Archive for août 2004

Toronto, police

16+01:00p31+01:0008bjeu, 26 Août 2004 08:46:16 +0100+01:00 9,2008

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

 

Philippe Madelin jeudi 26 août 2004

Enquête sur le traitement des « communautés visibles » par la police de Toronto

Toronto : Une politique communautariste sans discriminations communautaristes

Ph. Madelin, enquête sur place.

A la demande de l’Association des Auditeurs, Philippe Madelin ( IHESI 1993) a été reçu par les services de police de Toronto lors d’un déplacement spécial effectue au cours du mois d’août.
Le service de police de Toronto présente en effet une particularité qui nous intéresse au plus haut point : elle tente d’offrir une réponse tres adaptée à l’un des problèmes qui nous préoccupe le plus. Comment gérer les questions douloureuses de criminalité dans les minorités ethniques sans pour autant tomber dans un racisme au demeurant inconstitutionnel.
Ici, avec la gestion de 90 « communautés visibles » et de violentes tensions (voir encadre) il etait vital d’aborder la question de front.
La réponse tient dans une organisation complexe qui relevé autant de la philosophie politique que des techniques de police proprement dites.

L’idée de base est de concilier la lutte contre les discriminations de toutes formes avec la nécessaire efficacité des actions de police, aussi loin que possible de tout angélisme. Une efficacité qui va jusqu’au renseignement politique. Mais, chut, il ne faut pas le dire, nous sommes en pays anglo-saxon, il est tres incorrect d’envisager le problème sous cet angle
Trois niveaux opérationnels doivent permettre de comprendre comment fonctionne cette machine
–    l’organisation des rapports permanents entre les services de police et les « communautés visibles ».
–    Les modalités de recrutement des personnels de police, et la doctrine d’emploi lors de missions mettant en jeu des problèmes de communauté.
–    La formation particulière des jeunes policiers pour le traitement des rapports avec les différentes communautés.
Chapeauté au niveau de la ville par un Comité consultatif communautaire présidé par un haut gradé représentant direct du chef de la police, les rapports communautaires reposent sur les liens entre la police et les CPLC (comités de liaison police-communauté) et les CRU (Community response Unit). Mis en place dans chaque grande communauté, dont ils sont les porte-parole, ils constitués de citoyens volontaires et non rémunérés, généralement choisis en raison de leurs positions sociales qui légitiment leur rôle de porte-parole. C’est la clé de voûte du système.
L’expérience du constable Robert Bardetti dans la division 42 est particulièrement instructive.
 » Je suis l’un des six officiers de liaison de la police de Toronto. À ce titre, je suis chargé d’assurer les liaisons avec la communauté francophone. Pas seulement les Québécois, très nombreux dans la ville, mais aussi les Africains francophones d’origine. mes collègues sont chargés des secteurs  » Chine »,  » Asie du Sud  » (Inde et Pakistan, dont les ressortissants sont pour la plupart citoyens britanniques), les Indiens et eskimos du Canada, les Noirs anglophones (Caraïbes, Nigeria, Kenya, etc.), Gays et lesbiennes. Le communautarisme est ainsi poussé jusqu’à la prise en compte des comportements marginaux.
 » Ma mission consiste à entretenir des liaisons étroites avec le CPLC de ma communauté, c’est même un travail de propagande dans les écoles, par exemple. Tous les ans, je vais raconter aux élèves l’Histoire des Noirs. En fait, je prépare les conditions de recrutement des policiers dans ces communautés.
 » Je parle des problèmes de criminalité, je leur explique quel est l’esprit de notre police, qui est un lien de civilisation et non de répression. C’est une manière de leur apprendre « les nouvelles du monde ». Je leur rappelle que la paix civile repose aussi sur les épaules des représentants des communautés. La difficulté est que ces nouveaux immigrants n’ont aucune idée des lois canadiennes, qui excluent souvent leurs coutumes traditionnelles. Ainsi ici, il est interdit de battre sa femme, la loi oblige désormais les policiers à arrêter sur le champ tout auteur de violences conjugales. Nous leur expliquons que c’est eux qui doivent s’adapter à nos lois, et non nos lois à eux.  »

Où l’on constate que la politique communautariste rencontre elle-même ses limites.

 » Nous tentons de leur faire comprendre, complète le Constable Richard Rochon, que s’il n’y a pas de dialogue avec la police, nous sommes fichus. Un exemple : le quartier Malvern où sévissait une terrible guerre de gangs entre membres de minorités visibles — des hommes originaires des Caraïbes en l’occurrence -. Nous avons réussi à leur admettre à la population que c’était leurs propres enfants qui se faisaient tuer, qu’il leur fallait reprendre possession de leur quartier. Aux Chinois, nous leur expliquons qu’il était de leur intérêt que des leurs entrent dans la police.

Le recrutement est le moyen majeur utilisé pour mettre en œuvre cette politique.
 » Naguère, assène le constable Bardetti avec un bel accent québécois, on cherchait pour la police des hommes grands, tres forts, avec des yeux bleus. Maintenant tout est changé.  »
Le constable Bardetti a du mérite à énoncer ce propos : ce puissant gaillard de deux mètres correspond trait pour trait à ce que ne cherche plus la police de Toronto.
Le modèle est peut-être aujourd’hui le sergent Terry James : une belle femme sympathique, originaire de l’île de Grenade, donc noire en plus d’être femme. Elle est surtout la première femme noire à avoir atteint un haut niveau de responsabilité dans le service de police de Toronto puisqu’elle est justement chargée du recrutement des nouveaux policiers. 280 pour l’année fiscale. 72 pour la  prochaine promotion admise à l’Ecole de police : 24 ont été recrutés selon les impératifs de la discrimination positive dans les minorités visibles, 24 femmes, 24 d’autres origines. Sans que pour autant soient écartés les critères ayant trait a la formation, aux qualités physiques, et aux capacités intellectuelles. La citoyenneté canadienne n’est pas obligatoire, pour postuler à un poste de policier, il suffit d’être résident permanent, et d’avoir moins de… 65 ans. Un critère d’âge fixé trop bas est considéré comme un facteur de discrimination !
Analyse du Sergent James :
« Nous sommes mandatés par la loi pour multiplier les efforts afin de recruter des personnels spécifiques en vue d’entrer en contact avec les différentes communautés. Nous avons besoin en permanence de policiers qui sachent de comporter correctement dans des situations spécifiques. Par exemple savoir que quand on parle a des parents chinois qui ne s’expriment pas en  anglais, la traduction étant assurée par un enfant, il faut quand même parler directement aux parents, comme s’ils étaient capables de comprendre. Mais le  mieux est cependant que le policier parle chinois. Donc qu’il soit d’origine chinoise. »
C’est pourquoi le service de police de Toronto tente de combler son retard pour le recrutement dans les différentes communautés.
 » Nous nous heurtons à de forts obstacles culturels, de nombreux nouveaux immigrants, et particulièrement les Chinois, restent tres marqués par les pratiques policières dans leurs pays d’origine, brutalité, corruption. A leurs yeux, le métier de policier n’est pas honorable. Nous devons donc les convaincre qu’il est de leur intérêt que des gens de chez eux entrent dans la police « , note le Constable Rochon, lui aussi québécois, longtemps chargé des rapports avec la communauté francophone.

Comment concilier ces principes de communautarisme avec les impératifs de non discrimination ? La Sergent James décrit la doctrine d’emploi des policiers issus des différentes communautés. En réponse à notre question, elle expose qu’il est n’est pas question de créer un corps de police spécifique pour chaque communauté.
 » Hommes et femmes, issus des communautés ou non, les policiers ne reçoivent pas d’affectation spéciale, ils sont répartis dans les divisions comme policiers généralistes. Mais ils sont susceptibles d’être appelés à tout moment pour participer à des actions. Un exemple : une voiture en patrouille dans le quartier chinois de Toronto lance un appel de renfort. Dans la salle de dispatching du quartier général (College Street) on recherche un policier d’origine chinois disponible et on l’envoie sur le terrain non pour opérer directement, mais pour assister son collègue dans ses rapports avec les Chinois mis en cause.  »
Toutefois, pour des raisons pratiques – en particulier la conduite des interrogatoires – la procédure criminelle sera effectuée par le policier parlant la langue des mis en cause. Il n’y a pas de discrimination, seulement rationalisation des moyens disponibles.
Notons que la police de Toronto a complété son dispositif de communication opérationnelle : si l’appel sur le 911 (ligne d’urgence police) est exprimé dans une langue non pratiquée par l’un quelconque des policiers de la ville, l’appel est transféré sur un centre de traduction privé entretenu par la société AT&T en Californie. Ce système permet d’éviter le recrutement d’un corps de traducteurs spécialisés qui serait inutile la plus grande partie du temps.
Enfin, le service de recrutement est assisté par RCAC (Recruiting Coalition Advisory Committee, Comité des conseillers en recrutement) qui comportement obligatoirement un membre de chacune des communautés suivantes : Asie, Asie du Sud-Est, Noirs, Aborigènes (Indiens d’Amérique), musulmans, Somalis, femmes, Gays et lesbiennes, Japonais, Jeunes, Hispaniques).

Troisième volet de cette politique : une formation spéciale des jeunes policiers aux impératifs des droits de l’homme, et un recyclage des anciens, que non présente la Constable Rennie Johnson, formatrice au Bick College, l’école de police.
 » Notre propos est fondé sur règle d’or : le principe absolu du respect de l’autre. Nous leur apprenons à se conduire de façon éthique en toutes circonstances. Par exemple, quand on vous offre un cadeau, qu’est-ce qu’on peut accepter ou non. En fait, rien : si un policier se voit offrir son repas au Mac’Do’ parce qu’il est en uniforme, il doit refuser. Ils doivent considérer que les spécificités ethniques ne peuvent en aucun cas un prétexte pour changer d’attitude.  »
Le Constable Johnson ne cache pas que cette formation à l’éthique des comportements est motivé pour des raisons très prosaïques, pour limiter les plaintes en justice contre la police :
 » Si lors de poursuites exercées par la justice contre un délinquant, celui-ci réussit à faire admettre que le ou les policiers chargés de l’affaire ne se sont pas comportés selon les règles légales de l’éthique, la formation peut être éventuellement mise en cause.  »
Avec condamnation à la clé.
Par comparaison avec les dix-sept semaines de formation initiale réservées aux nouveaux policiers, ce cours de trois jours consacré à l’éthique et à l’apprentissage des  » différences  » ne paraît guère long.
Mais il est essentiel. Il se déroule sous la forme de discussions collectives autour de thèmes fondamentaux. L’essentiel est d’éradiquer les préjugés raciaux. Dans le genre — exemple choisi —  » Tous les Chinois conduisent mal « .
Le programme est clair : droits de l’homme, harcèlement dans les rapports de travail et entre sexes, criminalité raciste, cyber-criminalité raciste, abus sexuels commis par les adultes, problèmes particuliers des infirmes ; tableau des diversités culturelles. Une demi-journée est même consacrée au service EFAP, traitement psychologiques des personnels de police en situation difficile.
Un cours spécifique est consacré à l’apprentissage des mouvements racistes, américains (nombreux) et européens, ainsi qu’à la signalétique qui leur est liée.
Un schéma est présenté aux élèves pour être plus au clair avec eux-mêmes : on passe du stéréotype — le cliché ethnique facile — au préjugé ; on franchit la ligne quand la pensée irréfléchie se transforme en comportement : acceptation du principe de discrimination, et, en fin de compte, les  » ismes  » : agisme, racisme, sexisme.
Pour faire bonne mesure, tous les membres de la police de Toronto sont contraints de revenir chaque année à l’école une demi-journée suivre ce cours en tant que perfectionnement.
 » Pour des personnes en service depuis dix ou quinze ans, insiste la Constable Johnson, c’est tout à fait capital. Nous avons un noyau dur de deux cents à trois cents agents totalement rétifs aux droits de l’homme, ce groupe est notre principale cible. Nous mélangeons ces personnes dans des groupes avec des stagiaires sans problème. Le plus allergique sera mis au pas par ses collègues s’il ne veut pas passer pour un idiot, sinon, c’est la rue qui lui apprendra.  »
Avec l’aide d’intervenants extérieurs, les animateurs de groupe ne cessent de revenir sur ces concepts, jusqu’à leur complète assimilation. Même si la police canadienne ignore la notation individuelle, on comprend que le strict respect de cet enseignement sera pris en compte pour le déroulement de carrière.
Comme on peut le constater, ces différents volets de la politique plus destinée à lutter contre toutes les discriminations relèvent moins du communautarisme au sens strict et des techniques de police que d’une véritable philosophie de l’action. Et toujours dans l’optique la plus pratique et la plus opérationnelle possible.

Encadré
Le concept de communauté visible

Au début des années 1990, la minorité noire de Toronto a exprimé son ras-le-bol de se voir traitée systématiquement comme potentiellement criminogènes. Des tensions découlant de cette prise de conscience a émergé pour les autorités politiques de Toronto la nécessité de modifier radicalement la politique suivie par la ville en matière de sécurité pour apaiser ces tensions.

Cette politique communautariste irrite tout particulièrement les milieux politiques français qui croient y voir une forme de racisme non déclaré, totalement contraire à notre conception idéologique de l’Etat un et indivisible. Cette conception exclut toute forme de traitement spécifique des différentes communautés au plan de la sécurité publique, de l’enseignement, de la culture, etc. Avec des résultats pour le moins mitigés : le principal effet de cette politique a été de faire perdre tout contact avec de très larges franges de la communauté musulmane, et de façon encore plus précise, d’aboutir à une totale incompréhension des mécanismes internes des sous-communautés, maghrébines, turques, africaines. On parle moins de la cécité totale à l’égard des communautés chinoises, vietnamiennes, cambodgiennes, tziganes, et, aujourd’hui, en provenance d’Europe orientale.
L’intérêt de cette enquête à Toronto est d’examiner comment une ville de taille comparable à Paris a tenté de résoudre ce qui peut apparaître comme la quadrature du cercle.
Précédée par de longues recherches à la fois théoriques et opérationnellement, la définition de nouvelles orientations a été rendue obligatoire par un texte voté par le Parlement provincial de l’Ontario, la loi sur les services policiers. Elle oblige tous les services publics, et plus particulièrement les services de police, à développer des politiques de non-discrimination et de lutte contre toute forme de discrimination.
Les prescriptions précises sont définies par le Code des Droits de l’homme de l’Ontario, datant de 1990. Son domaine d’application est tres large puisqu’il s’étend a la totalité des services, au commerce alimentaire, à l’emploi, les activités sociétales, les contrats de toute nature.
La politique de police communautaire se situe dans le droit-fil de ces prescriptions légales.
Il etait temps : on ne compte pas moins de quatre-vingt dix « communautés visibles » à Toronto, allant des francophones regroupant aussi bien les personnes originaires de la province du Québec que d’Afrique noire, les Asiatiques, en particulier les Chinois et les Coréens, les hispanisants. Même les gays et lesbiennes sont considérés comme une « communauté visible ».
La ville de Toronto est le reflet de l’évolution actuelle du Canada, en rapide croissance démographique, mais essentiellement par apport annuel de 300 000 nouveaux immigrants légaux. La population canadienne atteint aujourd’hui 35 millions de personnes, regroupées le long du fleuve Saint Laurent et des Grands lacs, et sur la cote Ouest. Selon un recensement de 2001, 43% de lz population de Toronto relève des  » communautés visibles « . Pour l’ensemble du Canada, le nombre de policiers appartenant à ces  » communautés visibles  » ne dépasse pas 4% alors que la totalité de la population d’origine étrangère atteint maintenant 13%. A Toronto la proportion des policiers d’origine étrangère atteint 12.5%.
Selon nos critères européens, la criminalité est relativement élevée a Toronto,
Soit, pour 6,3 millions d’habitants, 198 424 crimes et délits, dont 66 meurtres, 5228 vols qualifiés – en forte augmentation -, 2 427 agressions sexuelles, 15 000 vols par effraction. La plus grande partie de ces infractions est réputée être imputable aux « communautés visibles », en particulier a des gangs lies aux milieux noirs.
Pour faire face, la police métropolitaine compte 5 295 hommes et femmes, tous en uniforme, repartis en seize divisions territoriales et quelques unités spécialisées. Ce corps en uniforme est renforcé par 2000 civils pour les tâches non policières.
Observons que, dans la province d’Ontario comme partout au Canada, les niveaux de responsabilité sont très différents de ceux pratiqués dans la police française : un simple Constable — équivalent du gardien de la Paix – se voit confier des missions qui en France seraient de toute évidence confiées pour le moins à des officiers de police. De même, nous allons voir qu’un Sergeant, correspondant à un brigadier, dirige un service majeur comme celui du recrutement. Un poste qui, en France, serait certainement attribué à un commissaire de police. Il est vrai que au Canada comme dans tous les pays anglo-saxons, avant d’atteindre les plus hauts grades les policiers doivent franchir tous les échelons de la hiérarchie, en commençant obligatoirement par le terrain, dans la rue.

Police communautés visibles

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