Le « net pouvoir » et sa fragilité financière

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Le « net power » risque-t-il, peut-il être contrôlé par le biais de son financement ?

Guy Birenbaum consacre ce matin une longue chronique à ce « net power », en clair au contre pouvoir exercé par internet, plus particulièrement les sites en ligne. Il observe que si les journaux papier, et plus encore la « radio télévision nationale » (version à peine corrigée de l’ORTF pompidolienne) entonnent plus ou moins fort l’hymne sarkozyste, les sites webs montrent une combativité remarquable. A peine  « étouffées » les affaires sensibles se retrouvent aussitôt décortiquées sur le net. Avec virulence parfois.C’est d’autant plus préoccupant que le « lectorat » est jeune, moins de 35 ans, actif, influent. Et pratique de moins en moins la presse de Papa et Grand Papa.

En principe, impossible d’endiguer les cataractes. Sauf que… Même si les investissements nécessaires à leur bon fonctionnement sont faibles, voire marginaux, sans commune mesure avec la presse écrite, même si une partie du contenu est fourni Gratis pro deo par les internautes, aucun des sites d’information internet indépendants n’est à ce jour rentable. Je vise ici les sites qui ne sont pas liés à un support de presse classique, Le Monde, Le Figaro, L’Express, Le NouvelObs, qui drainent la plus grande part de la publicité, en concurrence avec Google, d’ailleurs… Bakchich vient de se placer en position de redressement financier. Mediapart rencontre d’importantes difficultés. 7 h 10 a déjà interrompu ses contributions nouvelles. Plus modeste dans leur mode de fonctionnement autour d’une équipe fixe réduite, rue89, Slate, Arrêt sur Image ou Agoravox semblent s’en tirer mieux. Cette question financière est vraiment le talon d’Achille des sites internet.

Le gouvernement pourrait-il exploiter cette faille pour mettre les webjournalistes au pas, notamment lors de l’attribution de la « subvention de fonctionnement » annuelle ? C’est sans doute tentant, suggère Birenbaum. Mais outre que ce serait une erreur politique,  plusieurs sites peuvent sans aucun doute survivre sans subvention. Arrêt sur Images a déjà renoncé par avance à la subvention. D’autres suivront, quitte à réduire la voilure.

Toutefois, il est probable que le « net power » ne sera pas étranglé pour autant. En effet, à côté des « sites installés » par le biais des « blogs » et des sites internet, des dizaines de milliers d’internautes opèrent en francs tireurs, sans aucune préoccupation politique, sans aucune considération financière. Historiquement, c’est pas ce biais qu’ont cirulé les informations mettant en cause Bill Clinton dans l’affaire Monica Lewinsky : après avoir beaucoup trainé les pieds, les médias traditionnels avaient été obligés de suivre.

Ce phénomène est impossible à maîtriser, sauf à prendre des mesures techniques dures pour contrôler le système internet. Et encore : la Chine et la Tunisie ont essayeé de museler leurs internautes. En vain. Comme le montre l’exemple chinois, les blogueurs sont incroyablement malins, ils savent contourner tous les obstacles. Je suis bien placé pour évoquer cette question puisque à mon modeste niveau mon propre blog participe à ce mouvement, sans compter les billets que je publie de façon régulière sur rue89.

Pour bloquer le « net power » une prise de contrôle dictatoriale serait indispensable. Elle est inimaginable en France, dans les conditions actuelles, malgré quelques tentatives en ce sens par la voie de la loi Hadopi. En attendant, toute tentative pour maîtriser ce nouveau contre pouvoir risque de se heurter à un « buzz de protestation » gigantesque et ravageur. Assailli par des dizaines de milliers d’internautes furieux, le gouvernement ne saurait longtemps résister à une telle pression.

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