Outre-mer : les données du conflit en Nouvelle Calédonie

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

A l’autre bout du monde, le conflit sporadique et parfois violent qui a secoué la Nouvelle-Calédonie ces derniers mois reste totalement incompris en métropole : n’y voit-on pas un leader syndicaliste d’origine métropolitaine Gérard Jodar, s’opposer aux responsables kanaks de la compagnie d’aviation AirCal, outil majeur de développement dans l’archipel. ? Autrement dit, c’est le monde à l’envers. Se référant à la personnalité de Jodar, les milieux d’extrême gauche français, parmi lesquels José Bové et Olivier Besancenot, ont imputé le conflit aux responsables de la compagnie et aux autorités locales. Selon Bové :

« Le premier responsable de cette montée des tensions, c’est le haut-commissaire, Yves Dassonville. Il jette en permanence de l’huile sur le feu. Il fait une croisade anti-USTKE. En ciblant le syndicat comme opposant et en envoyant des forces de l’ordre à chaque action syndicale. (…)

Ont-ils vraiment compris le problème ? C’est moins que certain. Chef coutumier en tant que grand chef de l’île de Maré, ancien responsable du parti du LKS, Nidoish Naisseline, le Président du Conseil d’Administration d’AirCal, a une vision singulièrement différente du conflit.  Ce qui est en cause, c’est la prise en main par les Kanaks d’une entreprise importante.

Nidoish

Dans un entretien exclusif, il développe les données du problème :

Le conflit social qui a perturbé entre la mi-mars et le 15 juin Aircal, la compagnie aérienne qui assure les liaisons intérieures de la Nouvelle-Calédonie, est exemplaire à plus d’un titre. Outre la violence des actes, qui ont conduit le leader syndical Gérard Jodar en prison, et la gravité des injures lancées à l’encontre des dirigeants de la société, cet affrontement témoigne des difficultés de gestion d’une entreprise publique (94% du capital) au confluent de la culture occidentale et océanienne.

« Ce conflit nous a beaucoup appris sur la gestion de l’entreprise, où 98% des employés sont Calédonien, où trois directeurs sur six sont des Kanak et dont près de 80% des usagers sont originaires des tribus. A partir d’une banale histoire d’adultère et d’une faute lourde d’une employée sous contrat à durée déterminée (CDD) originaire des iles Loyauté, « les antagonismes ont rapidement dérivé de la part de l’Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (USTKE) sur une revendication d’emploi local qui n’avait pas lieu d’être », estime celui qui est également grand chef du district de Guahma (Maré) et élu indépendantiste de la province des iles Loyauté.

Au lieu de sanctionner immédiatement la faute comme l’aurait fait un gestionnaire européen, les dirigeants kanaks aiguillonnés par leur fierté tribale, ont préféré étouffer l’affaire d’adultère qui lui est liée et laisser venir l’échéance du CDD, fin octobre 2008 de l’employée fautive. Mais en février 2009 celle dernière postule de nouveau pour un poste à Air Calédonie. Face au refus de la direction, le syndicat déclenche une grève qui très vite prend des proportions inattendues.

Un mois plus tard, les dirigeants kanaks  entament une médiation coutumière, où le pardon des injures proférées est demandé et accordé et où les spécificités culturelles sont largement prises en compte. L’état major de l’USTKE n’accepte pas cette solution à l’océanienne et il durcit le ton jusqu’aux graves incidents qui se déroulent sur le tarmac de l’aéroport de Nouméa le 28 mai. Il faut attendre le 5 août, et l’emprisonnement fin de juin de Gérard Jodar pour une affaire précédente, pour que soit signé un protocole d’accord.

« Ce que nous avons obtenu – le respect d’un service minimum et la prise en compte de la dimension culturelle dans la gestion de l’entreprise – est un acquis très important pour le dialogue social en Nouvelle-Calédonie, souligne Nidoish Naisseline. Ce conflit a posé des problèmes de fonds qui concerne le destin commun des habitants de ce pays. Sa résolution ouvre des pistes inespérées pour des débats de grande ampleur sur le droit du travail local et la prise en compte des réalités culturelles. »

Alors que la Nouvelle-Calédonie est entrée dans la dernière phase des transferts de compétences qui doivent déboucher sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination à partir de 2014, les responsables politiques craignent, sous couvert de gouvernance, de suivre  l’exemple de l’Europe où, l’idéal des pères fondateurs s’est transformé en un monstre bureaucratique et technocratique. « Il faut éviter que cela arrive chez nous. Il ne faut pas que les Océaniens se retrouvent mis à l’écart au nom de la gestion. La décolonisation ne doit pas se borner à un changement de personnel au sommet, elle doit nécessairement opérer une permutation des valeurs », plaide le président du conseil d’administration d’Aircal.

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