Voyage – Géorgie, dans le Caucase, un monde flou

9-13 juin 2009
Géorgie : voyage à tâtons dan un pays flou

Une fois de plus, encore une fois ? me voici dans un pays exotique perdu au bout du monde connu. La Colchide. Alias la Géorgie.
Avec mon association des auditeurs de l’INHES.
Nous devons à une modification du programme présidentiel de nous être retrouvés en Géorgie, la petite et singulière république du Caucase du 9 au 13 juin.
Nous devions visiter Bakou et l’Azerbaïdjan. Nicolas Sarkozy aussi, à peu près à la même période. L’attaché de sécurité chargé de nous cornaquer ne pouvait organiser les deux visites. D’où la Géorgie. Le plus drôle est que le Président n’a pas été à Bakou !
Géorgie, 65 000 km2, 4 800 000 habitants. Dans l’antiquité l’Ibérie et la Colchide, pays de la Toison d’Or.
C’est dire que nous ne sommes pas les premiers arrivés ici. Le pays occupe une profonde dépression coincée entre le Caucase du Sud, montagnes modestes, et le Caucase du Nord, les sommets les plus élevés d’Europe. La division entre l’Europe et l’Asie passe quelque part par là.
Capitale : Tbilissi, ex-Tiflis. Un peu plus d’1,5 million d’habitants. Personnages les plus célèbres : Joseph Dougachvili, alias Staline soi-même, et Lavrenti Beria pour l’époque moderne, le Roi David le Reconstructeur et la reine Tamar pour les temps anciens. Une langue mélodieuse et une écriture alphabétique uniques, rattachées à aucune autre. Ce qui rend le pays très exotique. Une population européenne – de type caucasien évidemment – mais fortement soumise à des influences orientales en raison des multiples invasions qui ont déferlé sur le pays au cours des siècles : les Perses, les Arabes, les Mongols, les Russes, tout le monde s’y est mis.

A Tbilissi, l’avenue Roustavéli se prend un air de Champs Elysées. Dans le style architectural russe du 19° siècle, les façades sont bien propres, enseignes de franchises occidentales, mais elles masquent des arrières cours en déshérence. Ville façade et ville pauvre imbriquées. Côte à côte les tentes des contestataires qui depuis plusieurs semaines assiègent le Parlement pour s’élever contre le pouvoir du Président Mikheil Saakachvili, et les promeneurs à la fois tendus et décontractés. En bandes « unisexes », filles et garçons séparés, ils déambulent au milieu des petits marchands qui déploient leurs étals sur le trottoir. Me rappelle Sofia, la première fois où j’ai été là-bas. Mais en moins austère, nous sommes « au sud ». c’est-à-dire un pays « méridional » sans la raideur des Slaves. Une circulation totalement anarchique, apparemment le code de la route est ici un concept inconnu. Plus loin, dans les parcs, des hommes désoeuvrés. A y regarder de plus près, on s’aperçoit du petit nombre d’hommes jeunes : ils sont partis travailler ailleurs, la Géorgie a perdu 10 % de sa population depuis e retour à l’indépendance, en 1991.
Quand on s’éloigne du centre historique, les caractères orientaux sont plus perceptibles. Des vaches et des moutons en liberté errent dans les rues près des marchés. Les rus sont défoncées, les façades très dégradées. C’est une ville chahutée, divisée entre ses collines abruptes qui se dressent de part et d’autre de la gorge où coule la rivière Kauria, dominée par de multiples clochers. Les églises et les popes, omniprésents. Dans l’avion, à l’arrivée, parmi les passagers un monastère complet avec popes et leurs femmes et les moniales étroitement voilées de noir.
Ici, toutes les religions se côtoient sans trop de mal, semble-t-il. C’est du moins ce qu’ils prétendent.
Mais ce pays est bizarre : mon impression est floue, comme le pays, comme les gens. Ils sont charmeurs, mais la violence est toujours latente.
Le portrait dressé par Eric Fournier, l’ambassadeur de France est relativement sévère : la Géorgie est au cœur du problème du Caucase. Au plan de la sécurité, les relations avec le voisin russe restent très complexes. Les guerres ont montré la quasi impossibilité de stabiliser les marges de l’ex-Union soviétique. En 1993, la première guerre pour le contrôle de l’Abkazie a été meurtrière, désastreuse. Le conflit pour l’Ossétie pèse toujours lourd puisque les troupes russes stationnent à 40 km de Tbilissi. Au terme de ces conflits, la Russie a consolidé ses positions dans une région qu’elle considère toujours comme partie de sa zone d’influence privilégiée. En véirté, la Russie supporte mal de ne plus dominer la Géorgie.
Et la question des réfugiés est toujours préoccupante. Ils sont plusieurs dizaines de milliers entassés dans des villages construits pour eux.
Au carrefour des routes est-Ouest – la route de la Soie – et Nord sud du Caucase, la situation stratégique intéressante, mais combien dangereuse.
Sa situation clé dans le Caucase est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force parce que contrôle les grandes voies commerciales de transit entre l’est et l’ouest, c’est l’antique route de la Soie, et entre le Sud et le Nord, des régions musulmanes vers les espaces slaves. Mais sa faiblesse car elle a été depuis toujours l’enjeu de toutes les convoitises, les conquérants n’ont cessé de déferler rendant la lisibilité de l’histoire très problématique.
L’Union soviétique a imposé sa loi pendant 70 ans, et la Russie supporte mal de ne plus être la grande maîtresse du jeu dans cette zone d’influence qu’elle considère comme sienne.
Pour eux c’est un conflit interne, la Russie n’a toujours pas avalé que la Géorgie ne soit plus une partie de l’empire, elle doit rester dans sa zone d’influence.
La force russe : 5000 hommes à 40 km de Tbilissi
Sans pour autant parvenir à maîtriser les conflits locaux nés de la désintégration de l’Union soviétique, l’objectif principal des Russes est le changement de régime à Tbilissi et le contrôles des gazoducs. Avant tout bloquer l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN
La Géorgie reste instable, mais il n’est plus question de réengager un conflit.

Cette région est en situation de transfert, tant au plan de la sécurité que de l’économie et de la politique intérieure toujours chaotique.  Les enjeux de pouvoir et la crise mondiale de 2008 pèsent sur le pays. La situation intérieure reste problématique. Depuis le 9 avril 2009, les manifestations de l’opposition extra-parlementaire se multiplient dans les rues de Tbilissi, dès le 9 avril 2009 treize partis politiques d’opposition, amalgame de partis hétéroclites ont lancé un appel à une manifestation nationale afin de réclamer le départ du président Mikhaïl Saakachvili, considéré comme mal élu.
Ces groupes œuvrent souvent pour un rapprochement avec la Russie, tandis que les ultranationalistes militent pour un retour vers le… 18* siècle.
Néanmoins les familles politiques cohabitent
C’est moins folklorique que ça n’en a l’air : Le Parlement est paralysé par les tentes, pas de vie politique.
Bizarrement le gouvernement laisse la situation en l’état.
« Il faut permettre à l’opposition de s’exprimer », nous dit un officiel du Ministère de l’Intérieur, « à condition que ça ne dégénère pas »
Mais les observateurs étrangers de s’interroger : Comment convaincre le gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour sortie de crise
Mais, souligne l’ambassadeur, « Ici on doit toujours se poser la question : quelle est la vérité ? On est dans un système d’incertitude. Il n’y a pas de version précise des faits. Dans ce système flou, il est difficile de savoir exactement ce qui s’est passé, quelle est la réalité de choses
Absence de structure d’enquête indépendante.
Les menaces sont multiples : les Russes, la grande criminalité, la sécurité des investissements étrangers, la sécurité alimentaire – la Géorgie n’est pas encore au niveau des normes alimentaires européennes – , la circulation médicaments contrefaits et naturellement le grand trafic de drogue qui transite par la Géorgie, un chaînon majeur.
Pour affronter les menaces, deux institutions fondamentales comme partout. L’armée et la police.
Une armée modeste, objectif : guerre asymétrique contre les Russes
L’armée, des fantassins pour l’essentiel, est forte de 37 000 hommes, c’est-à-dire faible, sans aviation, avec une marine squelettique d’ailleurs passée sous le contrôle du Ministère de l’Intérieur.
Le colonel Chachilaï Vladiadzé, Vice-ministre de la Défense, nous explique que cette armée va être reformatée pour mieux affronter la réalité des équilibres.
Telle sera la nouvelle politique de défense. Moins coûteuse, plus efficace.
«  Avant l’arrivée des russes nous n’étions prêts ni pour a défense, ni pour l’offensive. Nous avons été complètement surpris. L’objectif des Géorgiens face aux Russes, donc plutôt qu’une armée classique qui ne saurait peser par rapport aux Russes, il s’agit de créer des situations inextricables dans la perspective de « combats asymétriques. L’offensive menée par les Russes lui reviendra comme un boomerang : la Russie est un puzzle de nations, 70 régions autonomes sont prêtes à reprendre leur indépendance »
Notre interlocuteur ouvre des perspectives apocalyptiques sur la décomposition, la balkanisation de la Russie.

Même souci d’éviter le retour au passé pour les forces de police. Il est symptomatique et symbolique que le plus bel immeuble moderne de Tbilissi est le Ministère de l’Intérieur, flambant neuf. Tout en transparence, comme se veulent les responsables de la sécurité. Une transparence qui n’est peut-être qu’une image masquant une autre réalité.
A dire vrai on doit constater une vraie faiblesse des forces de police.
Gros problème : passage du système soviétique à un système géorgien spécifique. La police était impliquée dans le crime organisé et corruption, mal positionnés par rapport à l’Etat, et très prolétarisée, d’où racket à la petite journée
En vérité, cadré par des budgets très limités, conséquence du libéralisme aigu et de la faiblesses des moyens disponibles. Le système de police très allégé traduit la hantise de l’appareil policier soviétique, et
« Les voleurs étaient dans la loi. Il a fallu reconstruire la police rétablir l’emprise de la loi. »
Et toujours implications de policiers dans des affaires de stupéfiants
D’où la nécessité de réduire le nombre de policiers de 62 000 tombé à 22 000. Cette saignée drastique a mis sur le pavé par mal de monde, aujourd’hui plus ou moins hostiles au gouvernement
Objectifs : réduction de la corruption, élargissement des Droits de l’Homme (éthique) publication des archives du KGB
Mais il n’est pas évident de rompre du jour au lendemain avec les vieilles habitudes, souligne Eza Gouladzé, vice-ministre de l’Intérieur
Les problèmes réels sont liés aux zones de conflit, trous noirs en matière de sécurité publique
Etape essentielle : en 2005, fusion ministère de l’Intérieur et ministère de la Sécurité intérieure et création d’une sécurité publique appelée de façon curieuse « police de la route », sans doute mauvaise traduction de « police de la rue ».
–    législation conduit à la modernisation de la police
–    modification de la formation, avec aide étrangère, détermination de nouvelles méthodologie, création, académie de police
–    création d’une « police de patrouille » , je pense que nous écririons police de proximité, ici qualifiée de police de la route
Fondamental : modification de l’image de la police dans la population. Radicale : rapports police population. Respect réciproque population police
Même si les étrangers considèrent que la nuit à Tbilissi est parfaitement sûre, le modèle de la  sécurité reste pour le moins sommaire, on ne sait jamais si la police n’est pas un bout de l’armée.
L’attrait de l’Europe, symbolisée par l’omniprésence du drapeau européen, mais une Europe sans ses contraintes qui rappellent trop le temps des Soviétiques. D’où un rejet récurrent des normes
Dans ce tableau, il faut retenir le poids de la France et de l’Europe. La France qui a contribué à la restauration du système judiciaire. L’Europe qui intervient de façon décisive dans les conflits armés en cours
« Sans ingérence active de M. Sarkozy, je ne sais pas ce que nous serions devenus », confie le colonel Chachilaï Vladiadzé.
L’Europe et a France sont très présentes à travers la mission de l’EUMM que nous décrit son patron l’ambassadeur allemand Haber, qui dirige actuellement la mission, accompagné par le général Corps d’armée gendarmerie Gilles Janvier.
L’EUMM est donc née des conflits en Abkazie et en Ossétie, aspect des multiples mouvements de contestation qui agitent la périphérie de la Russie, laquelle soutient les deux entités
Le conflit s’est terminé par un cessez le feu en 6 points 8 septembre 2008, pour application le 15 septembre, déclaration formelle accord EU
L’EUMM garantit l’engagement de Sakachvili de ne pas recourir à la force.
1er octobre : début des patrouilles non armées pour vérifier le retrait des forces des deux côtés. 200 observateurs sur le terrain, répartis en 4 bureaux. Peu d’incident : 1 par semaine. Tirs, mines, errements de troupeaux, enlèvements.
Trois services, dans tous les bureaux : affaires humanitaires ; police-justice ; militaires (renseignement).
L’accord est reconduit tous les trimestres
«  Nos armes, ce sont le stylo et le mail »
3 points chauds : haute vallée de Kodori, Akhalgori vel, 300 habitants, Perevi, 600 habitants.
En vérité, soumise à des strictes limitations au niveau de l’armée, Géorgie développe une présence militaire sous forme de policiers, stratégie de contournement : fantassins, équipés de VAB et de mortiers En 8 mois, sept policiers ont été tués
«  Nous avons réussi à faire signer de nouveaux accords. Nous ne sommes pas indispensable, mais intéressants »
«  Nos schémas ne sont pas ceux des Russes. Leur conception des droits de l’homme n’est pas la nôtre »

La Géorgie est encore entre deux mondes : le monde d’avant hier du temps des Tsars, le monde d’hier, du temps des Soviets et de Staline et le monde de demain, entre le libéralisme sauvage et l’église orthodoxe.
Un monde de demain que le pays n’a pas encore vraiment choisi.

Nous n’avons eu guère le temps de nous balader : une visite rapide au Musée des Beaux Arts, poussières encore typiquement soviétiques, mais le Trésor des la Géorgie et somptueux ; un coup d’œil sur la vieille ville depuis la terrasse de la cathédrale qui domine le fleuve Kauria ; une expédition en province pour visiter un camp de réfugiés à Tserovani : 6000 Ossètes déplacés, 2100  maisons toutes identiques, cubes parfaits sous toits rouges alignés jusqu’à l’horizon. Financement en grande partie par la Communauté européenne. Les réfugiés ont l’air paisible, même si des bagarres éclatent souvent. Combien de temps resteront-ils là ? Jusqu’à la fin des temps ? Et de quoi vivent-ils ?
Je prends quelques photos intéressantes.
Au retour visite d’une superbe église du 12° siècle entourée de fortifications, à Mtskhat. Siège du patriarcat de Géorgie. Toutes les églises sont pratiquement sur le même modèle, toute restaurées avec soin depuis le départ des Soviétiques.
Vous voyez, c’est un peu court, pour le tourisme. D’ailleurs le temps nous était compté, pas une minute à perdre.
Le dernier soir dîner d’apparat offert par le Ministère de l’Intérieur. Avec musique plus ou moins traditionnelle à la clé.
Ne me demandez pas le nom du restaurant : on mange toujours à peu près la même chose, pas très bon.
Il faudra encore bien du temps, et la fin définitive de la guerre ave les Russes pour que cette ville se modernise. Tous les espoirs sont permis : les invasions et les libérations se succèdent depuis au moins 2000 ans. Le plus étonnant est qu’une culture géorgienne spécifique aie subsisté !

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Une Réponse to “Voyage – Géorgie, dans le Caucase, un monde flou”

  1. jp b. Says:

    superbe article criant de vérité!!!!
    bravo on s’y croirait!

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