Archive for the ‘Reportages’ Category

Journalistes otages : un virage politique

24+01:00p31+01:0001bjeu, 07 Jan 2010 10:21:24 +0100+01:00 9,2008

Mardi en Conseil des ministres, Nicolas Sarkoy aurait exprimé sa colère vis-à-vis de ces deux journalistes enlevés en Afghanistan, rapporte Europe1: « Ces journalistes étaient inconscients. Ils ont agi en contradiction avec les consignes de sécurité ».

Il est exact que les consignes de sécurité diffusées par le Quai d’Orsay sont strictes et comminatoires. Un de mes jeunes amis parti en Somalie a reçu quatre mises en garde successives. Il a heureusement échappé au pire, et ramené un reportage qui sera diffusé le 27 janvier

La sécurité des journalistes journalistes-embeded-ou-non Paul Nahon est allé à Kaboul pour.… enquêter ! D’abord les talibans nient toute implication. 410019 tts-afghanistan-france-journalistes-ca02f96.html puis 1/ ils revendiquent l’enlèvement 2/ réclame la libération d’un de leurs chefs emprisonné aux USA 3/ et une rançon.

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Journalistes : embeded ou non ?

29+01:00p31+01:0001bven, 01 Jan 2010 12:15:29 +0100+01:00 9,2008

Les deux journalistes de FR3 et leur escorte enlevés en Afghanistan mercredi ont été attaqués dans un secteur censé être bien tenu par les troupes françaises. L’équipe de télévision n’a-t-elle pas bénéficié d’une protection spéciale, alors que nulle n’ignore que ce genre de cible – les journalistes – est particulièrement appréciée par les ravisseurs ? Lesquels, en outre, détestent toute forme de presse, toute forme d’information qui ne relève pas de la stricte propagande clandestine.

Je dois avouer avoir passé beaucoup de temps à dissuader de jeunes journalistes « prêts à partir en guerre » d’aller trainer leurs bottes dans ces secteurs hautement sensibles. La prise de risque ne vaut pas l’enjeu. Jamais un producteur de télévision, jamais un rédacteur en chef ne saura assez remercier les jeunes foldingues partis sur les pistes.

Ils ont raison de vouloir y aller, mais ils devraient avoir conscience du fait que ce genre de reportage présente le risque maximum. Le seul moyen pour y aller sans trop de casse est d’être « embeded », embarqué au milieu de troupe combattantes. Comme l’un de mes jeunes amis qui vient de finaliser une magazine consacré à la protection contre les pirates des navires marchands dans le golfe d’Aden. Encore que l’exemple de la journaliste canadienne tuée mercredi dans un attentat prouve que ce n’est pas toujours suffisant.

Corse, Septembre, fête de « a santa di Niolu »

12+01:00p30+01:0009bsam, 05 Sep 2009 12:57:12 +0100+01:00 9,2008
Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.
Grâce à Magali Marin, nous les Continentaux nous apprenons le sens de  fête Santa di Niolu qui se déroulera à partir du 8 septembre à Casamaccioli et qui semble justifier le report d’une semaine de la rentrée des classes en Corse, au grand dam de certains Continentaux qui voient là une infraction majeure au principe de la laïcité !
Religion & Alcool
Organisateur :
I NIULINCHI
Type :
Réseau :
Mondial
Heure de début :
samedi 5 septembre 2009, à 12:00
Heure de fin :
mardi 8 septembre 2009, à 06:00
Lieu :
Casamacciuli

n127772426683_2946« A Santa di Niolu » est à la base, un événement religieux de très grande importance à l’échelle de l’île puisque tous les 8 Septembre depuis cinq siècles des milliers de pèlerins viennent commémorer la vierge au cours d’une messe sur la place de l’église de Casamaccioli, ainsi que durant la procession intitulée «A Granitula » qui voit les hommes de différentes confréries former une spirale qui s’enroule et se déroule au rythme des chants liturgiques.

Au cours du temps, une foire agricole, haut – lieu du pastoralisme, a vu le jour. Cette foire a été durant longtemps un lieu d’échanges économiques de premier importance sur le plan agricole (grand marché de bétails, fixation du prix de la viande…), mais aussi, un lieu d’expression culturel vivant par l’existence des « Chjam’é rispondi » (improvisation des poètes – bergers), et un lieu de fête (bals) et de jeux.

Les soldats oubliés de l’Empire

06+01:00p31+01:0005bsam, 09 Mai 2009 12:42:06 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Actualisé le 9 mai 2009

Pour commémorer la victoire de 1945, Nicolas Sarkozy est descendu ce 8 mai à la Nartelle, une plage près de Sainte- Maxime, théâtre du deuxième débarquement, le 15 août 1944. Il a rendu un hommage particulier aux soldats de l’armée française recrutés en Afrique noire et en Afrique du Nord.

De juin 1940 à mai 1945, cinquante-cinq mille Algériens, Marocains, Tunisiens et combattants d’Afrique noire furent tués. Vingt-cinq mille d’entre eux servaient dans les rangs de l’armée d’Afrique. Cette armée compta quatre cent mille hommes, dont cent soixante-treize mille Africains, cent soixante-huit mille Français d’Afrique du Nord.

L’hommage est singulier : observez cette photo occupée par nos deux matamores de service. A une exception près, tous les militaires présents sont plus que blancs !
C’est l’amère Patrie des anciens tirailleurs. AFP/GERARD JULIEN

Trocadéro 2

On cause d’eux avec des trémolos dans la voix, mais on oublie d’évoquer leurs pensions. Lesquelles sont scandaleusement inférieures à celles touchées par les Métropolitains et les Blancs alors qu’ils ont mené les mêmes combats. Jacques Chirac avait promis une revalorisation. Il n’en est plus question.

Ils réclament la fin de « 50 ans de discrimination ».

Depuis la loi dite de « cristallisation » du 26 décembre 1959, promulguée par le général de Gaulle, les anciens combattants du Maghreb, d’Afrique noire, de Madagascar et d’Asie touchent en effet une pension parfois huit fois inférieure à celles des nationaux français: 80 euros par mois pour un ancien goumier marocain, 150 euros pour un ex-tirailleur sénégalais, contre environ 600 euros pour un Français.

Trocadéro 1

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Pour rappeler cette promesse, un collectif d’associations avait organisé cet après-midi une brève et émouvante manifestation sur l’esplanade des Droits de l’Homme, au Trocadéro. Patrick Lozès, président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), a vivement interpellé Notre Président.

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Et n’oublions pas non plus cette autre commémoration : celle du massacre perpétré à Setif par les troupes françaises dont on été victimes des milliers d’Algériens.

Reportage photo : Ph.Madelin

Colonna, Erignac, deux logiques incompatibles

18+01:00p31+01:0003bmar, 10 Mar 2009 12:48:18 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Un couple de tragédie Ils sont face à face, à moins de trois mètre l’un de l’autre, et c’est le couple le plus improbable qui soit.
Face à face donc : le tueur présumé qui ne le serait pas et la veuve accusatrice.
Entre eux deux, le tueur qui revendique l’assassinat et que personne ne croit.
On n’est plus dans le fait divers, on n’est plus dans la Justice ordinaire. On est dans la grande tragédie méditerranéenne.
Figures de tragédies antiques. Il ne manque rien dans cette dramaturgie. Ni le décor d’aujourd’hui, solennel, de la Cour d’Assises. Ni le décor d’hier, une rue mal éclairée d’Ajaccio, deux tueurs surgis de l’ombre. Il ne manque ni les rôles secondaires, ni les vociférateurs, ni le chœur antique. Un chœur muet : c’est le jury, qui aurait mission de condamner l’homme du box.
Lui, enfermé dans sa cage de verre, c’est Yvan Colonna. Petit, costaud – il reste un athlète malgré ses années passées derrières les barreaux -. Une belle gueule de mâle méditerranéen, cheveux coupés super ras. Le regard sombre, attentif, les yeux courent de l’un à l’autre, son attention ne se relâche pas un instant. Le regard d’un homme libre malgré l’apparat policier qui l’enserre : deux gendarmes dans le box qui bondissent en même temps que lui quand il se dresse pour parler.
Mais pas un regard vers sa partenaire forcée. Ces deux-là n’appartiennent pas au même monde.
Lui, c’est un ancien prof de gym qui poursuit en taule son entraînement intensif. Lui c’est un berger, gardien de son troupeau de chèvres dont s’occupe aujourd’hui son fils Giovanni-Batista. Lui, c’est un Nationaliste, qui revendique son engagement. Mais il est devenu au fil des temps, prétend-il, un Nationaliste pour lequel la violence ne serait plus forcément la bonne réponse. Sinon, son discours de fond ne change pas d’un iota. C’est le discours des revendications lues contre son gré par Didier Wacogne, le Président de la Cour d’Assises chargée de juger l’homme dans son box.
Il faut juger quoi ? Des faits que ne reconnaît pas Colonna, bien au contraire, il ne cesse de proclamer son innocence. Dans des propos toujours identiques, toujours calmes, toujours solides. On a envie de le croire.
L’homme enfermé dans son box semble sincère, totalement sincère. Ni la justice ni ses adversaires, ni même certains de ses amis ne sont tentés de le croire. Lui, il est convaincu de sa sincérité. Et rien ne vient troubler cette certitude. Une certitude radicale.
Elle est à l’opposé non moins absolu.
Elle, c’est Dominique Erignac, La Victime. Elle est la figure centrale du groupe massif de l’accusation. Les avocats des parties civiles qui se comportent en procureurs forts de leur vertu et de leur cause juste. Les procureurs enveloppés dans leurs robes rouges bordées d’hermine. Les victimes, les avocats, les procureurs : les vociférateurs.
Elle, elle est « La Veuve » du préfet assassiné. La veuve qui a été profondément amoureuse d’un sous préfet croisé dans un cocktail, haut fonctionnaire en devenir rencontré à l’aube de ses années de femme. Elle était la fille d’un industriel du Nord, catholique. Lui était un homme des montagnes de Lozère, un protestant, un parpaillot rigide, un franc-maçon actif qui entendait transcrire dans sa vie de Serviteur de l’Etat ses principes philosophiques : Liberté, égalité, fraternité. Par leurs origines sociales, les deux personnages formaient déjà un couple improbable, mais qui a parfaitement fonctionné, semble-t-il. Car cet homme et cette femme étaient eux aussi sincères, engagés dans leur combat pour la morale publique. Deux enfants, une fille et un garçon, qui, aujourd’hui ne la quittent pas
Elle est fragile, presque anorexique. Sa chevelure argentée coiffée avec soin. Inquiète, angoissée.
Une journaliste du Pèlerin, France Lebreton, la décrit ainsi :

« Pour elle, le temps s’est arrêté. [Chez elle] elle reste des heures assise, les yeux dans le vague, absente à elle-même. Un matin, son fils lui lance : « Maman, il faut faire des petites choses chaque jour. » La phrase résonne comme un déclic. Dès lors, Dominique s’efforce de retrouver les gestes du quotidien : ranger le studio, faire les courses. Elle s’aventure dans un supermarché, puis dans un grand magasin, pour acheter un produit de beauté. Un inconnu l’aborde, lui témoigne de sa compassion. Dominique se sent coupable de ce « décalage » entre la futilité de son achat et la mort de son mari. »

Tous les jours du procès, elle vient s’asseoir sur son banc inconfortable. Elle prend des notes à perdre haleine. Quels souvenirs tente-t-elle de retenir ? Parfois, quand le propos d’un des hommes qui comparaissent l’agace, elle pousse un soupir, ou elle murmure, « quel intérêt ? »
Avant le procès qui se déroule aujourd’hui devant la Cour d’Assises, elle confie à un journaliste,Michel Deléan du Journal du Dimanche

« Tout cela est une vraie souffrance. Ça représente onze ans d’une vie. Je dois une grande partie de ce temps à Yvan Colonna, qui est parti quatre ans en cavale, et qui a ensuite refusé de répondre aux questions des juges d’instruction pendant dix-huit mois. Alors, ce nouveau procès, ça revient quand même à tout remettre en question. Je suis un peu angoissée, peut-être moins que les deux dernières fois, mais en même temps je fais confiance à la justice. Ce qui est difficile, sur la durée, c’est qu’on commence à reprendre une vie normale, et puis on est encore replongés dans cette histoire. C’est la chose principale dans notre vie. On vit beaucoup à travers ça. Même quand on veut un peu s’en détacher, on est toujours rattrapé.

Dominique Erignac est habitée par une obsession : obtenir des aveux complets de l’homme qui est en face d’elle, dans sa cage de verre, elle croit qu’Yvan Colonna doit avoir le courage d’avouer qu’il est l’assassin de son mari. Peu soucieuse de la présomption d’innocence, elle l’a dit, proclamé. L’épouse amoureuse d’un homme assassiné peut-elle raisonner en termes de présomption d’innocence ? Elle aussi est habitée par cette certitude : elle ne pourra commencer son deuil que lorsque l’homme de Carghese aura parlé.
Alors, que pense-t-elle quand elle entend Pierre Alessandri soutenir que le tueur, c’est lui ? Comme tous les autres membres du groupe poursuivi pour l’assassinat du préfet, et qui ont reconnu leur participation, Alessandri est ravagé par le sentiment de culpabilité. Tout en réaffirmant ses convictions nationalistes, son choix de la violence nécessaire.
Maître Philippe Lemaire parle à la place de Dominique Erignac :

« Vous nous prenez pour des débiles ou quoi ? »

Deux mondes rigoureusement étrangers l’un à l’autre s’affrontent. Il est probable qu’ils ne pourront jamais se rencontrer. D’ailleurs, les Français peuvent-ils comprendre les Corses ? Les Corses peuvent-ils comprendre les Français ?

Sources Le Pèlerin, France Lebreton, 26 novembre 2007, et le Le Journal du Dimanche Michel Deléan 10 novembre 2007 7 février 2009-

Athènes

53+01:00p31+01:0010bmar, 28 Oct 2008 10:15:53 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

La culture tapas : Athènes,
Automne 2008

De mon envoyé spécial


Il est évidemment impossible d’échapper au cliché : le ciel d’Athènes en ce début d’automne un peu frais est quand même l’un des plus beaux du monde. On m’avait annoncé une ville polluée dans des proportions invraisemblables. Eh bien non, l’Acropole et son Parthénon en ruines s’inscrivent toujours en blanc éclatant sur le plus bleu des bleus possibles. Les échafaudages du chantier de restauration ne peuvent rien y changer. Et le futur nouveau musée de l’Acropole dû au puissant et habile coup de patte de Bernard Tschumi, déjà visible mais non visitable, apportera un superbe geste de modernité architecturale.
Quand on regarde en haut, ça va. En bas, c’est une autre affaire. Ici règne le laisser aller, la négligence. En fait, je crois qu’on a confondu la pollution – elle est en cette saison presque impossible par les vents qui ne cessent des balayer les rues – et la saleté. La crasse. Ça, oui. Athènes, la plus ancienne des anciennes capitales, la mère des capitales d’Europe, est aussi de façon tout à fait incontestable la plus malpropre. Malpropre par inconséquence, par irresponsabilité, tant les Athéniens semblent indifférents à l’aspect de leur ville. Le dimanche matin, les rues sont transformées en un immense souk à ciel ouvert, vente au déballage. De la chiffonnade, curieusement des couvertures. Des « tombées de camion », et peut-on soupçonner, le produit de rapines. En bref un monstrueux marché aux voleurs. Avec à la clé des tonnes de papiers, de plastiques, de tous les immondices possibles. Cette ville est aussi dégoûtante qu’une cité du tiers monde. Et sans vraie raison car si on examine de près les chiffres, Athènes et la Grèce ne sont pas vraiment pauvres. Mais on s’en fout.
Pour être plus exact, plusieurs villes en une se côtoient. D’une part, la ville du « rêve hellène », un rêve dont les plus anciens d’entre nous se souviennent vaguement, quand on nous a obligé à apprendre le grec sous prétexte que seule la pratique de cette langue morte nous permettrait de retenir les mots savants en français. Et comme nous nous sommes imprégnés d’histoire en même temps que la langue, Athènes, ΑΘΝΗΑ, a été pour nous la première lumière du monde, la lumière qui nous a éclairé. Peu importe que ce souvenir remonte au temps des colonels dictateurs et du film « Z » de Costa-Gavras dénonçant les colonels en question. Un seule réalité s’imposait : Athènes, c’est la Démocratie. Une ville idée.
Un champs de ruines, évidemment En vérité, cette idée de ville est bien un champs de ruines. Ce n’est pas seulement un truisme. L’Acropole est en ruines, les agoras, les places où l’on débattait, sont en ruines. Les colonnes debout ont été redressées, parfois de façon hasardeuse. Ou pire, elles ont été récupérées par les clergés chrétiens pour bâtir leurs basiliques, leurs églises, leurs cathédrales. L’Ancienne Agora est bizarrement traversée par une ligne de métro à ciel ouvert, les rames foncent en ferraillant entre les temples et les Stoa reconstituées… De l’impossibilité d’aménager une ville antique sans casser de grands vestiges. Fellini nous a déjà raconté ça dans Fellini Roma, ça se retrouve à Athènes. Peut-on vivre d’une manière normale dans la Mère de toutes les villes ? Une ville où les temps se sont superposés par couche. Pour dégager l’Agora romaine, il a fallu creuser à huit ou neuf mètres de profondeur, enlever des milliers de tonnes de sédiments urbains. Il y a encore plus de ruines enfouies sous la ville que de ruines dégagées, rendues à l’air libre !
De façon paradoxale, ces champs de ruines, ces vestiges, ce monde disparu dont ne subsistent que des sculptures usées par le temps, sont d’une propreté absolue. Gérées avec un soin presque maniaque par les services culturels dépositaires de ces trésors qui en ont reçu la garde des nababs – dont l’inévitable Rockefeller – dispensateurs des premiers capitaux pour les fouilles. Enfermés derrière des grilles, épars au milieu d’une belle végétation méditerranéenne, balisés de signaux, surveillés de près par des cohortes de surveillants et de gardes. Ici, pas un papier gras. Pas un bruit incongru. On est dans un rêve, un paradis perdu d’où émergent quelques somptueux temples souvent reconstitués pour les besoins du tourisme de masse, comme les cariatides du temple d’Erechchtéion sur l’Acropole, la Stoa d’Attale et surtout le magnifique temple de Théseion.
Le mot est jeté : vieillot et un peu ringard, cet univers bien propre est réservé aux touristes, aux dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui affluent du monde entier pour se ressourcer aux origines de la politique. Dans un seul groupe j’ai pu décompter deux Indiens venus de Bombay ; un Libanais de Beyrouth vivant à Londres flanquée d’une Russe travaillant à Paris; des Américains ; deux Français égarés. Et encore un Sikh, deux autres Indiens. Des Allemands. Etc.
C’est le tourisme tapas. On entr’aperçoit les choses, on court d’un endroit à l’autre, clic clac des rafales de photos avec ce geste particulier imposé par le numérique : on regarde à distance, il n’est pas nécessaire « d’entrer dans le sujet » comme avec le viseur des appareils argentiques.
La ville est envahie par les touristes criards et bavards qui se fraient un chemin parmi les Athéniens ivres de leurs propres sonorités. Ils viennent ici, ils courent d’un site à l’autre, ils admirent d’un œil vague, ils écoutent les explications ineptes d’une guide ignare. Ils s’exclament, ils beuglent, ils crient dans toutes les langues du monde. On est à Babel. Qu’importe : ils « ont fait » Athènes et Delphes. Ils ont avalés sans appétit tous ces petits bouts de culture qu’on leur sert sans précaution. Sans détail. De la culture tapas. On bouffe, vite, sans goûter, ensuite on se sauve vers ailleurs. C’est le syndrome de l’escalier d’Odessa dénoncé par Chris Marker dans son film Le Fond de l’air est rouge (1977-1993). J’ai fait Odessa, j’ai fait les Châteaux de la Loire, j’ai fait l’Acropole…
Contrairement à l’Egypte, ici la parenté avec l’antiquité est perceptible. Ne serait-ce que par les types physiques, tu as l’impression de croiser des modèles de Phidias à tous les coins de rue. Mais ce n’est peut-être qu’une illusion, le résultat d’une auto suggestion.
Pour autant, je ne pourrai pas brosser le moindre portrait, nous n’avons pas parlé à un seul Grec, sauf le réceptionniste de l’hôtel, aussi international que possible. Rien de profond. Comment peut-on passer dans un pays sans parler à personne d’autres qu’aux mercenaires du tourisme ?
Deux mondes qui se côtoient mais s’ignorent. Ce premier monde du tourisme tapas ignore superbement l’autre monde d’Athènes. Le monde d’une ville tirée vers la clochardisation. Athènes est bien une cité à deux vitesses, où se côtoient deux mondes qui s’ignorent avec superbe. Ville pauvre et un peu vieillotte, bruyante, ignorant le monde de l’ailleurs. Ignorant surtout le monde qui survit dans le tourisme et par le tourisme à un passé à la fois lointain et omniprésent, quand Athènes était la capitale du monde. Le monde culture et le monde économique sont des univers parallèles qui ne semblent pas pouvoir se rencontrer. indifférents à l’autre univers qui leur permet de vivreun monde qui déambule, qui parle fort – cette ville est bavarde comme on ne peut pas l’être.
Ce qui est stupéfiant dans la rue : les femmes sont peu présentes. Les hommes s’imposent sans partage. Ces hommes sont jeunes, sombres, ils ne sourient pas, ils se déplacent par grappes, ils s’entassent dans les cafés, sans femmes, cette fois, ils s’agglutinent devant des télés qui retransmettent des matches de foot. Ou bien ils pianotent sur des claviers d’ordinateurs dans les cybercafés. La rue est glauque.
Dans Placa, cet ancien quartier turc devenu le sommet du tourisme local, toujours le tourisme tapas, les rues sont bien propres, bien léchées, les boutiques attirantes. Là-dedans les touristes se déplacent par hordes compactes, sans guide à parapluie, ils hurlent, les Allemands et les Israéliens gueulent, comme s’ils étaient seuls au monde, et en terrain conquis. Je ne suis pas certain qu’ils montent à l’Acropole.
L’ancienne Agora si bien tenue est le symbole de cette ville double. Elle est séparée par une grille d’Andrianou Odos, la rue bordée d’innombrables boutiques obscures, qui vit du commerce comme aux temps des Athéniens de naguère, il y a 2500 ans. Des boutiques où l’on vend de tout et n’importe quoi, un bric à brac pour touristes gogos.Mais pas un seul signe des temps actuels sur ce champs de ruines. Comme une grille de prison, la grille est l’interface entre le passé lointain et aujourd’hui.
La ville des Affaires indéterminées. Sinon, la ville réelle vaque à ses affaires. Les Affaires : c’est la grande affaire de ce pays. L’achat, l’échange, la revente. Athènes, reine du Commerce, sans doute reine des trafics. Les médicaments factices produits au Pakistan ou en Inde entreraient tous dans la communauté européenne par la Grèce et Athènes, affirme Jean-François Dehecq, patron de SANOFI-Aventis devant un parterre de patrons réunis par le MEDEF le 21 octobre.Le « shipping » est le domaine privilégié des Grecs. Les marins viennent de partout, et apparemment, ils restent. Athènes ville totalement cosmopolite. Hormis la saleté et de trop nombreuses maisons tombant en ruines, l’allure de la rue est au demeurant plutôt sympathique. Les passants ne vous poussent pas, ils sont agréables, pas arrogants. Mais très sûrs d’eux. Le soir, tandis que les grandes artères du centre sont paralysées par les embouteillages malgré l’excellent réseau de transports publics, tout ce monde se répand dans la rue, le taxi a du mal à se frayer un passage pour rejoindre un restaurant à Placa ou à Psiri. A 4 heures de l’après-midi les magasins ferment l’un après l’autre, les badauds se rassemblent sur les places Omonia ou Syntagma, dans les parcs du Parlement ou du Jardin national pour tchatcher. L’esprit de l’Agora règne toujours sur Athènes. Il est plus important de parler que de veiller à la propreté. Plus tard et plus loin, dans un square écarté, mal éclairé, vacille sur un banc un inconnu victime d’une overdose.

Pour obtenir un pardon… Pour compenser ce portrait sévère d’Athènes, je vous livre cette description de la « montée à l’Acropole » la visite des ruines qui subsistent dans cette cité enfouie dans son lointain passé, les vestiges sont enthousiasmants. Si beaux dans la lumière d’automne :

Temps somptueux, mais un peu frais. Juste ce qu’il faut pour ne pas avoir trop chaud. Quand j’ai considéré la hauteur de l’Acropole, j’ai pensé que je ne grimperais jamais là-haut. 140 mètres, et rien que des marches, impossible de monter en taxi jusqu’au sommet. Eh bien, j’y suis arrivé. J’arpente en tous sens le plateau de l’Acropole, je cours du Parthénon aux caryatides du charmant temple Erechchtéion. Sur un chantier œuvrent sans hâte quelques tailleurs de pierre. Belle visite du Parthénon. Difficile et même impossible » à décrire. On ne décrit pas la Vénus de Milo, on la voit. Comme les centaines de tourisme qui arpentent le site, je prends photo sur photo. En essayant d’éviter les Japonais, plus préoccupés d’être photographiés devant les ruines que de les regarder.

Dernière image : la statue de bronze, immense et pourtant si légère, de Poséidon-Zeus au Musée archéologique.