Langage du Président : du respect pour les autres

Le blogueur Roger Bruno-Petit, sur Le Post, est revenu hier lundi sur le comportement fondamental de notre Président Sarkozy : il confond la République française avec une société plus financière qu’industrielle, et il se comporte en petit patron archaïque qui décide tout tout seul, souvent sous l’empire de la colère, en tout cas de l’urgence irréfléchie. En oubliant ce que nous apprend l’histoire : même les rois les plus absolutistes ont manifesté une grand mansuétude à l’égard de leurs sujets. Et surtout un grand respect, tant en actes qu’en paroles.

Or, souligne mon contributeur Jean-Pierre Vernet, le respect de l’autre semble être ce qui manque le plus à notre Président, comme en témoigne son langage pour le moins relâché.

Ce n’est pas être vieux schnoque que d’apprécier la belle diction. En effet, De Gaulle savait s’exprimer. La lenteur de sa locution lui permettait non seulement de peser chaque mot, mais aussi pour ses interlocuteurs de comprendre pleinement l’étendue de sa pensée.

Hélas, depuis que le charisme de « l’art de la communication et de l’image » a pris le pas sur le charisme politique, les compétences intellectuelles deviennent plus secondaires. Au niveau de l’image, il est devenu plus porteur de passer pour sympathique en parlant peuple que passer pour compétent, prétentieux et déconnecté en parlant avec des mots que souvent seule une minorité ne verra toute la profondeur. Par contre est-ce toujours de la politique ? Et pouvons-nous être sûr que derrière le charisme du communiquant « peuple », il reste quelques compétences intellectuelles un tant soient peu nécessaires ? Après tout, un abruti aussi parle « peuple ».

Parler comme le peuple (enfin, encore faut-il me démontrer que le peuple parle aussi mal) peut cependant poser problème quand on est un politique. Deux chercheurs a Dijon ont montré en 1993 qu’on n’interpelle pas de la même manière une personne qu’on respecte et une autre qu’on rejette. Bien que tous les participants à leur étude prétendaient ne pas être racistes, les deux chercheurs ont montré qu’en face d’un noir, les participants disaient plus « Monsieur » qu’en face d’un blanc. Pour le blanc, c’est « mon cher Monsieur » qui était le plus utilisé.

Maintenant qu’est-ce qui regroupe « les dames et les personnes issues de la Diversité » ? C’est la discrimination! Les unes sont victimes de sexisme et les autres de racisme ou de xénophobie.

Quand le président s’adresse à eux par leur prénom, est-ce par compassion envers la souffrance de la discrimination ? Si oui, n’est-ce pas déjà de la discrimination ? Ou bien est-ce plutôt comme tous les supérieurs (patron, directeur, enseignant etc.) qui se permettent d’appeler leurs subalternes par leur simple prénom ? Bien sûr, on ne connait pas la réponse scientifique à cette question mais à l’image des deux chercheurs dijonnais, je ferais bien l’hypothèse qu’une étude sur cela montre que c’est la seconde option qui soit la bonne : seuls ceux en position hiérarchiquement supérieur se permettent la familiarité d’appeler par leur prénom les gens qu’ils jugent subalternes.

En tout cas, on s’attend de la part d’un chef de l’état à ne pas voir ou entendre les travers qu’on entend au café du commerce. Plus qu’un problème d’image (à l’étranger au moins), c’est aussi et surtout, un problème de principe et d’image, mais d’image de la fonction cette fois-ci.

Nicolas Sarkozy peut bien se gausser du fait que les choix politiques d’Obama ne semblent pas unanimement appréciés par ses concitoyens. Avant de rire, Sarkozy devrait apprendre un minimum d’histoire politique américaine pour découvrir que la conduite des réformes a toujours été douloureuse outre Atlantique. Le Congrès en particulier est une assemblée très difficile à manoeuvrer, on est loin des godillots de l’UMP auxquels François Fillon « ordonne » d’obéir sans broncher.

Mais Vernet ajoute : ne nous réjouissons pas de voir le Président éventuellement couler, et dans la solitude la plus extrême. Car nous coulerons avec lui. Les élections régionales vont-elles être pour lui une leçon ? Saura-t-il suivre l’exemple de la sage gestion silencieuse de Ségolène Royal en Poitou- Charente ? Je crains que non.

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Une Réponse to “Langage du Président : du respect pour les autres”

  1. magali Says:

    A l’occasion de la visite de Mr SARKOZY en Corse du Sud je vous soumets la lettre ouverte à son attention rédigée par Jean CHristophe ANGELINI et Gilles Simeoni, Candidats à l’élection territoriale de Mars 2010:
    « Le courant d’idées auquel nous appartenons s’est battu depuis des décennies pour défendre le droit de la Corse au développement durable, s’opposant par exemple dans les années 60 à l’implantation prévue d’un site d’expérimentation nucléaire à l’Argentella, ou combattant pour la défense de la Méditerranée contre les Boues Rouges. Récemment, nous avons largement contribué à une mobilisation politique et citoyenne, qui a permis d’éviter l’implantation d’un incinérateur pour déchets ménagers dans l’île. Nous avons également participé pleinement aux combats contre les centrales au fioul lourd, ou le passage des pétroliers dans les Bouches de Bonifaziu. Enfin, de nombreuses forces de ce pays, dans leur diversité, se sont unies pour faire barrage au projet de PADDUC concocté par l’actuelle majorité territoriale. A chaque fois que notre île a eu à défendre son patrimoine collectif, elle l’a fait contre des projets inspirés ou soutenus par l’Etat, et un certain nombre de groupes financiers.

    Au regard de ce passé conflictuel, ancien et récent, c’est avec une certaine réserve que nous attendons de prendre connaissance de votre vision du développement durable de la Corse. Nos choix fondamentaux, eux, sont parfaitement connus des corses. Nous tenons cependant, à l’occasion de votre visite, dans un esprit de dialogue, à les rappeler brièvement.

    1)Le développement durable place l’homme au centre des choix politiques essentiels. L’histoire le démontre : le peuple corse est une réalité originale, vivante, ouverte et capable d’intégrer celles et ceux qui le souhaitent dans une communauté de destin. Il faut donner à ce peuple les moyens juridiques et financiers de garantir et renforcer les éléments constitutifs de son identité : la langue, la culture, la terre.

    2) Le développement durable organise la prise en compte de l’intérêt général dans la gestion des secteurs stratégiques d’un pays. L’eau est, en Corse, une richesse naturelle abondante : elle ne peut être exploitée dans une logique de privatisation. Les transports sont, pour un territoire insulaire, la clé essentielle de l’ouverture : la notion de compétitivité doit toujours être conciliée avec des exigences fortes de service public, et de non-dépendance. Enfin, l’autonomie énergétique de l’île est une nécessité absolue. Elle doit être atteinte à travers le GALSI, mais aussi par le développement des énergies renouvelables dans leur diversité (photovoltaïque solaire, thermodynamie, hydroélectrique, éolien, biomasse).

    3) Le développement durable crée de la richesse en préservant les équilibres territoriaux, naturels et humains. La Corse est aujourd’hui en proie à la spéculation, à la bétonisation du littoral et à la mise à mort de l’intérieur. Nous voulons rompre avec ce modèle archaïque et le remplacer par une stratégie économique ouverte sur notre environnement euro-méditerranéen reposant sur trois piliers : d’abord le rééquilibrage en faveur de l’intérieur, qui doit faire l’objet d’un véritable plan de relance. Ensuite, la préservation et la mise en valeur de la première de nos richesses : notre patrimoine environnemental, qui nous permettra de développer des activités entrepreneuriales, agricoles et touristiques créatrices d’emplois qualifiés et de valeur ajoutée. Enfin, il faut replacer la solidarité au cœur des politiques publiques : l’exclusion, le chômage, la précarité frappent durement les Corses. La question sociale est, ici comme ailleurs, une priorité absolue.

    4) Le développement durable, c’est aussi vivre dans une sociétéapaisée, construite sur les valeurs positives de travail, de tolérance, de justice. Nous avons pour notre part fait le choix exclusif de l’action publique. Mais nous savons aussi que la Corse vit depuis trop longtemps dans une situation de conflits, du fait notamment de l’absence de dialogue organisé et durable entre l’état et notre communauté. Nous souhaitons œuvrer résolument à la construction de ce dialogue, qui ne doit exclure personne, et à l’avènement de la paix. Oui, les conditions de l’affrontement doivent disparaître. Et elles ne disparaîtront que si tous les acteurs parviennent à s’entendre sur une solution politique raisonnable et transactionnelle.
    C’est ce chemin que, pour notre part, nous vous demandons d’emprunter. C’est celui que nous continuerons inlassablement de proposer à notre peuple, à l’occasion notamment des échéances de mars 2010. »

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