Sarkozy à Berlin, le 9 novembre 1989 ? Impossible ?

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

J’ai inclus dans mon blog ce matin une brève information relatant la présence de Nicolas Sarkozy le 9 novembre 1989. A cette occasion, photo à l’appui, Mon Président aurait pioché dans le mur. Il se serait trouvé en compagnie d’Alain Juppé. C’est ce qu’annonce ce matin la rubrique Sarkozy sur Facebook.

« Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l’Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé …pour participer à l’événement qui se profile… Arrivés à Berlin ouest, nous filons vers la porte de Brandebourg où une foule enthousiaste s’est déjà amassée à l’annonce de l’ouverture probable du mur ».

nicolas-sarkozy-devant-le-mur-de-berlin-en-novembre-1989_500

Quand cette photo a-t-elle été prise ? Sûrement pas le 9 novembre 1989

Réaction immédiate d’observateurs et de spécialistes, dont Alain Auffray, alors correspondant de Libération à Berlin nicolas_sarkozy_aurait_menti_sur_sa_presence_a_berlin_l.html : cette information sur sa présence à Berlin le 9 novembre ne tient pas debout car quelques heures avant la chute du mur, personne ne pouvait prévoir cette soudaine accélération de l’histoire. Pour être présent à Berlin le 9 au soir, il eut fallu être illuminé par une révélation prophétique et quitter Paris au minimum au début de l’après-midi. A une heure où rien n’était prévisible. En effet, ce n’est qu’à 18h55 le 9 novembre 1989 que le porte-parole du comité central du SED (le parti communiste Est-allemand) , Günter Schabowski, a annoncé devant la presse l’ouverture des frontières. Largement filmée et popularisée, cette scène incroyable appartient à l’histoire.
Bien que coté Est, la foule ait commencé à se rassembler à 20h30 devant le poste-frontière de la Bornholmer Strasse, qui relie Berlin-Est à Berlin-Ouest, ce n’est qu’aux alentours de 23h que la télévision ouest-allemande a annoncé que « les portes du Mur sont grandes ouvertes…
Selon Auffray,

« A aucun moment l’annonce d’une ‘ouverture probable’ n’a provoqué le moindre rassemblement à l’Ouest. La foule était massée à l’Est. »

Alain Juppé ne se souvient d’ailleurs pas s’il est venu à Berlin le 10 ou le 11 novembre. Improbable puisque tous les caciques du RPR étaient à Colombey les Deux églises pour commémorer le souvenir du Général De Gaulle, comme l’atteste un article publié par Le Figaro dans son édition du 10 novembre 1989 et republié par le quotidien ce matin juppe_fig_1989

Brave type et toujours prêt à voler au secours de son patron, François Fillon affirme avoir rencontré Juppé et Sarkozy dans la soirées du 9 novembre. En revanche, Alain Madelin qui était censé les accompagner, n’a rien constaté de tel. Alors, Juppé et Sarkozy ont-ils lu les événements dans la boule de cristal de Mme Irma ?

Michel Rocard lui-même, qui était pourtant Premier ministre, n’avait rien vu venir, comme il l’a déclaré à Nouvelobs.com.

L’Elysée maintient mordicus la version publiée.

A qui la faute ? Pour une fois, le Président n’y est sans doute pour rien. La responsabilité de ce qui apparaît comme un bobard incombe probablement au conseiller de l’Elysée chargé d’entretenir son blog, pris par un excès de zèle. Pour crédibiliser le souvenir présidentiel, il aurait vraisemblablement inventé « des informations semblant ‘annoncer du changement’ « .

J’ai même failli tomber dans le piège : j’avais publié ce matin une brève dans « Mon clavier » rapportant la présence de Nicolas à Berlin le 9 novembre. J’ai supprimé cette information.

Tout en m’interrogeant : jusqu’à quels excès peuvent aller les courtisans pour être mieux en cour !

Mais mon Président sera bien présent ce soir à Berlin pour la « messe anniversaire médiatique ».

Autre question : pourquoi le silence pesant de l’église catholique sur cet évènement alors qu’elle a soutenu à tous vents qu’elle est à l’origine de l’effondrement du système communiste, et donc du mur ?

La réponse me semble évidente : les milieux protestants de Berlin ont été les principaux promoteurs de la révolution qui a renversé le communisme. L’Eglise catholique s’est tue avec persistance.

Sans commentaire, mais à lire de toute urgence dans_newsweek__facebook_le_paradis_des_escrocs_.html

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6 Réponses to “Sarkozy à Berlin, le 9 novembre 1989 ? Impossible ?”

  1. Tita Says:

    « Pour une fois, le Président n’y est sans doute pour rien. »
    « Pour une fois » j’adore !

    Ceci étant, vous avez raison. La crédibilité des critiques repose sur une argumentation étayée sur des faits, non sur la volonté de critiquer. Une seule critique injuste et c’est toute les critiques (même les plus pertinentes) qui perdraient en crédibilité.

  2. phmadelin Says:

    Tout le monde ne comprend pas aussi bien que vous ma démarche.

  3. Tita Says:

    Cela signifie alors que l’esprit partisan gagne souvent sur celui d’efficacité ou même sur celui de vérité.

    L’esprit partisan veut se faire du bien en critiquant notre bon président. Que les critiques soient fondées ou pas n’est même pas l’enjeu. L’enjeu est un enjeu identitaire. Notre bon président cristallise sur lui le mécontentement et le critiquer devient un élément rassembleur, voire thérapeutique. « On se rassure. On se fait du bien. D’autres pensent comme moi et je fais partie de ces gens ‘in’ par la critique ». Ainsi, critiquer notre bon nicolas rassemble et rend cohésif une bonne partie de ceux qui s’identifient à l’opposition, mais seulement ceux-là.

    En effet, en terme d’efficacité (de prosélytisme, de conscientisation des indécis ou même des gens de la majorité), la critique à-tout-va est une catastrophe. Non seulement les bonnes critiques sont balayés par la mauvaise foi des critiques injustes, mais notre bon président peut alors jouer à la victime (sport qu’il semble maîtriser). Ainsi, en terme d’efficacité, le bon Nicolas et ses lieutenants s’en trouvent renforcer vis-à-vis de leurs partisans et des indécis. L’efficacité d’une telle critique par l’opposition est pour le moins alors sujette à caution.

    Ceci étant, même dans une telle analyse en terme d’efficacité de l’opposition, il y a une prise de position (celle de l’opposition) qui elle-même est discutable. En effet, l’opposition est parfois (souvent ?) partisane tandis qu’une analyse juste, journalistique, scientifique etc… se doit d’être la plus indépendante, autrement dit : elle doit être au plus proche possible de la vérité des faits et seulement de cela.

    C’est pourquoi je ne peux que vous encourager dans votre démarche.

  4. phmadelin Says:

    Merci de votre analyse et de votre appréciation

  5. Tita Says:

    Je vous en prie. Vous n’avez pas à me remercier.

    C’est plutôt à moi de vous remercier. C’est vous qui avez fait ce travail d’analyse sur la responsabilité personnelle de notre bon président dans ce débat sur sa présence le 09.11. De plus, je devine que c’est bien vous qui supporter des critiques de ceux qui pensent coupable dès qu’on parle de Nicolas.

    Je ne fais que soutenir la philosophie de votre démarche et finalement, à côté de votre travail, c’est bien peu.

  6. phmadelin Says:

    Dialogue, équipe, participation. En effet, ce n’est pas toujours évident.

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