identité : le salut aux couleurs

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Je ne vois aucun inconvénient, au contraire, à diffuser ce texte de notre ami Laurent Opsomer, à propos du salut militaire. Il dénonce un certain laisser-aller… Et encore n’a-t-il sans doute jamais vu des Français saluer à l’américaine, la main à l’horizontale à hauteur du front ! De même, écouter la Marseillais la main sur le coeur, comme au cinéma, n’est pas du tout conforme aux usages.

Modèle de salut : mon père face au Général (Maréchal) De Lattre de Tassigny. Circa 1949Salut militaire

On l’aura compris, je n’ai pas besoin du débat sur l’identité nationale, Mon Président n’a pas de leçon à me donner. D’ailleurs le site d’Eric Besson a refusé ma contribution, parce que je racontais que mes petits enfants relevaient de six nationalités et qu’on parlait chez moi six langues.

LE SALUT RÉGLEMENTAIRE

Récit de Laurent Opsomer

Mercredi dernier, j’assistais aux cérémonies du 11 Novembre dans ma commune. Les deux agents de police municipale de ma localité étaient logiquement présents, sécurisant notamment les abords de la manifestation. Or, quelle ne fut pas ma déception, lorsque La Marseillaise fut entonnée, de constater le manque de rigueur dans le salut du plus jeune d’entre eux. Son salut était très approximatif : la paume était tournée vers l’extérieur mais le pouce était disjoint des autres doigts, les jambes écartées et le bras gauche ballant… Bref, l’ensemble manquait de rigueur. Voilà qui faisait tache en ces temps d’identité nationale !

Vu son âge, ce jeune homme n’a vraisemblablement aucune expérience militaire (d’où le manque de martialité ?). Il est, néanmoins, un agent de la force publique, donc tenu à respecter une certaine éthique. D’ailleurs, cet aspect protocolaire est abordé lors de la FIA (Formation initiale d’application) des stagiaires ; un point particulier sur la tenue des agents de police locale est de mise lors des cérémonies, d’autant que le gardien de police municipale ou le garde champêtre est souvent le « maitre de cérémonie » dans les communes rurales. Doit-on en conclure que cette désinvolture, voire ce laxisme s’apparente à un manque de respect pour des valeurs tant républicaines qu’humaines ? Dans l’affirmative, cela ne risquerait-il pas d’exposer l’impétrant aux foudres de l’article 433-5-1 du Code pénal ? Sans aller jusqu’à cette extrémité, force est de constater que l’autorité de ce fonctionnaire territorial s’en trouve amoindrie alors que respecter ses obligations de service constitue la déférence due aux administrés et renforce par la même l’autorité à exercer dans le service journalier. Un rappel du décorum s’impose donc :

Comment saluer ? Le salut est exécuté de pied ferme dans la position stricte du garde-à-vous face à l’autorité ou au symbole que l’on salue en portant d’un geste ample la main droite au bord inférieur droit de la coiffure, précisément les index et majeur au niveau de la tempe, les doigts tendus et joints, le pouce réuni aux autres doigts et même presque rentré sur l’index. La main est franchement ouverte et droite, le bras presque à l’horizontale et dans l’alignement des épaules. Le retour de salut se fait d’un même geste ample et la main vient se positionner sur la jambe droite (auriculaire sur la couture du pantalon).

Quand saluer ? Deux textes nous éclairent à ce propos : le décret n°89-655 du 13 septembre 1989 relatif aux cérémonies publiques, préséances, honneurs civils et militaires, et celui n°2004-1101 du 15 octobre 2004 relatif au cérémonial militaire. Ainsi salue-t-on lors de la montée des couleurs et pendant toute leur ascension (idem pour la descente), mais aussi durant la minute de silence et pendant la sonnerie aux morts ou au drapeau, ainsi qu’à l’occasion de La Marseillaise et ce, jusqu’à sa fin (idem pour les hymnes étrangers). Une réserve cependant : lorsqu’un emblème pénètre sur l’emplacement d’une prise d’armes, il n’a pas à être salué avant le commandement « Au drapeau », ni lorsqu’il rejoint un emplacement après les honneurs. Les drapeaux des associations, lorsqu’ils sont groupés, peuvent recevoir certains honneurs tels le salut des fonctionnaires isolés ou le garde-à-vous des effectifs mis en place pour une prise d’armes.

Qui saluer ? D’office le président de la République auquel on rend les honneurs suivant les conditions fixées à l’article 8 du décret de 2004, ainsi que les membres du gouvernement et les plus hautes autorités civiles et militaires. On ne rencontre pas tous les jours le président de la République, un ministre ou un général, me direz-vous avec raison. Mais cette obligation est valable pour le préfet ou le haut-commissaire de la République, ainsi que le sous-préfet et le secrétaire général de la préfecture, qui ont droit au salut lorsqu’ils sont revêtus de leur uniforme (article 36 du décret de 1989). De même que le port quasi-obligatoire d’un couvre-chef oblige l’agent à effectuer le salut réglementaire lors de contact avec les élus locaux et même de quitter cette coiffure lorsqu’il s’adresse à une dame, règles de bienséance et de courtoisie souvent oubliées ou ignorées aujourd’hui, voire carrément… bafouées.

Ultime remarque : lors d’une revue, le salut ne s’adresse qu’à une seule autorité, celle qui passe la revue et préside la cérémonie. Si celle-ci est une personnalité civile, dans ce cas, la réponse au salut du personnel est faite par l’autorité hiérarchique supérieure en tenue accompagnant ladite autorité. Concrètement, si un maire a la lubie de passer ses troupes en revue, c’est alors au directeur en tenue (ou le chef de service de police municipale) de rendre le salut.

Remerciements à Paul Chevrier, président du SNAGCC-UNSA.

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11 Réponses to “identité : le salut aux couleurs”

  1. Tita Says:

    Le grand débat sur l’identité nationale à un je-ne-sais-quoi d’inquiétant.

    Ayant un doctorat et quelques années de recherches à mon actif en sciences sociales, il m’est déjà arrivé de devoir « définir » un concept.

    On peut évidemment s’auto-proclammer champion de sciences infuses et définir le concept selon ses idées personnelles sans demander l’avis au reste du monde. Cependant, il reste alors le risque que ce ne soit ni partagé, ni même pertinent (car, après tout, on peut bien se tromper).

    De fait, généralement, on cherche à cerner la définition qu’en font les gens. En effet, quand on touche au social comme avec le concept « d’identité nationale », il faut bien ne pas oublier l’adjectif « nationale » et donc prendre en compte ce qu’en dit la société française, toute la société. Dans ma branche, on parlera de « représentations sociales » pour parler de la représentation (définition) qu’en font les gens. Il existe des représentations sociales sur moult choses : du groupe d’amis idéal (cf., travaux de l’université d’Aix en Provence) aux droits de l’homme (cf., travaux de W. Doise de Genève) et il existe probablement une représentation sociale de l’identité nationale.

    L’école d’Aix en Provence a montré que les représentations sociales ont un noyau (composé des thèmes caractérisant les représentations sociales) et une périphérie (composé des thèmes liés mais non essentiels). Par exemple, on peut imaginer que « s’identifier soi-même comme français » est une caractéristique essentielle de l’identité nationale tandis que « aimer chanter la marseillaise » soit une caractéristiques périphériques. On comprend alors que les thèmes du noyau sont partagés par la grande majorité des personnes interrogées (75%, 80% des interrogées) tandis que les thèmes périphériques sont plus rares et sont partagées par une minorité de gens. L’intérêt est alors de voir les dimensions sociales qui expliquent tel ou tel thème. Par exemple, on peut penser « qu’aimer l’ordre et les cathédrales » et « aimer les lumières et les idées révolutionnaires » puissent être des éléments périphériques de l’identité sociale expliqués par l’opinion politique.

    On se rend compte alors qu’avoir la science infuse est sans doute très agréable, mais sans doute aussi insuffisant pour cerner la complexité d’une représentation sociale. On peut peut-être deviner des éléments relatifs au noyau (mais sera-ce exhaustif ?), il restera cependant très difficile de deviner les éléments périphériques.

    On se rend compte alors aussi de l’extrême nécessité à ne pas censurer les interviews. Toutes les contributions sont importantes puisqu’elles peuvent éclairer des facettes différences de la même représentation sociale.

    Nonobstant, il m’apparaît que vous, cher Philippe Madelin, n’êtes pas le seul à être censuré. D’autres que vous l’affirment. Ainsi donc, si ce débat avait un peu de sérieux, une telle faute ne se ferait pas. J’emploie le mot de « faute » pour être gentil. Si je trouvais ça dans un mémoire de maîtrise, j’emploierais le mot « d’absence de méthodologie » et cela est grave. C’est souvent la méthode qui différencie les conclusions du chercheurs de celles de monsieur lambda assis au comptoir du bar. J’emploierais aussi le mot de « violation de l’éthique » car que penser du chercheur qui sélectionnerait les participants selon que leurs réponses aillent dans le sens de ses hypothèses ou non ? Ce n’est plus un chercheur, mais un « trouveur » qui habille ses illusions de l’habit de la science. Attention à lui ! L’habit ne fait pas le moine.
    Et alors que pensez du politique qui ferait de même ? On en penserait qu’il se fout royalement de savoir ce qu’est « l’identité nationale » car ce qu’il veut, c’est imposer sa vision, sa vision « à lui ». Encore de la manipulation ?

    Monsieur Besson peut penser que la langue est un élément du noyau de la représentation sociale de l’identité nationale, mais de quel droit peut-on censurer ceux qui savent parler d’autres langues ? Pourquoi ne pas imaginer une identité française avec l’idée que les français soient bon en langue? Ca changerait de valoriser la compétence au lieu de la soumission…

  2. Tita Says:

    Concernant le récit de Laurent Opsomer, je m’interroge encore.

    Une personne en civil et présente à titre personnel, peut-elle saluer ainsi ?

    Dernièrement, lors d’un enterrement, un jeune homme dans la foule a salué le cercueil à la sortie de l’office religieux. Le défunt était un ancien combattant et le drapeau couvrait alors le cercueil. Je n’ai pas su si c’était le défunt ou le drapeau qui était salué, mais je fus surpris. En effet, le sergent instructeur lors de mon service affirmait que sans couvre-chef, on ne salut pas, on se met au garde-à-vous, et ce jeune homme était tête-nue.

    Cependant, merci pour toutes ces précisions… hélas utiles.

  3. phmadelin Says:

    Vous avez raison : on ne salue jamais tête nue

  4. phmadelin Says:

    J’aime, et je vais naturellement publier.

  5. Opsomer Says:

    Effectivement, on ne salue pas tête nue, ni en civil ; en tenue sans couvre-chef, on adopte la position stricte du garde-à-vous. Ceci dit, l’exemple de Tita relève des honneurs funèbres rendus aux militaires (cf. l’annexe IV du décret de 2004 relatif au cérémonial militaire).

  6. phmadelin Says:

    C’est pourquoi, pour simplifier, j’ai mis en ligne la photo de mon père, au centre du document. Il s’agissait en l’occurrence d’une prise d’armes en grand apparat pour la remise de la Légion d’honneur par le général de Lattre (pas encore Maréchal) au 11° cuirassiers à Orange, sans doute durant l’hiver 48/49, si j’en juge par la tenue des cavaliers qi sont en uniforme d’hiver.

  7. Opsomer Says:

    Tocqueville a écrit, je cite : « Les hommes qui vivent dans les siècles démocratiques ne comprennent pas aisément l’utilité des formes, ils ressentent un dédain instintif pour elles ». Or, ajoutait-il « il n’y a pas de sociétés possibles sans convention » sociales. » Que faut-il alors penser des observations faites par le service politique du Parisien ?

    11 Novembre
    http://blog.leparisien.fr/ca_reste_entre_nous/2009/11/11-novembre.html
     » […] Un peu plus tard, à cinquante mètres de l’Arc de Triomphe, pendant la Marseillaise. Quatre jeunes policiers rigolent et discutent. L’un d’eux fume. Mauvais exemple pour les jeunes des banlieues. On leur apprend quoi, dans les écoles de police ? »

  8. armand Says:

    pour un militaire en tenue pouvant comporter une coiffure et s il se trouve tete nue comme le reglement lui permet il peut et doit saluer téte nue , réglement modifié vers 1990

  9. phmadelin Says:

    Je vous crois, mais je trouve cette modification bizarre !

  10. armand Says:

    moi qui suis un ancien militaire je l avais trouvé bizare vers la fin de carriére ayant été « dréssé « differement jeune mais ca ne choque pas les jeunes militaires actuellement . Ce que nous tenons pour acquis et traditionel venant de notre jeune age ne compte pas demandons l’usage aux gens qui sont dans l’activité actuellement

  11. phmadelin Says:

    J’ai toujours sous les yeux la photo de mon père, colonel, saluant de façon très réglementaire à l’ancienne le général de Lattre de Tassigny

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