Archive for mai 2008

Porte-avions reporté

24+01:00p31+01:0005bven, 30 Mai 2008 17:53:24 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Deuxième porte-avions reporté: les armuriers se font du mouron

Par Philippe Madelin | Journaliste | 30/05/2008 | 13H35
En annonçant mardi le report à 2011-2012 de sa décision pour le lancement du projet d’un deuxième porte-avion français, le Président Sarkozy a confirmé sur RTL ce qui transparaissait dans le projet de Livre Blanc sur la Défense : les industriels qui participent aux programmes d’armement français sont soucieux, le temps des grands contrats lancés sans discussion semble bien passé. Désormais, on va réfléchir dans la perspective de l’économie, de la fameuse RGPP, qui prévoit d’épargner les sous de l’Etat avant chaque nouveau programme.

Les industriels du secteur ne s’y trompent d’ailleurs pas : auditionnés par les sénateurs le 15 mai, les principaux d’entre eux –Dassault, Thalès, EADS entre autres– se sont tous plaints des conditions d’exportation rendues particulièrement dures pas la baisse du dollar. Or, face à la baisse prévisible des commandes par l’armée française, l’exportation des armements leur paraît le seul gage de survie face à une industrie américaine particulièrement agressive.

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Bauer, résultat de mission

11+01:00p31+01:0005blun, 26 Mai 2008 09:24:11 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Conférence Bauer 26 mai 2008

L’AA-INHES a pris l’initiative de demander au criminologue Alain Bauer de nous (les associations d’auditeurs de l’INHES et de l’IHEDN) présenter les principaux éléments de son rapport remis le 20 mars 2008 au Président de la République. Intitulé « déceler-étudier-former : une nouvelle voie pour la recherche stratégique »,  ce document est le résultat de la mission qui lui a été confiée d’analyser les problèmes posés par le rapprochement entre les différents instituts de recherche sur la sécurité. Il est prévu que la réforme entre en vigueur le 1er janvier 2010.
Christian Frémaux a proposé à Bauer de restituer cette réforme dans le cadre plus vaste des nouvelles menaces, et de l’évolution de la donne géopolitique, donc des nécessités de la formation et de la recherche stratégiques.
Conjointement parrainée par l’Association des Auditeurs de l’INHES et l’Association des auditeurs de l’IHEDN, la conférence s’est déroulée devant un large public issu des deux associations d’Auditeurs, le 26 mai dans l’amphithéâtre Des Vallières de l’Ecole militaire, en fait dans les locaux affectés à l’IHEDN.
La présence du général de corps aérien Laurent Labaye, directeur de l’IHEDN, et de Pierre Monzani, directeur de l’INHES, du Président Notton pour l’Association des auditeurs de l’IHDN, et de Christian Frémaux pour l’ANA-INHES a souligné combien les uns et les autres accordaient de l’importance à ce qui doit être une petite révolution.
Avec son bagout et son sens de la formule parfois rude, Alain Bauer a remis les pendules à l’heure quant à l’évolution de sa mission : malgré quelques combats d’arrière-garde, elle ira à son terme.

Non content d’agacer parce qu’il parle clair et net, Alain Bauer a de la suite dans les idées, ce qui peut donner l’impression qu’il se répète. Il réfléchit, sans pour autant revendiquer la direction de l’action. Depuis son rapport de mars dernier, il ne cesse d’insister sur la nécessité d’un Conseil national de sécurité. C’est ce qui fait causer. Et, justement, il estime indispensable de causer.
Pour avancer, il suit sa propre méthodes. Premier pas de cette méthode : tenter de savoir ce qu’on veut. Il soutient que la réponse fondamentale est quasiment unique : le décèlement précoce des risques. Une idée presque devenue une obsession.

« Depuis la fin de la guerre froide, note-t-il en préambule de son rapport, le terrorisme et le crime organisé ont connu une mutation, une mondialisation, et des hybridations telles qu’ils débordent largement du cadre statique et rétrospectif où ils s’étudiaient hier. Désormais irriguée par le concept de « sécurité globale », une nouvelle pensée stratégique se doit d’intégrer défense nationale, sécurité publique, protection des entreprises ou sécurité des entreprises. Il s’agit désormais de passer de la défense globale à la sécurité globale,sans oublier que la guerre, quelque forme qu’elle prenne, se gagne d’abord par la volonté politique et le soutien de la Nation. »

Il faut apprendre à gérer les crises. A quoi ça sert ? Un exemple, la crise du voilier Le Ponant, arraisonné au large de la Somalie par des pirates. Elle a été remarquablement gérée, à ceci près que certains processus ont mal fonctionné.
Mais quelle crise apprendre à gérer ? Celle d’hier ou celle de demain ? Celle du modèle en reproduction permanente des crises connues par le passé ? Il s’agi( désormais d’affronter non ce qui s’est passé hier, mais ce qui est nouveau.
A l’orée des travaux, une ultime interrogation : peut-on simuler d’autres formes de crises ? Comment anticiper ? Comment déceler de façon précoce des crises qui ne se sont jamais produites ?
Une bonne recherche doit être ainsi précédée par de bonnes questions. Il ne peut s’agit de répondre à des questions dont on connaît déjà la réponse.

Plutôt que de se référer à sa propre vision des choses, et aux considérations individuelles des experts, Bauer a incité les membres de sa commission à procéder à de larges auditions collectives.

« Parce que, constate-t-il quand on est seul on a tendance à se replier sur la langue de bois. En groupe, une stimulation s’installe, on parle plus vrai »

Son propos n’a pas évolué en soi depuis la remise du rapport de mission. Mais Bauer précise certains points avec vigueur :
Son premier constat : on exploite très mal l’existant, faute de le prendre en considération tant au niveau des enseignants et des chercheurs qui manquent de visibilité nationale et internationale que des auditeurs qui ont participé aux sessions des quatre instituts publics, l’IRHES, le CHEAM, l’IHEDN et INHES, ils se sentent inutiles et abandonnés, alors qu’il y a là un formidable réservoir de compétences. On peut imputer à l’Administration la responsabilité de cette déshérence dans la mesure où le passage par la formation supérieure dans les Instituts n’est pas considéré comme un atout majeur pour la Nation. Si les auditeurs en provenance du privé sont souvent excellents, l’Administration a tendance à n’envoyer en formation que des « bras cassés ».
Au demeurant, son appréciation du contexte est sévère : la stratégie n’est plus le privilège des militaires, martèle Bauer,  tout n’est pas militaire. A l’heure actuelle il n’y a pas de gestion de crise mutualisée et pas plus d’espace spécifique physique, aucune structure institutionnelle.
Bien qu’il ne soit pas encore en place, le conseil de sécurité intérieure  indispensable apparaît plus indispensable que jamais pour conseiller le Président sur ses choix stratégiques, et pour relancer la recherche stratégique fondamentale.
Et surtout, déplore Bauer, on doit constater une crise majeure de la pensée stratégique, aussi bien du côté des militaires que des civils. Pour étayer ce diagnostic sévère, il souligne que cette crise, si elle est patente en France, elle n’est d’ailleurs pas spécifique à notre pays. On n’a plus conceptualisé la pensée stratégique. Or, avant la deuxième guerre mondiale, cette pensée était d’une immense richesse. Pourquoi cette pensée s’est-elle effondrée ? L’orateur l’impure à quatre facteurs :
A – La défaite de 1940, qui a été avant tout une défaite de la pensée stratégique, dans la mesure où les chefs militaires ont refusé de considérer les anticipations des stratèges.
B – Le désastre de Dien Bien Phu, essentiellement dû à une mauvaise appréciation des données stratégiques.
C – La Bataille d’Alger, remarquable exemple d’une bataille gagnée sur le terrain, mais perdue (d’avance ?) au plan stratégique.
D – Enfin et surtout le concept et le chois stratégique de dissuasion nucléaire qui a définitivement écarté toute possibilité de pensée et de recherche stratégique dans la mesure où la dissuasion était la réponse à tout.

Dès lors, les publications originales ont disparu, à l’exception de la Revue de la Défense nationale. Les militaires n’ont pas cessé de réfléchir, bien au contraire, mais ils ont cessé de publier, de s’exprimer publiquement. Ils sont même dissuadés de s’exprimer, c’est mauvais pour leur carrière. Même constat pour l’étranger : toutes les théories se sont effondrées. Voir situation en Irak ou Afghanistan.
Seule exception dans ce désert de la pensée : le travail mené sur la « surprise stratégique », laquelle se définit comme un ou plusieurs événements qui prennent une forme à laquelle nul n’avait jamais songé. Par exemple la chute du mur de Berlin, ou, mieux, l’attaque du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center. Encore que plusieurs publications, dont un roman de Tom Clancy et un autre de votre serviteur aient raconté une attaque par avion fou l’une contre le Capitole à Washington, l’autre en 2000 contre l’Arche de la Défense . Comme l’idée était folle, donc improbable, comme en plus elle était exposée par des romanciers – des gens pas sérieux par définition, nul n’en a tenu compte. C’était impossible. C’est quasiment la définition de la surprise stratégique.

« Aujourd’hui, explique Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris, la surprise est devenue un élément structurant du contexte stratégique.»

Le problème est que jusqu’à nouvel ordre, le monde occidental subit la surprise, il ne semble pas capable de l’initier. Il subit le fait que l’ennemi n’est plus l’ennemi comme on l’a défini et appris dans les écoles. L’ennemi n’existe pas au sens matériel du terme. En 2001, l’ennemi a changé de nature. Et d’ailleurs, qu’est-ce que désormais l’ennemi ? En face : pas de hiérarchie. Qui essaie-t-on d’éliminer ? Et d’expliquer dans un grand sourire :

« Jusqu’ici on vivait sur l’idée que ce qui est invraisemblable est impossible. Or l’impossible est dans le vrai, alors que le vraisemblable ne l’est pas forcément. Très au-delà des attentats terroristes, on a tout prévu sauf ce qui était considéré comme impossible : la crise alimentaire, la crise énergétique, la crise des suprimes, la crise de l’Eau. »

Donc il faut reprendre la réflexion à zéro. Se poser la question en inversant les données : quelle est la nature de la menace ?
Les pistes de réflexion sont cruciales pour la redéfinition des missions stratégiques : choisir de rester à la table des Grands – donc déceler, diagnostique, puis prévenir ou riposter – ou devenir une simple force supplétive.

Pour remplir cette vacuité de la pensée stratégique Bauer propose une réponse simple en deux volets : développer la recherche en l’associant à la formation continue. Il est indispensable de développer une thérapeutique, étant entendu qu’elle doit suivre le diagnostic et non le précéder.
Et, surtout, rapprocher, rassembler, regrouper, mutualiser les outils aujourd’hui dispersés. Une dispersion qui frise le soupoudrage, par conséquent contraire à l’efficacité.

Ce qui nous conduit à une double fusion des instituts de recherche sur la Sécurité : d’une part l’INHES (Institut des hautes études de la Sécurité) avec l’IRES, et, d’autre part l’IHEDN (Institut des hautes études de la Défense nationale) avec le CHEAR (Le centre des hautes études de l’armement). « Tout en conservant la spécificité de chacun », ajoute Bauer quui sait que pour emporter la conviction, il ne peut pas toujours frapper bille en tête.
Bauer trace un programme pour le moins ambitieux : les deux institutions doivent mettre en commun leurs corps enseignants, dans un but de domination culturelle. Mutualiser les documentations et les mises en ligne ; Multiplier les traductions, et pas seulement de l’anglais : regarder du côté de l’Inde, de la Chine, du monde hispanique. Disciplinariser des branches de recherche qui ne le sont pas : criminologie, polémologie, relations internationales, qu’on a complètement laissé filer alors qu’elles étaient toujours en français.
Et Bauer d’asséner :

« L’université a raté tous ses virages dans les sciences humaines, alors que les sciences dites exactes étaient préservées par le système des grandes écoles. »

Les attentes de formation, et l’absence de réponse, sont très frappantes. Par exemple, confrontée au phénomène du piratage, la marine nationale a un besoin urgent de formation criminelle. L’ENA attend une formation à la stratégie, l’Académie diplomatique du Ministère des Affaires étrangères a tout à apprendre sur la criminalité organisée.
Pour atteindre les objectifs, il apparaît indispensable avant tout d’institutionnaliser les réseaux. Voire créer avec les auditeurs une réserve citoyenne. Un espace où puisse se développer une réflexion pour anticiper les crises, même les plus farfelues. Le criminologue préconise la nécessité d’une conférence annuelle de la stratégie pour susciter les rencontres.

«  Nous devons apprendre à gérer les crises sans mentir comme ce fut le cas avec la catastrophe de  avec des formules : « on s’en occupe », on savait déjà, ce n’est pas un sujet de communication. Pour être crédible, l’Etat ne doit pas mentir. »

Ne reculant pas devant le paradoxe, Bauer donne comme exemple d’une bonne gestion de crise l’accident du Concorde à Roissy. On a été obligé de parler parce que tout se voyait. On a traité normalement l’affaire sans « tragédiser » à l’excès.

Pour donner un cadre institutionnel indispensable, on s’oriente vers un Etablissement public chapeautant les deux branches. Tout sera managé par le Conseil d’Etat, le Président de la République, le SGDG. La réforme devrait être mise en place pour le début juillet. Objectif : à la rentrée 2009 les Instituts nouveaux accueilleront de nouvelles générations d’auditeurs auprès des Redonner du lustre à l’institution de la recherche stratégique. Pour redorer tout le monde doit savoir que le passage est obligatoire. Nous suggérons d’imposer à tout haut fonctionnaire chargé de fonctions majeures, les généraux, les Inspecteurs et les contrôleurs généraux, de passer par la formation aux questions de défense et de sécurité mises en place
anciens, et ceci dans les deux branches.
Reste à déterminer les moyens pour attirer vers les formations à la Sécurité le secteur privé et les vrais cadres de la fonction publique Comment susciter une vraie représentation de la nation.

« Nous ne sommes pas là pour traiter des prés carrés sans tenir compte des réalités. Nous ne sommes pas des modérés. »

L’enjeu pour la Nation est d’affirmer sa présence ; sa survie intellectuelle et scientifique. Revenir au plan international. Il s’agit désormais de vivre pour la Nation, et non de la Nation

Les six de Guantanamo

59+01:00p31+01:0005bmer, 21 Mai 2008 09:19:59 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Madelin
Rue 89

Procès à Paris des six de Guantanamo :
Ils ont rêvé, leur rêve a tourné en cauchemar

Certaines fautes de procédures se paient cher : tel est le fait qui a dominé le curieux remake en forme de procès d’une cause qui avait tourné court, il s’agit en fait de la reprise d’un premier procès contre les « Six de Guantanamo », renvoyé le 27 septembre 2006 pour « supplément d’information ». Un procès intenté contre six jeunes Français, Mourad Benchellali, Nizar Sassi, Brahim Yadel, Imad Achab Kanouni, Khaled Ben Mustapha et Redouane Khalid, devant la 16° chambre correctionnelle présidée par Jean-claude Kross. Un spectaculaire incident de procédure, avec la découverte d’une série de rapports secrets de la DST, avait conduit le Président à renvoyer les débats pour complément d’information. Les assesseurs du Président ayant changé, il a fallu tout recommencer : les six prévenus sont-ils coupables, ou non ? Quel a été l’impact réel des rapports de la DST dans les poursuites exercées contre eux en France ?
Le procès est une pièce de théâtre écrite d’avance, les rôles sont distribués, les positions des uns et des autres depuis longtemps bien déterminées. Il faut y revenir puisque la justice doit passer dans une affaire qui pose d’importantes questions à la fois sur le plan éthique et sur celui de la pratique policière.
Toute cette journée du mardi 11 décembre à la 16° chambre correctionnelle du TGI de Paris a été occupée par les réquisitoires de la Procureure Sonya Djemni-Wagner qui s’est contentée de réquisitions modestes.
Tout au long des débats, non sans difficulté en raison des positions ondoyantes des six prévenus, modestes candidats djihadistes, le Président a tenté de déterminer leur niveau d’engagement, et par conséquent leur degré de responsabilité.
Les débats peuvent nous paraître aujourd’hui quelque peu anachroniques. Les faits sont vieux maintenant de six ans, cette histoire des filières afghanes relève d’un passé presque oublié. On peut donc la considérer avec sérénité, et trouver l’occasion de plonger dans les motivations d’apprentis terroristes. Dans une histoire qui peut recommencer.
Le questionnement serré du Président Kross a permis de reconstituer cette saga avec une rare précision. Ces six hommes ont fait un rêve. Un rêve qui s’est arrêté avec leur arrestation à l’automne 2001 à la frontière pakistanaise après avoir tenté de rejoindre les rangs des Talibans. De là, ils ont été internés hors de tout cadre légal par les Américains sur la base aérienne de Kandahar, puis à partir de janvier 2002 dans les prisons de très haute sécurité de Guantanamo à Cuba. Sans jugement dans l’un et l’autre cas.
Si les personnages sont des petites mains de l’islamisme ultra, l’affaire a pris un tour singulier et même scandaleux avec l’irruption dans l’affaire de la DST, à l’origine clandestine. Une clandestinité dévoilée lors d’une première session en juillet 2006 qui a tourné court faute pour la Défense d’avoir eu accès aux notes multiples de la DST sur lesquelles l’accusation  croyait pouvoir s’appuyer.
A partir de juillet 2001, tous les accusés ont suivi peu ou prou le même itinéraire : Paris, Londres, Lahore ou Jallalabad au Pakistan, Kaboul, Kandahar et des campas d’entraînement d’Al Qaïda en Afghanistan.
À quelques nuances près de l’un à l’autre, tout est parfaitement connu. C’est justement cette « parfaite connaissance » par les autorités françaises qui pose le grave problème judiciaire sous-jacent à ce remake.
L’indignation de Khaled ben Mustapha
Pour comprendre cette affaire il faut suivre en particulier le cas de Khaled Ben Mustapha. Il est Lyonnais d’origine, grosse barbe noire et lunettes d’intellectuel, disert et véhément, tchatcheur et même ergoteur. Et une tendance à voir le mal partout et ne cesse de répéter qu’il condamne le terrorisme. Il a suivi des études secondaires dans un établissement privé, avant d’entamer des études supérieures. Faute de trouver un emploi, il est vendeur de fruits sur le marché d’Evry. Marié à une catholique – convertie à l’Islam – et au moment des faits père de deux enfants. Comme ses compagnons de route, Ben Mustapha rêvait de l’Afghanistan. Lors d’un premier voyage à Londres, en mars 2001, il visite la mosquée salafiste de Finsbury Park, où l’Imam Abou Hamza enflamme les fidèles. Le citoyen d’Evry  aurait rencontré un certain Mohamed al Fassi, qui lui aurait présenté « Toufik ». Considéré par la police comme la tête de réseau, Toufik explique comment peut se dérouler le voyage. Ben Mustapha rentre en France, pour préparer son départ. Avec dans la tête qu’il ne va là-bas que pour trois mois, un repérage, avant une installation définitive en Afghanistan. Laissant femme et enfants en France, Khaled retourne en Grande Bretagne en juillet 2001. Et au bout de quelques jours, c’est le grand saut. Notre homme circule avec ses papiers légaux, carte d’identité, permis de conduire, passeport. Un passeport qui reçoit un visa légal mais contestable. Toufik remet à Ben Mustapha un billet d’avion aller-et-retour « open » d’une validité de trois mois sur la ligne PIA Londres-Lahore au Pakistan, d’où il rejoindra Kaboul en taxi. Il a payé son passage, son billet est rédigé à la main, l’heure de départ mentionnée est 2000 (20 heures) pouvant être confondue avec l’année. Dans l’avion, il rencontre un de ses futurs compagnons de route, ils ont instruction de ne pas se parler. Ensuite, les étapes s’enchaînent : Londres, Lahore, taxi pour Kaboul où il arrive le 20 août. Il est reçu à la Maison des Algériens par un certain Abou Jaffar, avec lequel il s’accroche sur les conditions de cette collaboration. De là, Ben Mustapha aurait dû rejoindre un des camps d’entraînement, Farouk ou Khaldem. Khaled affirme qu’en vérité il a discuté ferme avec ses hôtes des conditions de sa collaboration. Il est là pour participer au Djihad, pas à autre chose. Il a le sentiment d’avoir été pris dans un engrenage, la maîtrise des événements lui a échappé.
« J’assume tout ce que j’ai fait, pas le reste. Je n’étais pas un touriste, mais je n’étais pas non plus un terroriste. Je suis convaincu de m’être fait manipuler », reconnaît-il à l’audience.
L’attentat du 11 septembre 2001 bloque son départ pour cette ultime étape. Khaled veut revenir en France, suivre le chemin du retour par ses propres moyens. À la frontière du Pakistan, fin de l’aventure, le début de l’enfer. Tenu pour un « ennemi combattant » par les Américains, secoué, sinon torturé, il va rejoindre Guantanamo. Personne ne sait où il est. Toutefois la rumeur de la présence de Français dans le camp cubain a filtré auprès des représentants de la Croix Rouge internationale. Et voici qu’au bout de quelques mois, en mars 2002, Ben Mustapha est conduit dans une salle d’interrogatoire, où il est mis en présence d’une délégation dépêchée par l’Ambassade de France à Washington, « assistée » par des civils américains. C’est la deuxième mission de ce type, mentionnée dans un télégramme diplomatique du 14 février 2002, suivie par toute une série de notes émanant de la police et de la justice étalée sur le premier semestre 2002.
Après avoir obtenu la déclassification de ces notes, le Président Kross en a lu de longs passages à l’audience.
Quelle était la mission des diplomates français ?
«  Nous sommes venus, annonce le chef de la délégation, Barry Delongchamps, dans un motif purement humanitaire. Pour vérifier votre présence et éventuellement pour vous tirer d’ici. »
Ben Mustapha répond donc sans difficulté aux questions de ses visiteurs. Ignorant que cette mission comporte non seulement des diplomates mais aussi des officiers de la DGSE – les services spéciaux français – et surtout deux policiers de la DST, le commissaire Louis Caprioli et le capitaine Jean-Louis Gimenez. On peut situer cet « entretien », entre le 26 et le 31 mars. C’est en vérité un interrogatoire en bonne et due forme, un debriefing serré auquel tous les internés français sont soumis. À partir des éléments recueillis est établie le 5 avril 2002 une note de synthèse approfondie sans aucune valeur judiciaire. Le capitaine Gimenez de la DST s’en inspire pour rédiger le 10 septembre des procès verbaux d’audition entrant dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris le 20 février 2002. Ben Mustapha ignore bien sûr tout de ces méandres judiciaires, tout comme il ne saura pas d’une instruction sera ouvert le 5 novembre, l’impliquant comme participant à un complot terroriste : « une association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste », dont les éléments fondamentaux ont été fournis avec candeur par Ben Mustapha et ses amis de galère.
Ce récit détaille le mécanisme de la mise en accusation des « Six de Guantanamo », considérée comme déloyale par la défense. À la barre,  Khaled ben Mustapha dénonce sans ambages une tricherie. D’autant plus difficile à contrebattre que les rapports de la DST sont couverts par le « Secret défense », et ne peuvent pas être en principe communiqué aux prévenus et à leurs avocats. La DST et les autorités françaises ont été jusqu’à nier la réalité des missions à Guantanamo et des interrogatoires. D’où des fantasmes à n’en plus finir sur les pratiques clandestines de la police française.
« Les éléments à charge ont été obtenus en violation du Droit, s’indigne Philippe Meilhac, l’avocat de Ben Mustapha. Particulièrement en violation des Droits de la Défense, qui permet à tout individu se trouvant dans une situation où il est interrogé étant détenu ou retenu, de bénéficier de droits élémentaires de procédure (au moins être informé de la qualité et du cadre juridique dans lequel interviennent ses interlocuteurs, être avisé de ses droits, dont celui de se taire, de consulter un avocat, de voir un médecin), propres à toute démocratie qui se respecte. »
Or la loyauté est considérée comme un principe fondamental du droit français, et comme telle sanctionnée par de nombreux arrêts de jurisprudence.
Meilhac enfonce le clou :
« En bonne logique, le réquisitoire introductif aurait dû être annulé puisqu’il se fonde sur des pièces et des procès verbaux obtenus illégalement. Le procès n’aurait même pas dû pouvoir commencer. La validation ultérieure du réquisitoire et des pièces litigieuses oblige à débattre de la loyauté. »
Les Six ont été rapatriés en France en deux groupes : quatre d’entre eux ont été libérés en juillet 2004, les deux autres en mars 2005. A leur retour en France ils ont été placés en détention provisoire en vue de leur jugement pour   » association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste « en 2004 et 2005, et placés en détention provisoire. Une dernière question : pourquoi les Six de Guantanamo ont-ils été poursuivis à leur retour en France alors que dans une des multiples « notes secrètes », la DST elle-même a admis que les charges étaient pour le moins légères ? Le directeur-adjoint de la DST, Louis Caprioli, n’a-t-il pas écrit, dans une note datée du 3 février 2004 :
« En l’état du dossier, en cas de rapatriement en France, leur mise en examen et leur incarcération ne sont pas assurés, car ils ne sont liés à aucune activité en France pouvant être poursuivie ».
La réponse n’est guère juridique : il s’agissait de faire plaisir aux autorités américaines, pour les remercier d’avoir libéré les six Français. Une précision : seule la France a accepté d’entrer dans ce jeu pervers

Les notes de la DST sur Guantanamo        Version imprimable         Suggérer par mail
Téléchargez ces notes de la DST déclassifiées sur « les français de Guantanamo ».

13.12.07 Peut-on agir n’importe comment en matière judiciaire, même au nom de la lutte antiterroriste ? Telle est la question posée par le procès intenté du 3 au 12 décembre contre les six Français Guantanamo…

Egarés en Afghanistan, en 2001, internés à Guantanamo plus de 30 mois, poursuivis en France pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », suite à une longue instruction menée par les juges Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard.

Or il apparaît que cette instruction a été nourrie au principal par des informations recueillies lors d’interrogatoires secrets des prévenus, conduits dans le camp d’internement par des policiers français.

Le 1er juillet 2006 une note diplomatique publiée par Libération a confirmé que les six de Guantanamo avaient bien reçu la visite d’envoyés français, parmi lesquels des policiers de la DST.

Les avocats avaient protesté contre cette atteinte à l’équilibre des parties dans le débat contradictoire. Le 27 septembre 2006, le Président Kross a renvoyé le procès pour complément d’information avec demande de déclassification des notes et des rapports de la DST, demande obtenue fin décembre 2006.

C’est un extrait de ces documents que nous vous proposons de télécharger, pour évaluer la portée de cet épineux problème juridique.

La position des officiers de la DST est curieuse. D’abord, ils ont affirmé qu’ils n’y avaient pas été. Puis, que ces informations relevaient du simple renseignement et n’avaient pas été utilisées contre les français et que les notes diplomatiques se référaient à des informations couvertes par le Secret défense. Le parquet a soutenu pour prévenus.
Sous couvert d’action humanitaire, trois missions françaises se sont succédées à Guantanamo, en février et mars 2002, et en avril 2004. À ces Français qui déclaraient vouloir les sortir de l’enfer, les internés ont répondu de façon très complète, le plus souvent avec candeur.

Un diplomate français a reconnu la présence des « agents des services du ministère de l’Intérieur, [ chargés de ] nous aider à identifier les détenus et informer leurs familles». Le diplomate se retranchait derrière le secret-défense dès lors qu’il s’agissait d’expliquer pourquoi son message mentionnait des «fiches d’interrogatoires». Lui ont succédé deux membres de la DST.

DSTLouis Caprioli sous-directeur à l’époque de la DST en charge à l’époque de l’antiterrorisme, a déclaré ne pas avoir idée de ce que signifiaient «les fiches d’interrogatoires » mentionnées dans le document et que ses agents ont agi dans le cadre «d’une mission de renseignement» qui n’aurait rien à voir avec le travail judiciaire réalisé par son service sur les mêmes «clients». Son subordonné s’est aligné sur cette position.

Or la signature de ce dernier figure au bas d’un procès verbal de police judiciaire qui reprend pratiquement mot à mot les termes d’un rapport signé par Louis Caprioli,  synthétisant les renseignement détaillées sur les personnes rencontrées. Il est clair que dans leur totalité les soi-disant renseignements recueillis dans la geôle américaine ont été ensuite intégrés dans les procès verbaux qui ont alimenté l’instruction.

Ainsi, on change de casquette. On passe du renseignement à la PJ sans sourciller. À l’audience, la procureure de la République, Sonya Djemni-Wagner a soutenu qu’à la DST une frontière étanche sépare les missions de renseignement et de police judiciaire. Et que, d’ailleurs, les officiers de police judiciaire sont peu nombreux.

Ces deux assertions sont inexactes. Au sein de sections spécialisées, ce sont les mêmes officiers – tous qualifiés pour la police judiciaire – qui sont chargés du renseignement et des dossiers de police judiciaire.

Malgré les efforts du parquet pour soutenir que les éléments recueillis à Guantanamo n’ont pas été retenus contre les prévenus, que tout provient des interrogatoires en garde-à-vue et de l’instruction menée par les juges Jean.Louis Bruguière et Jean-François Ricard, tout au long des débats, le Président Kross n’a cessé de se référer à ces éléments déclassifiés et de les lire dans le détail. Les avocats ont foncé dans la brèche.

Et il est clair que les « conversations de Guantanamo » ont beaucoup plus nourri les dossiers de la DST que sa banque de données informatiques. Pire, il apparaît que les informations recueillies par ailleurs sont hasardeuses, parfois inexactes, non vérifiées. La banque de données de la DST, « c’est une sorte de Wikipedia », s’est exclamé un des avocats. On peut l’alimenter sans contrôle et personne n’est responsable.

Or un principe fondamental du droit français, la loyauté est prescrite par l’article 19 du code de procédure pénale, et sanctionnée par de nombreux arrêts de jurisprudence. Non sans logique, un des prévenus a dénoncé avec véhémence  une « tricherie ». »Les éléments à charge ont été obtenus en violation du Droit », s’indigne Philippe Meilhac, l’avocat de Khaled Ben Mustapha.

Particulièrement en violation des Droits de la Défense, qui permet à tout individu se trouvant dans une situation où il est interrogé étant détenu ou retenu, de bénéficier de droits élémentaires de procédure (au moins être informé de la qualité et du cadre juridique dans lequel interviennent ses interlocuteurs, être avisé de ses droits, dont celui de se taire, de consulter un avocat, de voir un médecin).

Ce débat pose le problème de l’ambiguïté du statut de la DST : service de renseignement ? Service de police judiciaire ? Ou le tout mélangé ?

Langue du document: français
Identification: En-tête de la DST, tampon de la DST

Corruption Moigne

31+01:00p31+01:0005bven, 16 Mai 2008 20:38:31 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

PhM pour rue89, 16 mars 2008
La naïveté d’un commissaire dans un milieu très autocontrôlé.

L’affaire de corruption dans laquelle est impliqué – et poursuivi – le Commissaire divisionnaire Patrick Moigne révèle une grande dose de naïveté de la part de l’intéressé.
Comment cet homme, chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement, pouvait-il ignorer que chacune de ses consultations des différents fichiers de police, en particulier du STIC (système de traitement des infractions constatées ) laissait une trace informatique indélébile ? Ces traces informatiques ont ceci de particulier qu’elles permettent d’identifier les demandeurs sans discussion possible.
C’est aussi un moyen de contrôle des utilisateurs.
Le Commissaire a certes joué sur sa fonction qui l’appelait à consulter souvent ce moyen pour enrichir ses moyens de recherche et d’enquête, qui, par conséquent, pouvait justifier ses démarches. Mais le trop est toujours l’ennemi du bien.
On doit relever un deuxième aspect important de cette affaire : le milieu policier est très étroit, les informations courent vite, on se surveille les uns les autres. De mémoire d’enquêteur, je n’ai pas souvenir d’une affaire de corruption dans la police qui n’aie été déclenchée par une dénonciation interne. C’est assez logique dans la mesuure où dans leur immense majorité les policiers ont choisi ce métier par goût du légalisme. Un « ripoux » échappe difficilement à la sagacité de ses confrères, l’IGS – Inspection générale des Services, la « Police des Polices », dite aussi les Boeufs-carotte – fonctionne essentiellement sur cette base de « l’autodiscipline ». C’est un des caractères fondamentaux de la culture policière. Le Commissaire Moigne aurait dû savoir qu’on n’échappe pas à cette règle qui explique pourquoi la corruption ne prolifère plus dans la police.
Un troisième aspect de cette affaire ouvre des perspectives plus inquiétantes : il apparaît que parmi les clients importants du commissaire figurait une société d’Intelligence économique. En vérité, ce genre d’organisme ne peut fonctionner en France que grâce à une forte interpénétration entre le Privé et le Service public. La plupart des responsables des sociétés d’enquêtes privées sont d’anciens policiers qui passé l’âge de la retraite arrondissent leurs fins de mois en « achetant » les services de collègues encore en activité qui ont accès aux fichiers de police. Cette interpénétration est une forme de « privatisation rampante de la police » qui risque de prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir.
Le Commissaire Moigne a donc été naïf quant à sa possibilité d’échapper à l’autocontrôle du milieu. Encore plus naïf de déposer sur son compte bancaire personnel les sommes ramassées en vendant ses informations au privé. Mais, d’une certaine manière, il a rendu service en laissant remonter à la surface des pratiques de corruption dans un grand service de l’Etat.
Tout ça pour quelques milliers d’Euros : la modestie de l’enjeu ne justifiait pas de briser sa carrière.

Un nouveau machin

47+01:00p31+01:0005bjeu, 15 Mai 2008 18:28:47 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Madelin
Rue89

Lutte contre la fraude : un nouveau « machin »
15 mai 2008

La semaine dernière a été installée au Ministère des Finances la nouvelle Délégation nationale à la lutte contre la fraude, animée par Benoît Parlos et Geoffroy Fougeray. Le premier est haut-fonctionnaire des Finances, le second policier, commissaire principal. C’est la nouvelle mode de mettre en place des attelages qui ne sont pas évidents première vue. Ce choix révèle en tout cas la volonté du gouvernement d’utiliser ce nouveau « machin » dans un sens très répressif. On ne veut plus se contenter d’identifier les auteurs, il faut encore les poursuivre.
Lors du conseil des ministres du 16 avril, Eric Woerth, ministre du Budget a insisté sur la nécessité de lutter contre la diversification croissante des types de fraudes, qui concernent les prélèvements fiscaux mais aussi sociaux, créée par un décret en date du même jour.
Le Conseil des prélèvements obligatoires estime à un montant compris entre 30 et 40 milliards d’euros la fraude aux finances publiques (addition de la fraude fiscale et de la fraude aux prélèvements sociaux ou aux prestations sociales).
C’est en quelque sorte le nouveau gangstérisme. Un gangstérisme intelligent, autrement plus rentable que les braquages dont le nombre tend à diminuer. Il est moins dangereux, et moins coûteux au plan pénal, de tripoter dans les comptes des sociétés et des personnes privées que de « monter au braquage » les armes à la main.
Une disposition à première vue anodine doit toutefois attirer l’attention : la nouvelle délégation a aussi pour mission « de favoriser le développement des échanges d’informations, l’interopérabilité et l’interconnexion des fichiers dans les conditions prévues par la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. »
Une nouvelle fois « Big Brother » est appelé à la rescousse pour donne un coup de main aux services de l’Etat soucieux d’économiser les deniers publics.
Au moment où le gouvernement affiche son intention de resserrer les rangs de l’administration pour économiser sur le budget, il est curieux de voir créé un nouveau service chapeautant les organes existants, en particulier la DGCCRF qui mène la répression des fraudes.
Deux directions opèrent actuellement dans ce champ de la fraude : la DNEF – Direction nationale des enquêtes fiscales, imaginée par Michel Charasse – et la DNRED – Direction nationale des enquêtes douanières : celle-ci est spécifiquement dédiée à la lutte contre les fraudes et certains de ses agents ont d’ores et déjà obtenu le statut d’OPJ, officiers de Police judiciaire, qui leur permet de participer aux procédures judiciaires. N’était-ce pas suffisant, d’autant plus que ces deux directions ont démontré leur redoutable efficacité dans nombre de dossiers ? A moins qu’il n’y ait expression d’une volonté de démontrer que tout ce qui a précédé ce gouvernement a été inutile et inopérant.

Le gouvernement est depuis un décret du 16 avril désormais flanqué d’un nouveau « machin », la délégation nationale

Création d’une délégation nationale à la lutte contre la fraude
Eric Woerth a présenté, au Conseil des ministres du 16 avril, un décret relatif à la coordination de la lutte contre la fraude. Une délégation nationale dédiée à cette question est créée.

Pour lutter contre le décret met en place une organisation administrative nouvelle.

Le texte crée une délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF) placée, par délégation du Premier ministre, auprès du ministre du Budget. Cette délégation a notamment pour mission de :

– coordonner les actions menées en matière de lutte contre la fraude par les services de l’État et les organismes intervenant dans le champ de la protection sociale,
– améliorer la connaissance des fraudes et favoriser le développement des échanges d’informations, l’interopérabilité et l’interconnexion des fichiers dans les conditions prévues par la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

Le décret institue aussi un comité national de lutte contre la fraude, présidé par le Premier ministre, qui sera chargé d’orchestrer la politique du Gouvernement en la matière. Ce même comité examinera également les questions relatives à la lutte contre le travail illégal, sous la dénomination de « commission nationale de lutte contre le travail illégal ».

Un nouveau mode d’organisation administrative de la lutte contre la fraude et contre le travail illégal sera également expérimenté au plan local.

DCRI-fusion fin

20+01:00p31+01:0005bjeu, 15 Mai 2008 18:19:20 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Madelin
Rue89

Les nouveau monde du renseignement français :
Les contours de la DCRI se précisent

Voilà près d’un an que la naissance de la nouvelle DCRI – Direction centrale du Renseignement intérieur – a été annoncée à son de trompe. La DST et les Renseignements généraux devaient fusionner, on allait voir ce qu’on allait voir. Pas si simple, après un an et après avoir entendu force renâclements et semelles traîner sur le macadam, après une prudente progression  dans laquelle certains ont cru voir un certain manque d’enthousiasme de Michèle-Alliot Marie, la Ministre de l’Intérieur, les contours de ce que l’on surnomme à tort le FBI à la française se précisent.

Notre mission prendra fin le 1er juillet, me précise un des principaux acteurs impliqués dans cette réforme policière sans précédent. Et ce 1er juillet la DCTI verra définitivement le jour. Le projet a été mené avec toute la circonspection possibles, a prix de discussion approfondies pour rapprocher des positions hier profondément divergentes. Nous y sommes parvenus parce que tous les acteurs de cette réforme ont à peu près le même âge, la cinquantaine, et ne portent par conséquent pas le poids des traditions de rivalités anciennes. C’est également vrai pour les hommes qui constitueront les effectifs. Eux aussi ils ont moins de cinquante ans, ils n’ont pas progressé dans la carrière dans le climat de guerre larvée qui opposait naguère la DST et les RG.

La nouvelle direction sera répartie entre des services centraux installés au siège de Levallois-Perret, regroupant 5 000 policiers et fonctionnaires, et six directions zonales du Renseignement intérieur, à Rennes, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux et Metz. Leurs responsables doivent être désignés aux environs du 22 mai
Au centre de la machine, cœur de métier, le renseignement intérieur, fruit de la fusion entre les services centraux de la DST et de la section de recherche des RG. Mission de cet organe central : à l’intérieur du territoire national évaluer les grandes menaces grâce à la recherche du renseignement tous azimuts, qu’il s’agisse de l’espionnage, du contre-espionnage, de la surveillance des groupes religieux à risques. Et surveillance des groupes pratiquant l’action violente pour tout motifs, qu’il s’agisse de séparatisme régional ou  de tout autre motif.
Pour mener ces tâches à bien, comme à la DST, la DCRI sera divisée en sections opérationnelles spécialisées.
En revanche, les moyens techniques, surveillance et interception, seront tous fusionnés. Il faut dire que 50% de ces moyens techniques sont dévolus à la lutte antiterroriste. Cette mutualisation radicale était au demeurant l’un des objets de la réforme.
Le dessin des structures internes de répression, enquêtes et poursuites judiciaires, a été plus délicat. Il a débouché sur un compromis : toutes les affaires relevant du cœur de métier nécessitant un respect rigoureux du secret défense – menaces extérieures, espionnage, terrorisme international – resteront traitées par les officiers de police judiciaire d’une section judiciaire interne à la DCRI.
Suite de l’affaire des six Islamistes poursuivis en France après leur internement à dans le camp américain de Guantanamo – une affaire qui a été largement traitée par rue89 – la répartition des compétences entre policiers enquêteurs de la DCRI et les officiers de police judiciaire sera définie de façon beaucoup plus stricte. Il ne sera plus possible pour un seul policier d’exercer successivement comme enquêteur et comme OPJ.
En tout état de cause, d’innombrables réunions ont permis aux membres des deux anciennes directions d’être mis au courant des nouvelles configurations, voire de fixer son choix : ou rester à la DCRI, ou rejoindre les servies de renseignement intérieur relevant désormais de la Direction générale de la Police nationale.
Un soin tout particulier a été apporté au management, de façon à ménager toutes  les susceptibilités. Dans tous les postes exerceront en double un policier de la DST et un policier des RG. Quand le patron sera un ancien de la DST, l’adjoint viendra des RG, et inversement. Cette dualité sera respectée même au niveau de la direction : le Directeur central sera flanqué de deux adjoints, l’un issu de la DST, l’autre des RG.
Cette réforme qui apparaît largement souhaitée dans les rangs des services reflète donc un art du compromis malin, où l’on reconnaît sans mal la main de l’actuel patron, Bernard Squarcini.
Sera-t-il pour autant confirmé dans sa fonction ? A Levallois, on entretient le mystère :

Ces   nominations, rappelle-t-on,  relèvent directement de MAM, la Ministre de l’Intérieur et du Directeur général de la Police nationale, Frédéric Péchenard.

Il est un homme de Nicolas Sakozy, tout comme Bernard Squarcini. Le Président tient donc dans sa main tout l’avenir de la DCRI.

La Voix de la France ?

06+01:00p31+01:0005bdim, 11 Mai 2008 18:24:06 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

L’Agence France Presse et la Voix de la France 11 mai 2008
Point de vue

Christine Albanel nous la rejoue dans le registre « La voix de la France ». Emboîtant le pas du Président Sarkozy et de l’UMP Frédéric Lefebvre, elle accuse l’Agence France Presse de censurer les communiqués politiques. Et la voilà qui déclare dans Le Journal du Dimanche :

“Afin de couper court à la polémique, je me demande s’il ne serait pas envisageable que l’AFP mette à disposition de ses abonnés l’ensemble des communiqués de presse des partis”.

Par une telle déclaration elle prétend que c’est au pouvoir politique de définir les missions de l’Agence France Presse, alors que cette entité est une entreprise de droit privé.
Il faut dire que l’Agence a toujours souffert de ce complexe. Quelques éléments objectifs doivent être rappelés pour corriger le tropisme qui trouble l’image de l’Agence.
Quand j’y ai travaillé en Afrique, il y a bien longtemps, alors que le Général De Gaulle venait de reprendre le pouvoir, il était entendu que l’Agence se devait de porter la parole française dans tous les journaux du monde. Par parole française, entendez parole gouvernementale malgré un statut d’autonomie défini par la loi le 10 janvier 1957.
C’était alors la conception qui prévalait pour cet outil, lequel avait pour vocation d’être une sorte de prolongement du gouvernement et du Quai d’Orsay.
D’ailleurs, nombre de chefs de postes, à commencer par le mien, émargeaient d’une façon plus ou moins officielle aux services français de renseignement, aux côtés d’autres agences dites multinationales enracinées en France comme l’ORSTOM ( Office pour la recherche scientifique Outre-mer) ou Air France.
Dans le monde, des dizaines d’agences nationales ont été créées sur ce modèle. À commencer par l’Agence soviétique Tass. Issue de la nationalisation de l’Agence Havas en 1944, l’Agence France Presse ne devait être qu’un organe de gouvernement, un relais du pouvoir. Les journalistes jouaient à être indépendants. Ils ne l’étaient pas. Les mauvaises têtes étaient écartées sans le moindre égard.
En vérité, bien loin de la « rupture », le pouvoir actuel renoue avec les pires pratiques des gouvernements français d’inspiration gaulliste, lesquels ont démontré qu’ils ne comprenaient rien au rôle de la presse, qu’ils considéraient comme une simple courroie de transmission pour le discours officiel.
Ah, quelle époque ! C’était le temps où sur le bureau du Directeur de l’Information de TF1 – je l’ai vu de mes yeux sur le bureau d’Henri Marque – trônait le téléphone assurant la liaison directe avec le Ministre de l’Information, auquel il communiquait le sommaire du journal avant sa diffusion. C’était le temps où le Ministre de l’Intérieur menaçait d’un procès en diffamation la radio Europe 1, parce que la station avait l’intention d’évoquer la maladie du Président Georges Pompidou, alors au dernier stade de l’agonie. Ce ministre était Jacques Chirac. C’était le temps où la sociologue québécoise Denise Bombardier consacrait sa thèse de doctorat de sociologie à « La Voix de la France », dénonçant la confusion entre les intérêts du pouvoir et la télévision naissante, encore considérée comme un moyen de pure propagande.
Face à la concurrence acharnée des agences de presse anglo-saxones, l’Agence France Presse a failli mourir faute d’une crédibilité propre, les abonnements émanant des journaux étrangers s’effondraient.
Avec l’Agence France Presse, le gouvernement croit disposer d’un moyen de pression décisif, en oubliant que l’Etat n’est plus depuis longtemps l’actionnaire majoritaire, et que, en outre, une série de structures assurent en principe à l’Agence une totale indépendance éditoriale.
Il est vrai que la puissance publique, à travers les abonnements conclus par les ministères et les administrations, demeure le principal client de l’Agence, qu’elle contrôle de facto en déterminant le montant de ses abonnements. Le Président et ses affidés peuvent donc croire que l’Agence est « leur » chose, qu’ils peuvent la manipuler comme ils l’entendent.
Depuis maintenant cinquante ans, à la suite de l’inoubliable Jean Marin, ce héros authentique de la résistance qui a préside aux destinées de l’AFP pendant vingt-trois ans, les responsables de l’Agence, et maintenant ses journalistes mènent un combat sans trêve afin d’assurer la survie de l’institution, afin d’éviter sa « provincialisation », une réduction au seul territoire français de son audience, de son aura, de ses clients. Un combat en partie réussi : l’Agence diffuse ses informations en six langues, elle dispose de 110 bureaux dans le monde, et compte des clients majeurs dans 165 pays.
Malheureusement l’autonomie financière par rapport au financement public n’est pas encore assez large pour que l’indépendance de l’Agence soit vraiment assurée.
Le registre de réflexion est celui des bonnes pratiques commerciales, d’un utilisation opportune d’un outils majeur permettant d’assurer la présence de la francophonie dans le monde. Ravaler l’Agence France Presse au rôle de simple vecteur de transmission pour les « communiqués » des partis politiques, c’est-à-dire de l’UMP, serait le plus sûr moyen de marginaliser et détruire définitivement l’AFP.