Jean Sarkozy, un privilégié ? Ah oui ? Ah oui.

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Version modifiée à 22 h mardi. Diffusé mercredi

Nicolas Sarkozy veut réussir là où Chirac a échoué : créer une dynastie, et rejoindre ainsi « l’élite républicaine ».

Pour sa part, Isabelle Balkany, l’épouse du maire de Levallois estime

1/ que la gauche lance une polémique par semaine, faute d’idées. Ce qui est pour le moins simpliste.

2/ qu’il est normal de voir les adeptes du net se précipiter pour critique Monsieur Mon Fils : les internautes, dit-elle, sont par définition des opposants.

Mon ami Vernet ne rate pas cette occasion pour mettre son grain de sel !

Notre-président-bien-aimé est un amuseur de mots. Il les distribue au grès du vent comme le paysan sème le blé ; et quand vient la récolte, il berce ses locuteurs d’idéaux imités.

Alors, reprenons son discours.

La création du lycée par Napoléon 1er “est un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance […]
Quelle belle référence que ce Napoléon ! Ce dernier n’était en effet apprécié qu’en France, puisque ce dictateur mit à feu et à sang le reste de l’Europe. De plus, il était un homme qui se disait républicain mais il s’efforça dans les faits à recréer une monarchie et une nouvelle aristocratie. “La fin des privilèges de la naissance”, était-ce de placer ses frères roi d’Espagne, Roi de Hollande et Roi de Westphalie ? Les actes en disent donc plus long que les mots !

Allons même encore un plus plus loin : Une aristocratie ne peut se maintenir que si elle impose un système de penser qui lui donne sa légitimité. Étymologiquement, le mot aristocratie, c’est le “pouvoir aux meilleurs”. De fait, les aristocrates tendent à vouloir nous faire croire non plus à l’égalité (principe cher aux démocraties) mais à l’équité (principe qui veut que l’on reçoit selon nos mérites).
Malheureusement, “un mérite” ne se mesure pas si facilement. Il requiert des critères (que les aristocrates choisissent bien évidemment). Un mérite est donc très subjectif. C’est ainsi que les aristocrates affirment ne pas devoir leur position sociale dû à leur sang ou à leur parenté, mais bien à leurs mérites. D’ailleurs, le prince Jean, ne se défend-il pas en affirmant être élu et non nominé ?
Cependant, ils n’ont “leurs mérites” que parce qu’ils ont souvent celui d’être connu pour le “fils de” ou d’avoir pu faire des études onéreuses grâce à l’aide de papa (ou de maman). C’est tautologique. C’est l’immobilité sociale que constate encore l’insee.
Enfin, rappelons-nous qui allait au Lycée à l’époque de ce Napoléon ? Étaient-ce des fils d’ouvriers ? de paysans ? des filles ? Non. C’était donc un “geste” de Napoléon nullement égalitaire, mais bien méritocratique.

…“Cela voulait dire : désormais ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être bien né, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve, par ses études de la valeur […] Pas tout à fait ! Pour cela, il aurait fallu que TOUS les enfants, filles et garçons, de paysans ou d’ouvriers aient la MEME chance d’aller au Lycée pour pouvoir montrer leur mérite. Ce postulat étant faux, cette phrase qui parait belle n’affirme que le principe de méritocratie, en oubliant à propos la sélection en amont (qui fausse le principe d’égalité).

… “Principe de justice”…
Ha ? ou ça ? Où était la même chance pour chacun et chacune ?

… mais aussi, en même temps, principe d’efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? …
Et voilà donc ici résumé le credo de la méritocratie : “Nous sommes au pouvoir parce qu’on en a les compétences. Et on a les compétences parce qu’on a pu faire nos études dans les conditions adéquates”.
Bien entendu, le principe égalitaire n’est jamais explicitement répudié pour prendre comme épouse la fameuse équité et ses mérites. C’est toute l’ambivalence du discours : faire croire à l’égalité (où tout le monde peut réussir — ça calme le peuple) mais appliquer une sélection sur l’équité (où les ploutocrates et aristocrates s’empressent de faire du népotisme).

D’un autre angle d’approche, est-ce bien étonnant ? Un supérieur se préfère souvent comme subordonnés des personnes qui lui ressemblent. Il aime à ce que les choses soient faites comme si c’est lui-même qui les faisait. Et qui est plus ressemblant que sa famille ?
Ce mécanisme est assez humain… mais est-ce bien efficace et surtout bien légitime ?

il me semble qu’on touche là au problème majeur de la politique de Nicolas Sarkozy : la communication.

Pourtant, peu d’hommes politiques en fond un tel usage frénétique que lui. Sa volonté d’être au devant de la scène le pousse à transformer la politique en politique-spectacle. Sa vie devient un roman que les petites gens suivent comme ils suivent les « feux-de-l’amour » ou une TV-reality quelconque. C’est ainsi que notre président communique plus pour la forme que pour le fond. Si un mot fait bien, il l’emploi et tant pie si c’est mal à propos. Le monde de l’apparence qu’il vénère n’a que faire de la réalité et de son contenu. Faut-il vraiment donner un exemple ? En voici déjà un : il va dépenser des centaine de millier d’euros pour aller faire un discours en province afin de nous dire de faire des économies.

« Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais », le clash est là ! Il y a d’un côté les mots et de l’autre les actions.
Les mots paraissent emprunt de générosité et de bon-sens. Ils peuvent être séducteurs. D’ailleurs, durant les premiers mois de sa présidence, tous ceux qui sortaient de l’Élysée étaient heureux (patronat, syndicat, etc…). Ont-ils entendu ce qu’ils voulaient entendre pour être si unanimement heureux ?
Malheureusement, quand on parvient à lire entre les lignes (comme ici ou comme pour le discours de Dakar, etc…), les mots généreux cachent un système de penser bien différent. C’est la première grande faille de la communication de notre bien aimé président.
La deuxième faille concerne les actions de ce dernier. Plus encore que les mots, ce sont bien les actions qui donnent du sens. Quand on veut se présenter comme une starlette, on a aussi les désagréments : notre vie devient la proie des paparazzi et des journalistes. Quand on est président de la république, les actions politiques sont bien évidemment considérées en fonction des discours et des continuités. Il devient alors évident que les actions sont en soi, déjà, et comme vous le dites, chargés de signifiés. Elles sont déjà une communication et même la communication la plus efficace.
Imaginez que vous disiez à votre chien que vous l’aimer tout en le frappant. Il est probable que le chien se souviendra non pas du ton doucereux de vos mots, mais bien de la douleur de vos gestes. La communication des actes prime sur celle des mots (aussi doucereux soient-ils).

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6 Réponses to “Jean Sarkozy, un privilégié ? Ah oui ? Ah oui.”

  1. Dominique Many Says:

    Bien sûr, Jean Sarkozy a été élu et pas nommé par son père, ce qui fait un sacré distingo avec ces potentats africains qui feraient bien dese taire sur le sujet.

    Bien sûr, Nicolas Sarkozy a le droit d’aller dans le restaurant qu’il veut pour retrouver ses amis, et porter une montre Rolex s’il en a les moyens,

    Bien sûr, il n’est pas interdit de prendre des vacances sur le bateau d’un ami, fut-ce un yacht de Monsieur Bolloré.

    Mais Nicolas et Jean Sarkozy oublient juste une chose : NS est Président de la République. et en tant que tel, tous ses actes et ceux de ses proches, ont vocation à être analysés, interprétés, et ont valeur de symboles.

    C’est précisément la raison pour laquelle, la nomination de Jean Sarkozy à la Présidence du Conseil d’Administration de l’EPAD, si elle ne souffre d’aucune illégalité, renvoie une image désastreuse du pouvoir et de ceux qui l’exercent. En ce qu’elle vient -hélas- donner raison à cette pensée de Tocqueville : « le suffrage universel ne fait que légitimer l’exercice du pouvoir par ceux qui l’ont déjà. »

    Comment des personnes d’ordinaire si soucieuses de leur image (cf le procès de Nicolas et Carla à la compagnie Ryanair qui l’avaient utilisée dans une publicité; cf la « retouche » des bourrelets du Président sur une photo dans Paris-Match) ne peuvent-elles pas comprendre que le bling-bling, l’étalage ostensible de ses richesses ou de son pouvoir, est désastreux en termes de communication ?

    Il ne suffit pas de parvenir à des hautes fonctions, encore faut-il avoir la carure, la prestance et la dignité de l’emploi.

    En cela, Sarko père et fils me font un peu penser à un gagnant du loto qui n’a pas l’habitude d’évoluer dans un certain milieu et étale son luxe de manière totalement décomplexée, avec vulgarité.

  2. phmadelin Says:

    Je me permets de publier tes observations pertinentes, en évitant de citer ton nom pour préserver ta réserve professionnelle !

  3. Tita Says:

    @ Dominique Many

    Vous touchez là, il me semble, au problème majeur de la politique de Nicolas Sarkozy : la communication.

    Pourtant, peu d’hommes politiques en fond un tel usage frénétique que lui. Sa volonté d’être au devant de la scène le pousse à transformer la politique en politique-spectacle. Sa vie devient un roman que les petites gens suivent comme ils suivent les « feux-de-l’amour » ou une TV-reality quelconque. C’est ainsi que notre président communique plus pour la forme que pour le fond. Si un mot fait bien, il l’emploi et tant pie si c’est mal à propos. Le monde de l’apparence qu’il vénère n’a que faire de la réalité et de son contenu. Faut-il vraiment donner un exemple ? En voici déjà un : il va dépenser des centaine de millier d’euros pour aller faire un discours en province afin de nous dire de faire des économies.

    « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais », le clash est là ! Il y a d’un côté les mots et de l’autre les actions.
    Les mots paraissent emprunt de générosité et de bon-sens. Ils peuvent être séducteurs. D’ailleurs, durant les premiers mois de sa présidence, tous ceux qui sortaient de l’Élysée étaient heureux (patronat, syndicat, etc…). Ont-ils entendu ce qu’ils voulaient entendre pour être si unanimement heureux ?
    Malheureusement, quand on parvient à lire entre les lignes (comme ici ou comme pour le discours de Dakar, etc…), les mots généreux cachent un système de penser bien différent. C’est la première grande faille de la communication de notre bien aimé président.
    La deuxième faille concerne les actions de ce dernier. Plus encore que les mots, ce sont bien les actions qui donnent du sens. Quand on veut se présenter comme une starlette, on a aussi les désagréments : notre vie devient la proie des paparazzi et des journalistes. Quand on est président de la république, les actions politiques sont bien évidemment considérées en fonction des discours et des continuités. Il devient alors évident que les actions sont en soi, déjà, et comme vous le dites, chargés de signifiés. Elles sont déjà une communication et même la communication la plus efficace.
    Imaginez que vous disiez à votre chien que vous l’aimer tout en le frappant. Il est probable que le chien se souviendra non pas du ton doucereux de vos mots, mais bien de la douleur de vos gestes. La communication des actes prime sur celle des mots (aussi doucereux soient-ils).

  4. Cécile Says:

    M. Vernet a grandement raison. Sur Napoléon notamment, car j’en ai ras le bol des réacs façon Eric Zemmour qui le citent à tout va comme s’il était un dieu. Le type a rétabli l’esclavage, massacré l’Europe, établit l’empire quand la monarchie venait à peine d’être supprimée,… Malgré tout, en France, et seulement en France, il reste une de nos plus grandes références. Mais qu’attendre d’un pays qui n’ose toujours pas se regarder en face concernant la guerre d’Algérie, qui a mis 50 ans à reconnaître sa participation à la Shoah, qui croit toujours que De Gaulle a été son plus grand résistant (merci pour Jean Moulin, planqué dans le maquis et torturé à mort, dénoncé par qui d’ailleurs???), qui a été l’un des derniers à abolir la peine de mort en Europe tout en donnant des leçons d’humanisme, qui a eu un dirigeant d’extrême-droite au deuxième tour de sa présidentielle en traitant les Italiens et les Autrichiens de fachos, qui a supprimé la monarchie mais conserve un président-roi,…?

  5. phmadelin Says:

    Eh be… On croirait presque que vous êtes Corse. Parce qu’en Corse, en majorité dans la population, on n’aime guère le Grand Naboléon

  6. Cécile Says:

    Je ne suis pas Corse et franchement, pour lui donner autant de noms de rues ou d’avenues, je pensais que les Corses l’appréciaient un minimum. Mais il est vrai que ce sont souvent les Français du continent qui décident de ces choses-là.

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