Presse : la démission du quatrième pouvoir

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

A propos du traitement de l’affaire Clearstream dans les journaux, et notamment de la répétition en boucle de certaines « approximations » un de mes correspondants habituels, Jean-Pierre V., s’interroge sur l’attitude moutonnière des journalistes. Comme c’est  intéressant et frappé au coin d’un solide bon sens, un bon sens un peu affligé, je soumet ce texte à votre appréciation.

Et paraphrasant Marcel Duchamp “C’est le regardeur qui fait l’art”, on peut se demander si ce ne sont pas les journalistes qui font de Rondot un maître espion. On subodore une réponse positive à cette dernière question.

Je ne reviendrais pas sur les manques de fiabilité du général. J’aimerais par contre pointer le fait que cette histoire caractérise un certain problème éthique chez les journalistes (et l’image qu’ils donnent).

Comme on le constate en cette affaire Villepin-Clearstream, la plupart des journalistes ne cessent de répéter la version du parquet, à prendre partie contre Villepin et à lire alors chaque évènement, chaque déclaration et chaque fait selon cette grille de lecture très orientée.

Pourquoi ?

Est-ce par fainéantise ? Répéter la version du paquet laisse croire qu’on sait des choses et qu’on a travaillé le sujet tandis qu’on n’a pas fait de recherche. Après tout, des journalistes spécialisés dans cette affaire, combien y en a-t-il ? Quand on compare l’audience de ce blog par rapport aux ignorants qui beugles leurs écrits, cela donne à réfléchir.

Est-ce par peur de faire des vagues qu’on se soumet à la version du parquet ? Après tout, ainsi, on ne dérange pas notre bien-aimé président, celui qui veut tant avoir la main mise sur les médias.

Est-ce pour une autre raison ?

Je pense qu’individuellement la plupart des journalistes sont des gens honnêtes… mais qui sont prisonniers d’un système. C’est ce système que je veux dénoncer, celui qui donne tant d’audience à la version du Parquet et si peu à d’autres (la vôtre, celle de Mediapart, etc.). Il y a une vraie pression à l’uniformité de la part du système. C’est ainsi que ce journaliste de Mediapart se voit présenté comme un nouvel avocat de DDV… comme pour dénigrer son analyse.

Quoi qu’il en soit, une remarque. Cette manière de faire n’est pas nouvelle. Combien de journaleux ont présenté Colonna comme coupable ? Combien se contentent aussi de répéter les déclarations de nos hommes politiques ? Comme si répéter une déclaration et l’argumenter un peu suffisait pour appeler cela “analyse” !

Pis, j’ai parfois l’impression que nos gouvernements l’ont compris : il suffit d’une déclaration succincte. Les médias s’empressent ensuite de la répéter et de l’argumenter pour la faire comprendre au peuple. Non seulement le gouvernement n’a plus besoin d’argumenter, mais les journalistes ont souvent tendance à croire que cette argumentation suffit pour mériter le nom d’analyse. Adieu chère contre-argumentation !
Notez au passage que c’est fort : faire chercher des arguments par un autre, fut-il journaliste, c’est une excellente manière de manipuler l’argumentation pour la faire accepter le point de vue qu’elle veut imposer.

Cette démission du journalisme pose donc un vrai soucis. Le pouvoir politique se sert alors des média (à sa botte) comme d’un ministère de la propagande qui n’en a pas le nom mais bien l’efficacité. Le parquet s’en sert pour asseoir la légitimité de sa version sur l’opinion publique. Pie ! La justice n’a plus peur de ses lacunes car les journaleux ne les pointeront pas. Elle peut se permettre alors des erreurs, des approximations, des aveux après 4 jours sans sommeils, etc. Ainsi, la démission du quatrième pouvoir, le pouvoir des médias, semble entraîner avec lui la démission déontologique des autres pouvoirs. C’est en cela, il me semble, que cette affaire est malheureusement symptomatique de notre société et très caractéristique de la maladie qui la ronge.

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