Archive for décembre 2005

Sécurité privée

31+01:00p31+01:0012blun, 05 Déc 2005 08:43:31 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Colloque Sécurité privée,
INHES, 5/6 décembre 2005

Sociétés de sécurité privée :
vers la création d’une carte professionnelle.

Claude Tarlet Union de la Sécurité privée (USP)

Philippe Madelin, docteur en sciences de gestion

Chapô
Les 5 et 6 décembre, l’INHES a organisé à son siège de la Plaine Saint-Denis un colloque consacré à l’actualité et à l’avenir des sociétés privées de sécurité. Le diagnostic est sévère : les contrôles légaux sont inopérants, un quart des entreprises est en marge de la loi, malgré son explosion le marché se porte mal, seulement 42 % des entreprises sont bénéficiaires.
Colloque Sécurité privée, INHES, 5/6 décembre 2005
Compte-rendu Philippe Madelin

Tout peut arriver lors d’un colloque. Par exemple de masquer de véritables propositions en vue d’une nouvelle loi derrière l’évocation des difficultés rencontrées par l’ensemble d’un secteur économique.
Tel a été le cas lors du colloque mis sur pied par l’Institut national des Hautes études de la sécurité. Officiellement, sous couleur d’explorer les enjeux et les évolutions nécessaires, il s’agissait d’exposer les desideratas des entreprises opérant dans la sécurité privée. En vérité, Les travaux se sont presque aussitôt transformés en énoncé des conditions nécessaires à une réforme législative profonde du secteur.
Quand la première loi jetant les bases du métier a été votée en 1983, la profession était encore balbutiante et sa réputation obérée par les affaires du SAC et de la tuerie d’Auriol. Les entreprises n ‘étaient pas nombreuses, elles étaient en outre très dispersées, les effectifs inférieurs à une dizaine de milliers d’hommes, les pratiques peu professionnalisées.
Vingt-deux ans plus tard, quelques lois, quelques décrets, quelques réglementations plus tard pour retoucher le texte d’origine, le paysage a radicalement changé. Effet des externalisations massives des services de sécurité, y compris au niveau des administrations et des grandes sociétés publiques – l’Etat « achète » un garde de sécurité sur cinq – la profession a explosé : 2,1 milliards de chiffre d’affaires, 130 000 employés, 92 000 à recruter d’ici à 2010 au titre des remplacements et des nouveaux emplois ; 2000 entreprises réparties sur 3000 établissements, auxquelles il faut ajouter 2000 travailleurs indépendants. En fait, numériquement, la sécurité privée pèse autant que la Police nationale ou la gendarmerie.
Deuxième facteur majeur : le marché a laminé les petits, la profession est extrêmement concentrée. Deux groupes détiennent à eux seuls 40 % de parts de marché. Une particularité notable : ces groupes sont tous les deux les branches françaises de multinationales, suédoise pour Securitas, anglo-danoise pour Securicor. Les trois quarts des parts de marché sont détenues par 170 sociétés, avec une montée en puissance de groupes spécialisés dans l’entretien et la propreté, donc a priori sans tradition professionnelle dans le monde de la sécurité.

A lui seul, ce tableau pose de problème fondamental de la compétence et des entrepreneurs et des employés. Un certain   nombre de dérapages ont pour origine le manque de formation des uns et des autres et la difficulté pour identifier les employés. Or ceux-ci proviennent en quasi totalité de milieux difficiles : un emploi de vigile est une des rares perspectives professionnelles pour les jeunes de banlieue refoulés de tous les autres secteurs. C’est notoire, et visible à l’œil nu. Rien de surprenant donc à constater que la très grande majorité des salaires oscillent autour du SMIC, et n’atteignent des niveaux corrects que grâce aux primes, travail de nuit, risques particuliers, parfois double emploi.
Surgit un deuxième problème essentiel. On connaît mal le périmètre de la profession : services de sûreté intégrés, sociétés prestataires de services, sous-traitants, voire sous-sous traitants mal identifiés ; gardiennage pur et simple ; services de « protection » bénévoles entretenus par les syndicats et « l’événementiel » ; enquêtes de plus ou moins haut niveau… Ce foisonnement donne lieu à des phénomènes de concurrence souvent acharnés, la pente glissante du « moins disant » débouche vite sur le « mal disant ». Sans compter quelques entreprises au demeurant marginales qui, sous couvert de sécurité privée, opèrent comme des milices, et/ou sont employeurs de militants clandestins.
Troisième difficulté : tant au niveau des dirigeants que des employés, la formation et l’examen de compétences sont pratiquement inexistants. L’exercice du métier relèverait au pire de l’amateurisme au mieux du savoir faire pratique acquis sur le terrain sans formation de base.

Alors que l’appareil législatif entend corseter l’exercice de façon étroite, dans la pratique ce contrôle semble inopérant. L’outil principal est la procédure d’observation préalable, obligatoire pour chaque nouveau recrutement. L’instruction est assurée au niveau préfectoral. Et c’est là où le bât blesse : alors que les avis devraient être délivrés en quinze jours au maximum, les délais réels sont démesurément longs, jusqu’à cinquante-huit mois, presque un an. Les services de l’Etat n’ont pas les moyens d’exercer leurs contrôles. En outre, les Préfectures ne sont pas en mesure de vérifier si la même personne ne pose pas sa candidature dans plusieurs départements. Dans la pratique, la procédure d’observation préalable reste purement formelle, les sociétés engagent leurs employés sans attendre les réponses, le filtre ne fonctionne pas, la porte est ouverte à n’importe quoi. On ne sera pas surpris que les professionnels et les services de police ont constaté que de nombreuses sociétés sont hors normes, un quart selon les estimations des professionnels.
C’est pourquoi lors de plusieurs tables rondes tenues à l’intérieur du colloque, les participants ont présenté quelques propositions fondamentales qui apparaissent comme de véritables revendications à insérer dans une loi rénovée.
La principale proposition porte sur la création d’une carte professionnelle hiérarchisée, attribuée de façon paritaire. C’est-à-dire que pour exercer, par exemple comme chef d’entreprise, la détention d’une carte professionnelle adaptée serait obligatoire ; même schéma pour les employés qui se verraient astreints à exciper d’une formation estampillée, qui se concrétiserait par un véritable examen d’entrée, selon un schéma copié sur celui de l’Espagne.
Cette disposition implique que l’Etat se donne les moyens d’un contrôle efficace par la mise en place d’un fichier central informatisé des personnes habilitées à exercer dans une société de sécurité privée. Il permettrait l’identification immédiate de toutes les personnes « problématiques » et éviterait en particulier les candidatures multiples d’impétrants cherchant à contourner les conséquences du contrôle administratif.
Corrélativement, les professionnels présents au colloque sont convenus qu’apparaissait nécessaire une nouvelle définition du périmètre de la profession, de nombreuses spécialités plus ou moins récentes échappant aux textes actuellement en vigueur.
En conclusion, les participants se sont élevés contre l’irresponsabilité bien réelle de certains clients, fort peu regardants sur les qualités des sociétés de sécurité avec lesquelles ils contractent, pourvu que les coûts soient aussi bas que possible. C’est la porte ouverte à toutes les pratiques de travail dissimulé. Voire à l’intrusion de sociétés proches de groupuscules religieux, sectaires ou politiques.

Publicités