Clearstream : les données du procès, côté Défense

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Lundi prochain, devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, les avocats du journaliste et écrivain Denis Robert, Mes Hervé Temime et Michel Zaoui, plaideront que « les conclusions [ des deux juges qui ont permis son renvoi en correctionnelle] constituent des nullités ».

« On ne saurait renvoyer devant un tribunal correctionnel pour recel, dans une société démocratique, un journaliste qui détient des informations même issues d’une infraction, s’il les a lui-même régulièrement obtenues pour les besoins de ses investigations et de sa défense », estiment notamment les deux avocats dans leurs propres conclusions.

Côté Gergorin, on est un tant soit peu inquiet, on craint qu’il soit sacrifié sur l’autel de la vengeance, en lieu et place de Dominique de Villepin : une solution « élégante » pour les juges qui leur permettrait de satisfaire aux desiderata du Président sans commettre un jugement de lèse majesté…

Le dossier Gergorin se présente dans les conditions suivantes, indique-t-on du côté de sa défense dont nous avons pu prendre connaissance :

L’intéressé est renvoyé devant le Tribunal Correctionnel sous la double accusation de :

faux (falsification des listings Clearstream ayant servi de base à la manipulation),

dénonciation calomnieuse pour avoir transmis ces listings (qu’il aurait donc falsifiés) tant au Général Rondot qu’au Juge Renaud Van Ruymbeke.

Les avocats observent :

Il convient de souligner que ce n’est pas la transmission des informations en elle-même qui est critiquée, puisqu’il est légitime de faire connaître aux autorités des faits pouvant être délictueux, mais le fait que celui qui les a transmises n’aurait rien ignoré de leur caractère inexact puisqu’il est accusé d’avoir participé à la falsification.

Or, aucun élément factuel ou concret du dossier ne vient, et pour cause, établir :   soit que Gergorin ait participé à la falsification, soit qu’il ait eu connaissance au moment de leur transmission du caractère falsifié des listings en cause.

Les poursuites sont fondées sur un postulat du Parquet et
des Juges d’Instruction : Gergorin  ne pouvait pas ne pas savoir puisqu’un certain nombre de ses « ennemis réels ou supposés » figure au nombre des personnes dénoncées.

Précision supplémentaire : le dossier révèle qu’avant même la pseudo-révélation (étayée par une pseudo- pénétration informatique) de l’existence d’un vaste réseau de corruption, qui avait tout lieu d’inquiéter Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud a berné les services de renseignements français en leur fournissant des informations et documents laissant entendre qu’il avait personnellement rencontré à plusieurs reprises Oussama ben Laden et qu’il était à même de pénétrer ses réseaux financiers.

On souligne enfin que l’examen chronologique du dossier démontre que les manipulations et intoxications d’Imad Lahoud et ses références aux
listings Clearstream ont commencé bien avant son recrutement comme consultant d’EADS intervenu le 1er mars 2003.

Du côté de la Défense, on voit ce procès comme un grand jeu de dupes, où les victimes sont avant tout Gergorin, et, dans une moindre mesure Rondot, Villepin. Et, en tout dernier lieu, et bien loin dans l’ordre des priorités, le Pdt Sarkozy.

Reste à déterminer les motivations profondes de Lahoud. Elles apparaissent dans le témoignage de Ely Calil, l’homme d’affaires d’origine libanaise qu’il a croisé en prison. Lahoud aurait voulu se venger de la société après sa condamnation pour escroquerie. On constate d’ailleurs en examinant la liste Clearstream qu’elle contient tout et n’importe quoi.

L’exemple de Laetitia Casta est à cet égard caractéristique : selon l’accusation sa faute aurait été d’avoir résidé dans la même immeuble que Gergorin, et par conséquent d’être suspectée d’avoir repoussé les assiduités du Monsieur. Il suffisait d’une minuscule enquête de voisinage pour constater que la Casta habitait la même rue que Gergorin, mais et de très loin, pas le même immeuble. Le tout est à l’avenant.

Reste également à s’interroger sur les conséquences de la haine mortelle et quasi infantile qui oppose Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Une haine qui transforme profondément le procès Clearstream, complètement décalé par rapport à son objet réel.

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5 Réponses to “Clearstream : les données du procès, côté Défense”

  1. payre Says:

    Billet très intéressant, merci.

    Une remarque : je ne crois pas à la thèse « Lahoud falsifie les listings seul et Gergorin les croit vrais et n’a pas participé à l’ajout des noms » et je me méfie des « révélations » d’Ely Calil.
    N’oubliez pas que le premier cité par les listings falsifiés et premier interpelé par Van Ruymbeke en mai 2004 est Philippe Delmas, ennemi intime de Jean-Louis Gergorin à EADS. Je ne vois pas pourquoi Lahoud l’aurait rajouté sur les listings.
    Idem pour les noms de Patrick Ollier et ceux dans la communauté française du renseignement. Lahoud ne pouvait pas les connaître.

    J’ai été le témoin de la très bonne entente en mai juin 2005 entre JL Gergorin et Imad Lahoud. Je les vois plutôt travailler de concert.

    Ma thèse personnelle est que JL Gergorin a demandé à des cabinets d’intelligence économique dont le cabinet Hakluyt & Company d’enquêter sur les probables bénéficiaires des retro-commissions dans l’affaire des frégates de Taïwan. Faute de déclassification des documents secret-défense qui dorment à Bercy, ces noms listés par Hakluyt & Company ne sont pas vérifiable.
    JL Gergorin et Imad Lahoud ont pris ces noms et en ont peut-être rajouté d’autres (celui de Laetitia Casta par exemple) sur le fichier Excel que possaidait Imad Lahoud (pris sur l’ordinateur de Denis Robert ou donné par lui sur CD, Denis Robert le tenant lui-même de Florian Bourges, auditeur à Arthur Andersen).

    Je ne crois pas qu’Yves Bertrand ait participé au brain-storming d’où sont sortis les noms apparus sur le listing falsifié.

    Qu’en pensez-vous ?

    Auriez-vous la liste de toutes les personnalités qui ont vu leur nom apparaître sur le listing falsifié (DSK, Patrick Ollier, Stéphane Bocsa et Paul de Nagy…).

  2. phmadelin Says:

    Non : le listing initial ne venait pas de Bourges mais de Lackes.
    Je dois avoir la liste quelque part.
    Je ne pense pas non plus qu’Yves Bertrand ait participé à la détermination de la liste falsifiée.
    Concernant ton opinion sur les rapports Lahoud Gergorin, elle ne colle pas avec la chronologie.
    Je peux te dire que le cab d’IntelEco que tu cites n’est pas intervenu dans l’enquête menée par Gergorin. C’est un autre.

  3. payre Says:

    > Non : le listing initial ne venait pas de Bourges mais de Lackes.

    Vous êtes sûr ? C’est pourtant Bourges qui est mis en examen.
    Backes avait bien des micro-films mais ils ont servis au 1er livre de Denis Robert. Et d’apprès http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Backes Backes a quitté Clearstream en 1983.

    > Je dois avoir la liste quelque part.

    Je pense que ça serait intéressant de regarder qui est dessus (et de voir qu’il y a beaucoup de personnes d’EADS et de la communauté française du renseignement que connaissait Gergorin.

    > Je ne pense pas non plus qu’Yves Bertrand ait participé à la détermination de la liste falsifiée.

    Merci, c’est intéressant.

    > Concernant ton opinion sur les rapports Lahoud Gergorin, elle ne colle pas avec la chronologie.

    Je les ai pourtant vu en mai-juin 2005 comme « cul et chemise », bien après que Rondot et Van Ryumbeke aient démontré que le listing était faux. Gergorin aurait dû être en colère contre Lahoud si Lahoud lui avait fourni le listing falsifié tel quel sans que Gergorin ait participé à l’ajout des noms.

    > Je peux te dire que le cab d’IntelEco que tu cites n’est pas intervenu dans l’enquête menée par Gergorin. C’est un autre.

    Pourtant je suis quasiment sûr de moi, je l’avais lu en 2006 dans un papier qu’il faudrait que je retrouve (et si l’on fait une recherche sur Internet « Hakluyt ET Clearstream » on trouve de nombreux résultats.

    Remarque générale : pensez-vous vraiment que Gergorin est blanc comme neige et a été naïvement trompé par quelqu’un plus jeune que lui de 20 ans (Lahoud). Gergorin a une grande expérience des manipulation, non ?

    Comment expliqué vous que Philippe Delmas, que Lahoud ne pouvait pas connaître et contre qui il ne pouvait pas avoir de griefs, figure sur le listing falsifié ? Gergorin le considérait comme son ennemi au sein d’EADS. N’a-t-on pas un motif et mobile clair ?

    Au delà de la chronologie, qu’elle est votre thèse sur cette affaire ? (peut-être faut-il attendre le procès pour en avoir une).

  4. Fabien Says:

    Je n’étais pas au courant d’une erreur aussi grossière (je parle du domicile de Laeticia Casta) ! Tant qu’on y est, interdire à Villepin de voir Chirac relève du n’importe quoi : sait-on où ils habitent ?

    Plaisanterie mise à part, Villepin semble tendu. Ce grand poète, jeudi, a lancé sur Canal+ (en clair et en direct) :

    «Un écran de fumée chasse un bâton merdeux » (sic !) alors qu’on lui demandait ce qu’il pensait de la déclaration de Besson sur la fermeture de la jungle. Il voulait dire par là que «la voix de son maître» (comme il a dit de Besson) avait tenté d’effacer ainsi la “mauvaise blague” de Hortefeux sur les bougnats/bougnoules.

    On va peut-être rire fin octobre à Versailles :
    http://www.easydroit.fr/news.afp/2009-08-24_compte-pirate-de-nicolas-sarkozy-proces-en-appel-les-28-et-29-octobre_5392/
    car si ça marche, Villepin (et les autres) seront blanchis de facto, ou absous jusqu’à la fin des fonctions de notre bon mètre.

    Quant à POM, il a retiré sa plainte, ce qui permet à MAM d’aller témoigner en liberté de conscience…

  5. phmadelin Says:

    Villepin habite à côté du Parc Monceau, dans le 17° et Chirac sur le quai des Grands Augustins, dans le 6°. Mais comme l’un et l’autre ne se déplacent que dans des voitures de service, sous protection de deux officiers du SPHP, en pratique ils peuvent ne jamais se croiser.

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