, l’homme du sérail rejoint alors le cabinet du Président de la République comme conseiller spécial pour les questions de sécurité et de terrorisme, et bientôt la présidence du Conseil de Sécurité intérieure. Là il œuvre pour aider son mentor Jacques Chirac à manœuvrer dans les méandres subtils d’une lutte sans merci contre Nicolas Sarkozy.
Mais tout a une fin. Malgré tous les efforts de Chirac et des siens, Sarkozy est élu Président. Massoni savait qu’il ne pourrait éviter d’être écarté. Le Président du Sénat, Christian Poncelet, lui a offert un ultime strapontin comme chargé de mission dans son cabinet.
Farewell, Philippe Massoni. Avec lui, ce sont les derniers échos de mai 1968 et des années de plomb 1980 qui s’estompent.

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Alain Juillet et l’I.E

15+01:00p30+01:0009bven, 21 Sep 2007 09:15:15 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

On ne présente plus Alain Juillet, ancien du service Action du SDECE, passé dans le privé d’abord chez Ricard puis chez Marks & Spencer, avant de rejoindre le service public comme directeur du Renseignement à la DGSE, puis le Secrétariat général de la Défense nationale.
Courant de conférences en débats en passant par une multitude de contacts personnels, Alain Juillet apparaît de plus en plus comme le héraut de l’Intelligence économique, l’homme chargé d’implanter dans la culture politique et économique française ce concept fondamental pour le développement économique du pays.
« L’IE, insiste l’orateur, est un outil performant comme support de l’information stratégique, il nous apprend à viser comme cible de recherche celui qui sait. »
Ce soir de juin, son propos était de convaincre l’auditoire que désormais l’IE ne peut prendre son essor que dans le cadre européen, associé à la construction de réseaux de contacts et d’influence.
« Cette ouverture à l’Europe est indispensable, les instituts nationaux doivent exercer dans l’intérêt du Pays, mais avec des responsabilités européennes. »
Après avoir rappelé les étapes qui ont permis à l’IE de se développer, Alain Juillet souligne que la partie est sans doute gagnée dans les 1500 très grandes entreprises françaises qui se sont dotées de leurs propres moyens et n’ont plus besoin du soutien de l’État. Les 109 000 entreprises moyennes – de 10 à 500 employés – sont également convaincues, mais elles doivent aller chercher des appuis dans les institutions telles que les chambres de commerce pour accéder à l’IE. Désormais, il faut penser aux très petites entreprises. Si elles ne peuvent utiliser les techniques d’IE, elles risquent d’être balayées dans les deux ou trois prochaines années.
L’Intelligence économique, souligne Alain Juillet, est un outil d’attaque dans le combat économique international qui doit se dérouler à la loyale, à armes égales entre concurrences française et étrangère. Ainsi, comment lutter contre le débauchage des cerveaux ? Contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’IE est directement rentable. Aux Etats-Unis on estime que le retour sur investissement avoisinne les 4% du chiffre d’affaires, ce qui est énorme. S’appuyant sur l’exemple d’une contreperformance, Juillet explique comment la France a « perdu » les Jeux Olympiques au profit de la Grande-Bretagne. Les Britanniques ont construit à partir des données de l’IE un plan de bataille plus efficace alors que leurs atouts étaient sans doute moindres !
« La naïveté n’est plus de mise, nous sommes dans un monde multipolaire, où chaque pôle tente de capitaliser sur ses points forts. Il ne faut pas avoir de religion, mais des capacités »
L’orateur prend l’exemple des brevets : une grande partie de l’activité en intelligence économique a pour objectif de contourner la protection censément assurée par les brevets, et aussi comment ne pas payer les redevances associées. Face au danger chacun doit apprendre au mieux ses outils.
Parmi les facteurs anti-concurrentiels, le débateur dénonce la corruption, grave facteur de distorsion. En principe la convention de l’OCDE aurait dû régler le problème. Mais 38 pays seulement ont signé le texte, la France est le seul État à avoir signé dans l’intégralité, tandis que quatre des plus grands pays industriels ont refusé (Israël, la Chine, la Russie et l’Inde) alors que la Grande-Bretagne a assorti son accord de telles réserves qu’elle a largement vidé l’accord de son contenu. Alain Juillet estime d’ailleurs qu’au niveau européen une directive communautaire contraignante serait de rigueur.
Elle ne l’est pas actuellement.
L’orateur s’est particulièrement attaché à développer la question des risques auxquels  nombre d’acteurs français ne pensent pas. Risques d’espionnage industriel, concrétisés par l’expulsion récente d’une « étudiante » chinoise et d’un chercheur iranien opérant dans le domaine du nucléaire. Au Japon comme en Chine, le pillage des ressources étrangères ne relève pas de l’espionnaige à proprement parler, mais de la solidarité communautaire. Deux nouveaux exemples pour illustrer ce propos, avec d’abord la prise de contrôle d’Arcelor par le groupe sidérurgique indien Mittal.
« Grâce à nos techniques d’IE, tant la DST que le SGDN avaient parfaitement identifié les intentions du groupe indien. Arcelor ne nous a pas écouté. Plus graves encore sont les contre-performances liées aux interceptions sauvages d’information, la France a perdu plusieurs marchés très importants. Il est nécessaire d’être particulièrement attentif à cet aspect des choses. Désormais toutes les plus grandes sociétés du monde peuvent se doter d’énormes moyens d’interception. »
Puis les précautions élémentaires : le SGDN a pris l’initiative de mettre en garde les hauts fonctionnaires et les cadres supérieurs contre l’emploi des terminaux informatiques portables, genre Blacberry ou autres. Ils ne présentent pas la moindre garantie quant à la confidentialité des messages. Or le Ministère des Finances a pris au cours du printemps 2007 l’initiative étrange de distribuer des Blackberry à près de 200 responsables de Bercy. Ceux-ci n’ont pas compris pourquoi on les dissuadait aujourd’hui des les utiliser, ne comprenant pas qu’on parle toujours trop, on est toujours trop indiscret.
L’orateur prend un exemple plaisant : lors d’un récent voyage en train, il s’est trouvé à côté d’un haut cadre qui n’a pas cessé de travailler sur son ordinateur portable tout au long du trajet.
« Il m’a suffit de me pencher un peu pour avoir une connaissance complète de son travail ! »
Les élites françaises aussi bien économiques que politiques semblent manifester un inculture abyssale en matière d’IE.
Alain Juillet complète son propos par un vaste tour d’horizon sur les pratiques de l’IE dans les différents pays européens. Cette pratique est très dépendante des  cultures nationales. Cette segmentation est un obstacle : tant que nous n’aurons pas compris l’intérêt du travail en réseau, on n’avancera pas. L’IE doit nous apprendre à travailler ensemble. Cette affirmation est au cœur du message. L’orateur répète et martelle le maître mot : « réseau ». Il faut déterminer comment lancer des passerelles entre les différentes cultures. Une des voies de réflexion est l’exploitation du potentiel offert par les grandes entreprises transeuropéennes, qui doivent nous permettre d’apprendre à travailler ensemble. L’orateur cite naturellement le système Airbus qui réunit des ingénieurs et des ouvriers originaires de onze pays différents. Il soutient que par le biais de ces entreprises l’IE finira par s’imposer. Sans aide de l’État.