Opsomer voit la téléréalité à l’Elysée et Tita nous éclaire

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Laurent Opsomer s’enflamme contre… la téléréalité dont le principe domine à l’Elysée. D’où un billet pour le moins passionné, dont je lui laisse la responsabilité. Personnellement, je n’écris pas ainsi. Mais comme son propos est sans doute largement partagé, allons-y !

LA RÉPUBLIQUE SPECTACLE

Un bilan calamiteux, des déficits abyssaux, un chômage vertigineux, des inégalités criantes, une misère croissante, une coterie patente, une incompétence notoire, une cabale névrotique, un népotisme avéré, une hypocrisie assumée, une morgue affichée… tels seront vraisemblablement les griefs à son encontre. Pourtant Nicolas Sarkozy peut sérieusement espérer être réélu en 2012. Pourquoi ? Les politologues mettent en avant une scène politique monopolisée, pour ne pas dire phagocytée par ce dernier, l’absence d’alternative à droite, le manque de challenger crédible à gauche ou l’isolement du concurrent centriste. Tout ceci est vrai mais insuffisant pour expliquer cette éventualité politique. En vérité, cette probabilité présidentielle n’est possible qu’en raison de l’amour immodéré des Français pour la télé, notamment leur goût prononcé pour les séries télévisées. Or, la Majorité présidentielle leur offre au quotidien un feuilleton digne de « Dallas », « Dynastie » et « Les Feux de l’amour » réunis ! « L’apologie du pognon, de l’ordurerie et de la crasse », comme le chante Renaud (« J’ai raté Télé-Foot »). Un miroir aux alouettes du pouvoir et de l’argent-roi fait de trahison et de collusion d’intérêts, d’hypocrisie et de mensonges éhontés, d’infidélité et de vulgarité. En résumé, c’est « Amour, Gloire et Beauté » avec, en sus, cette subtile touche de téléréalité qu’affectionnent tant les Français. Finalement, reconduit ou éconduit, son destin dépend en priorité de la qualité des scripts des scribes de l’Élysée et leur capacité à préserver la béatitude télévisée.

Laurent nuance son propre propos, probablement à partir de réflexions émises autour de lui.

« Attention aux exagérations. Les Français savent parfaitement réagir lorsque c’est nécessaire, et qu’on leur propose des candidats crédibles. La télévision, avec les 19 chaînes de la TNT, est devenue beaucoup plus intéressante. Il y a des émissions passionnantes à toutes les heures. Et les Français ne sont pas des pantins. Ne faisons pas trop d’élitisme en se considérant (bien sûr…) au-dessus de la mêlée ! » A la lecture de ce mail, j’ai pensé sur le moment à cet écorché vif qu’était Hervé Bazin qui clamait dans « Vipère au poing » : « Le bien, c’est moi. Le mal, c’est vous. » Ma vision est-elle si manichéenne ? Puis je me suis souvenu de propos de Noël Mamère :

« La politique et la télévision rendent fou, si on ne fait que ça. »

Fouillant ma mémoire, puis mes archives, j’ai retrouvé ces paroles de feu Françoise Giroud : « La télévision n’est pas le reflet de ceux qui la font, mais de ceux qui la regardent » (Le Nouvel Observateur du 6 décembre 2001). Or, la télévision n’est-elle pas le premier média d’information pour la majorité de la population ? Mais je regarde rarement la télévision, préférant l’ébullition du Net dont la vivacité et la créativité ne cessent de m’éblouir. J’ajoute cette citation de Gilbert Cesbron : « La devise de l’époque, c’est “le sexe et l’argent”, c’est-à-dire corps et biens », citation qui a pu influencer ma critique tout comme cette célèbre et terrible affirmation d’Adolf Hitler extraite de « Mein Kampf » :

« La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement très petit ; par contre, son manque de mémoire est grand. »

Je fais aussi le lien avec votre article de ce jour à propos des états-généraux de l’industrie que vous concluez en ces termes : « Ainsi chaque ministre pilote sa nouvelle grande politique de com qui doit apparemment prendre la place du travail parlementaire. On n’a pas à se poser la question de savoir si cette pseudo-concertation est utile. Je vois surtout que les résultats n’apparaissent jamais. Ou bien les conclusions sont strictement conformes à la feuille de route préalable. »

Télévision, assimilation, communication… Finalement, tout se mélange à travers le prisme déformant de la télévision ! Mais la télévision est l’unique source d’information d’une partie des Français pour lesquels l’information télévisée est parole d’évangile ! Or, que penser de la vive indignation des habitants d’un quartier de Maubeuge après la diffusion d’un reportage intitulé « Peur dans la cité » dans l’émission « Sept à huit » où leur lieu de vie apparaît comme une zone de non-droit ? En écho à l’émoi populaire, le maire de la ville, Rémi Pauvros, a envoyé un courrier véhément à la chaîne télévisée pour dénoncer un reportage « orienté, caricatural et méprisant » qui « a éliminé toutes les interventions positives » (La Voix du Nord, mercredi 18 novembre 2009). La télévision rime-t-elle alors avec manipulation et déformation ? A chacun de décider, à chacun sa vérité ! Reste que « L’important n’est pas ce qu’on nous cache mais ce qui se cache derrière ce qu’on nous dit », comme l’a si joliment écrit Georges Moréas (« Julie : les enquêteurs ont-ils eu raison de mentir ? », 10 septembre 2009) tandis que Favilla concluait récemment en ces termes : « On ne parvient ni ne se maintient plus au pouvoir avec des partis mais, aux moments décisifs, avec des partisans. » (« Un certain mal d’opposition », Les Echos, vendredi 2 octobre

Suite du débat…

C’est pernicieux en effet. Avant son élection, le ministre de l’intérieur Sarkozy fut très long à se déclarer candidat. Cela lui permit d’aller longtemps au devant des caméras en tant que ministre (et non en tant que candidat). Cependant, sauf les dupes, il n’a pas dupé grand monde puisqu’il agissait comme un candidat.
Au delà du problème d’équité que cela pose, il y a le processus qui est derrière. C’est le processus qui est à la base de la publicité : rendre familier un produit pour le faire acheter. L’impression de connaître suffit souvent à remporter une adhésion et un vote ou l’achat en magasin. Et monter un candidat (ou un produit) suffit souvent à le rendre familier (indépendamment du message).

Cela explique que notre bon président en perpétuelle campagne fasse de la politique un spectacle ; D’abord, spectacle de sa vie privée (cherchant à se faire connaître “personnellement” pour que les français s’identifient à lui), spectacle surtout de la politique où les grands gestes et les grands verbiages cachent un grand vide de pertinence des contenus.

Alors, réélu ? Oui, probablement! Non seulement, parce qu’il fait de la politique comme d’autres font de la pub, mais parce qu’il pourra de nouveaux faire peur avec l’insécurité (theme qu’il affectionne) aidé en cela par une presse main-stream, propriété d’amis chers et dévoués.

Suite. Mais sans doute pas fin.

Avant son élection, le ministre de l’intérieur Sarkozy fut très long à se déclarer candidat. Cela lui permit d’aller longtemps au devant des caméras en tant que ministre (et non en tant que candidat). Cependant, sauf les dupes, il n’a pas dupé grand monde puisqu’il agissait comme un candidat. Au delà du problème d’équité que cela pose, il y a le processus qui est derrière. C’est le processus qui est à la base de la publicité : rendre familier un produit pour le faire acheter. L’impression de connaître suffit souvent à remporter une adhésion et un vote ou l’achat en magasin. Et monter un candidat (ou un produit) suffit souvent à le rendre familier (indépendamment du message). Cela explique que notre bon président en perpétuelle campagne fasse de la politique un spectacle ; D’abord, spectacle de sa vie privée (cherchant à se faire connaître « personnellement » pour que les français s’identifient à lui), spectacle surtout de la politique où les grands gestes et les grands verbiages cachent un grand vide de pertinence des contenus. Alors, réélu ? Oui, probablement! Non seulement, parce qu’il fait de la politique comme d’autres font de la pub, mais parce qu’il pourra de nouveaux faire peur avec l’insécurité (theme qu’il affectionne) aidé en cela par une presse main-stream, propriété d’amis chers et dévoués.

Bravo pour le riche débat engendré par le billet d’humeur écrit par Laurent.

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4 Réponses to “Opsomer voit la téléréalité à l’Elysée et Tita nous éclaire”

  1. Opsomer Says:

    Commentaire reçu : « Attention aux exagérations. Les Français savent parfaitement réagir lorsque c’est nécessaire, et qu’on leur propose des candidats crédibles. La télévision, avec les 19 chaînes de la TNT, est devenue beaucoup plus intéressante. Il y a des émissions passionnantes à toutes les heures. Et les Français ne sont pas des pantins. Ne faisons pas trop d’élitisme en se considérant (bien sûr…) au-dessus de la mêlée ! » A la lecture de ce mail, j’ai pensé sur le moment à cet écorché vif qu’était Hervé Bazin qui clamait dans « Vipère au poing » : « Le bien, c’est moi. Le mal, c’est vous. » Ma vision est-elle si manichéenne ? Puis je me suis souvenu de propos de Noël Mamère : « La politique et la télévision rendent fou, si on ne fait que ça. » Fouillant ma mémoire, puis mes archives, j’ai retrouvé ces paroles de feu Françoise Giroud : « La télévision n’est pas le reflet de ceux qui la font, mais de ceux qui la regardent » (Le Nouvel Observateur du 6 décembre 2001). Or, la télévision n’est-elle pas le premier média d’information pour la majorité de la population ? Mais je regarde rarement la télévision, préférant l’ébullition du Net dont la vivacité et la créativité ne cessent de m’éblouir. J’ajoute cette citation de Gilbert Cesbron : « La devise de l’époque, c’est « le sexe et l’argent », c’est-à-dire corps et biens », citation qui a pu influencer ma critique tout comme cette célèbre et terrible affirmation d’Adolf Hitler extraite de « Mein Kampf » : « La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement très petit ; par contre, son manque de mémoire est grand. » Je fais aussi le lien avec votre article de ce jour à propos des états-généraux de l’industrie que vous concluez en ces termes : « Ainsi chaque ministre pilote sa nouvelle grande politique de com qui doit apparemment prendre la place du travail parlementaire. On n’a pas à se poser la question de savoir si cette pseudo-concertation est utile. Je vois surtout que les résultats n’apparaissent jamais. Ou bien les conclusions sont strictement conformes à la feuille de route préalable. » Télévision, assimilation, communication… Finalement, tout se mélange à travers le prisme déformant de la télévision ! Mais la télévision est l’unique source d’information d’une partie des Français pour lesquels l’information télévisée est parole d’évangile ! Or, que penser de la vive indignation des habitants d’un quartier de Maubeuge après la diffusion d’un reportage intitulé « Peur dans la cité » dans l’émission « Sept à huit » où leur lieu de vie apparaît comme une zone de non-droit ? En écho à l’émoi populaire, le maire de la ville, Rémi Pauvros, a envoyé un courrier véhément à la chaîne télévisée pour dénoncer un reportage « orienté, caricatural et méprisant » qui « a éliminé toutes les interventions positives » (La Voix du Nord, mercredi 18 novembre 2009). La télévision rime-t-elle alors avec manipulation et déformation ? A chacun de décider, à chacun sa vérité ! Reste que « L’important n’est pas ce qu’on nous cache mais ce qui se cache derrière ce qu’on nous dit », comme l’a si joliment écrit Georges Moréas (« Julie : les enquêteurs ont-ils eu raison de mentir ? », 10 septembre 2009) tandis que Favilla concluait récemment en ces termes : « On ne parvient ni ne se maintient plus au pouvoir avec des partis mais, aux moments décisifs, avec des partisans. » (« Un certain mal d’opposition », Les Echos, vendredi 2 octobre 2009).

  2. Tita Says:

    C’est pernicieux en effet.

    Avant son élection, le ministre de l’intérieur Sarkozy fut très long à se déclarer candidat. Cela lui permit d’aller longtemps au devant des caméras en tant que ministre (et non en tant que candidat). Cependant, sauf les dupes, il n’a pas dupé grand monde puisqu’il agissait comme un candidat.
    Au delà du problème d’équité que cela pose, il y a le processus qui est derrière. C’est le processus qui est à la base de la publicité : rendre familier un produit pour le faire acheter. L’impression de connaître suffit souvent à remporter une adhésion et un vote ou l’achat en magasin. Et monter un candidat (ou un produit) suffit souvent à le rendre familier (indépendamment du message).

    Cela explique que notre bon président en perpétuelle campagne fasse de la politique un spectacle ; D’abord, spectacle de sa vie privée (cherchant à se faire connaître « personnellement » pour que les français s’identifient à lui), spectacle surtout de la politique où les grands gestes et les grands verbiages cachent un grand vide de pertinence des contenus.

    Alors, réélu ? Oui, probablement! Non seulement, parce qu’il fait de la politique comme d’autres font de la pub, mais parce qu’il pourra de nouveaux faire peur avec l’insécurité (theme qu’il affectionne) aidé en cela par une presse main-stream, propriété d’amis chers et dévoués.

  3. Opsomer Says:

    Comme dit le proverbe, de la discussion jaillit la lumière !

  4. Opsomer Says:

    Finalement Le Figaro me donne raison ! (rire)

    Quand les politiques s’essaient à la téléréalité
    http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/19/01002-20091119ARTFIG00442-quand-les-politiques-s-essaient-a-la-telerealite-.php

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