Suisse : la neutralité en voie de dissolution dans les têtes ?

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

La dame décompte avec soin ses abricots. Plus exactement, elle les tire avec de les ranger dans des cassettes-paniers en carton. Elle rejette sans hésitation les fruits qui présentent les moindres défauts.

– Vous voyez, dit-elle, nous sommes astreints à des règles de normalisation stricte. les normes européennes que nous devons appliquer alors que nous n’appartenons pas à l’Europe. Enfin : pas encore. Pour le moment, ce sont toutes les contraintes, mais pas d’avantages.

Le ton est résigné. Il sous-entend : de toute façon, l’Europe, nous devons y aller.

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C’est désormais un point de vue largement répandu en Suisse : la neutralité qui caractérise la Confédération n’est plus un tabou sacro saint. Même dans une micro perspective chez cette maraîchère de Leytron, à l’enseigne d’Agri-Iles.

Entre Martigny et Sion, Leytron est une petite bourgade agricole dans la vallée du Rhône, au cœur du Valais. Quand le fleuve n’est encore qu’un torrent furieux déboulant des montagnes alpines. L’activité principale est ici le vignoble qui escalade sans façon les pentes les plus abruptes, et, dans le plat, le maraîchage. En ce milieu d’été, triomphe des abricots, les plus succulents du monde. Charnus, juteux, colorés.

Mais cette production ne sortira pas de Suisse. A peine du Valais, ce canton loin de tout, partagé entre les français et l’allemand. Faute d’être compétitifs, les fruits resteront sur place.

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Comme toujours en Suisse, le paysage est un décor de carte postale, chalets anciens agrippés à flanc de montagne, grosses bourgades paisibles. Vaches dans l’alpage. Mais ce paysage masque une véritable inquiétude. Le Franc suisse est trop fort. On n’exporte plus. Hormis dans quelques sites particulièrement prestigieux comme Gruyère, les touristes étrangers sont rares. Dans les parkings des hôtels et des résidences, dans leur majorité, les places sont vides. Il est caractéristique qu’en pleine saison on est loin de s’écraser alors que la région présente mille attraits, à commencer par un thermalisme très actif, qui a généré des installations hôtelières et aujourd’hui des opérations de promotion immobilière souvent disproportionnées.

D’où l’inquiétude chez les Valaisans, qui relaie d’ailleurs l’inquiétude dans toute la Suisse : face à la déconfiture de l’économie financière, sur laquelle a reposé la prospérité du pays depuis la deuxième guerre mondiale, comment va évoluer la situation. On observe avec angoisse les limitations multiples et progressives imposées au Secret bancaire, cheville ouvrière de l’économie. Avec ses prétentions de faire rentrer la Suisse dans le rang, le Président américain Barack Obama apparaît désormais comme une sorte de loup garou. On est suspendu aux résultats du procès intentés par l’administration américaine contre l’UBS – Union des banques suisses – qui se voit enjoindre de révéler les noms des « ayants droits économiques » américains titulaires de comptes secrets dans la banque.

Soupçonnée d’avoir aidé 52 000 contribuables américains à cacher 14,8 milliards de dollars entre 2002 et 2007 sur des comptes offshore, la banque helvétique est sommée de communiquer l’identité des fraudeurs. Fort malmenée par la crise financière qui lui a coûté sa place de numéro un mondial, UBS a déjà écopé d’une amende de 780 millions de dollars et a dû révéler le nom de 250 clients aux États-Unis.

– Nous avons fait fortune en cachant l’argent des bandits et des dictateurs, observe avec sévérité E., un ancien cadre d’une banque privée de Genève. Ça ne pouvait pas continuer.

Il a travaillé pendant plus de vingt ans à Wall Street, dans la succursale américaine de la banque suisse qui l’employait. Il a fini par s’écarter de ce travail avec dégoût. Il est revenu au pays, à Genève. Et il donne à comprendre que désormais, si la Suisse veut survivre, il lui faudra trouver un autre modèle économique.

Les Suisses sont loin d’être tous d’accord, bien au contraire, même dans la famille de notre interlocuteur, de nombreux Helvètes espèrent encore que la crise financière passée, on reviendra au bon vieux temps des chalets dressés au-dessus des nuages, des vaches grasses dans les alpages et des glaciers qui dominent les vallées.

Rien n’est moins certain que ce retour vers le passé. Les plus lucides se rendent bien compte que la survie d’une Suisse strictement neutre au cœur de l’Europe est problématique. La Confédération est déjà intégrée dans l’espace européen de sécurité Schengen. Difficile d’imaginer qu’on s’en arrête là.

La cultivatrice avec ses serres protégeant les légumes de saison et les ses abricotiers a certainement raison. La neutralité suisse ne pourra perdurer éternellement

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