GAV : l’inflation galopante

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Le chiffre du jour : 600 000 GAV dans l’année contre 300 000 en 2002. Principaux responsables : les policiers de sécurité publique pour lesquels la GAV n’a aucune justification, sauf à sanctionner des délits d »outrage » imaginaires.

France-Info raconte cette histoire : Bernard Copin, un entrepreneur versaillais va réclamer cet après-midi un million d’euro de dommages et intérêts contre la police.  Il soutient qu’il a été victime, avec deux autres personnes dont sa compagne, d’une garde à vue abusive au mois d’aout 2008.Tout ça pour ne pas avoir respecté le signal de passage piétons. Une véritable histoire de fous…

Certains milieux policiers peu au fait de l’évolution du droit sous la pression de l’Union européenne ne comprennent toujours pas ce que signifie « droits de l’homme », ils s’en tiennent au principe de l’enquête fondée sur l’aveu 397787

« Je suis scandalisée par la mise en cause de notre travail alors que nous sommes des policiers républicains qui appliquons des textes de lois et des arrêts de la Cour de cassation! », s’est indignée Sylvie Feucher, secrétaire générale du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), majoritaire.

« Pourquoi un officier de police judiciaire (OPJ) irait s’enquiquiner à faire une garde à vue alors qu’il y a au moins dix procès-verbaux à rédiger? ».

De son côté, Synergie Officiers (deuxième organisation) « dénonce » elle aussi les déclarations du Premier Ministre. Elle

« rappelle que l’augmentation exponentielle des gardes à vue (presque 600.000 à ce jour) est due à l’explosion du nombre des crimes et délits violents nécessitant ce type de mesure ainsi qu’à une meilleure efficacité des enquêteurs qui affichent un taux d’élucidation lui aussi en augmentation exponentielle ».

A l’instar des autres organisations syndicales, le Syndicat national des officiers de police (SNOP), majoritaire rappelle que « les OPJ ne peuvent être tenus pour responsables des conditions matérielles parfois déplorables du déroulement des gardes à vue, qu’ils n’ont aucun moyen d’adapter à chaque situation ».

Le SNOP ajoute que

« privés de leur capacité d’appréciation même pour les cas où la garde est vue n’est pas indispensable ni utile à leurs enquêtes, les OPJ se sont vus de plus en plus contraints et incités à la systématisation de cette mesure pour satisfaire d’autres besoins que les leurs : fonctionnement de la Justice, pression statistique, culture du résultat, etc. ».

commentaire

Je pense qu’il y a vraiment lieu de reprendre à la base le problème.

  • A tout le moins, limiter les gardes à vue aux affaires de police judiciaire, les policiers de sécurité publique ne devraient pas être habilités. Bientôt on va voir les policiers municipaux réclamer à leur tour l’exercice de cette prérogative.
  • Les magistrats doivent exercer un contrôle vraiment strict sur les gardes à vue, ne pas se contenter de les entériner.
  • La présence continue des avocats me paraît indispensable. Le film de la GAV n’est pas suffisant pour garantir le respect des droits.
  • Restaurer totalement les locaux de garde à vue pour qu’ils ne soient plus des cachots de basse fosse.
  • A un niveau plus important, la révision de la procédure criminelle doit écarter autant que faire se peut la place de l’aveu dans le dossier d’accusation judiciaire. Aveu sans preuves convaincantes, s’entend. A ce détail près que pour de trop nombreux magistrats l’aveu remplace la preuve. La Cour européenne de justice ne cesse de prendre des décisions dans ce sens.
  • Il serait également utile de ne pas inclure les gardes à vue dans les statistiques policières.
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Une Réponse to “GAV : l’inflation galopante”

  1. Tita Says:

    La lecture des arguments de Synergie Officier m’interroge.
    Elle “rappelle que l’augmentation exponentielle des gardes à vue (presque 600.000 à ce jour) est due à l’explosion du nombre des crimes et délits violents nécessitant ce type de mesure ainsi qu’à une meilleure efficacité des enquêteurs qui affichent un taux d’élucidation lui aussi en augmentation exponentielle”.

    Alors :
    1) Il me semble avoir compris que le problème sont les conditions plus que l’explosion exponentielle des GAV.

    2) Reste que cette croissance exponentielle interroge.

    3) Synergie Officier avance une réponse : l’explosion exponentielle des GAV serait la conséquence d’une cause simple : l’explosion exponentielle des crimes et délits violents.

    4) Je passerais sous silence le fait que notre bon président se soit fait élire pour réduire, non pour laisser augmenter et de manière exponentielle, les crimes et délits violents. Par contre, je ne passerais pas sous silence qu’il s’agit là de l’affirmation d’une causalité (entre les deux explosions exponentielles) que seule une étude sérieuse peut mettre au jour par modèle d’équations structurelles ou simple régression multivariée. Quelle est la force de cette causalité (quel est son coefficient de régression standardisé)? Un coefficient de régression donne un indice sur l’importance de la cause. Par exemple si la conséquence est la quantité de lumière reçue, on peut imaginer les causes suivantes :
    – Jour/Nuit
    – Eté / Hivers
    – Ciel bleu / Ciel nuageux
    – Latitude
    On se rend compte que le facteur Jour/Nuit explique plus la quantité de lumière reçue que les nuages. Le coefficient de régression du facteur Jour/Nuit sera donc plus grand.

    5) En effet, l’explosion exponentielle des crimes et délits violents est présentée ici comme étant « la » cause. Cependant, il y en a d’autres. Le SNOP semble en rappeler. Une étude sérieuse a sans doute pris en comptes toutes les causes les plus pertinentes possibles.

    6) N’est-il pas possible alors de se voir que certaine de ces causes sont aussi à l’origine des mauvaises conditions en GAV et que c’est à ces causes-ci surtout qu’il faut s’attaquer?

    7) Ce que je ne comprends pas, c’est que la police s’insurge. S’attaquer aux problèmes de la GAV ne signifie pas nécessairement supprimer les GAV. Cela peut signifier de les améliorer pour trouver l’équilibre entre le respect de la personne en GAV et l’efficacité de la Police. Je ne crois pas que la Police y est à perdre.

    8) Si la Police s’insurge ainsi, c’est sans doute qu’elle a peur que pour gérer l’explosion exponentielle des crimes et délits violents, non seulement elle a toujours moins d’effectifs mais qu’en plus on lui retire cet outil (la GAV) et ce, sans qu’une alternative fiable soit mise en place. L’habitude ?

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