Black, un film complexe de Pierre Laffargue

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

réalisation : Pierre Laffargue. Scénario : Lucio Mad, Gabor Rassov, Pierre Laffargue. Avec MC Jean Gab’1 et Carole Keremara. 1 h 55

A première vue, Black est un film de Série B assez simpliste, parfois caricatural. Vraiment distrayant : l’histoire d’un braqueur d’origine sénégalaise qui, ne réussissant pas à Paris, tente le « grand coup » contre une banque de Dakar où est déposée une grosse poignée de diamants. Malheureusement, de méchants mercenaires blancs ont eu vent de l’affaire. Entre les deux équipes  s’engage une course de vitesse pour s’emparer du magot magique. Belle occasion de grandes scènes d’action dans les quartiers surpeuplés et déshérités de Dakar. Le sang coule, le cadavres parsèment l’itinéraire, selon les bonnes règles du gore. C’est un vrai polar Black et noir, enlevé et même frénétique, plutôt bien ficelé – même si on ne doit guère s’attarder sur les invraisemblances du scénario, des invraisemblances quasiment conventionnelles pour une série B -. Le héros principal McJean Gab’1, bon rapeur et ancien braqueur, est excellent dans le rôle principal, en vérité en quelque sorte son propre rôle, avec ses superbes biceps et une musique désormais classique pour le milieu.

Cette première lecture masque un deuxième niveau, moins évident, illustré par toute la fin du film qui bascule dans la magie. Après une très belle scène d’initiation à l’âge d’homme, Black doit affronter un très méchant blanc trafiquant et sa maîtresse sorcière africaine, un griot lui a annoncé que ce combat serait celui du Lion et de la Panthère. Ce virage est naturellement incompréhensible quand on ignore la culture du continent noir moderne. En effet la légende mise en scène est manifestement inspirée par plusieurs auteurs africains, tout particulièrement Ahmadou Kourouma – le guerrier malinké – qui s’est   illustré en particulier par son roman publié en 1994, En attendant le vote des bêtes sauvages, racontant l’histoire d’un chasseur de la « tribu des hommes nus » qui devient dictateur. La symbolique est évidente pour ceux qui savent : les Africains exilés en Europe doivent se réapproprier leur culture ancestrale pour survivre. Comme le dossier de presse n’explicite pas cette liaison, les critiques de cinéma ne pouvaient pas comprendre.

Il faut savoir que Lucio Mad, le premier scénariste, était un expert de l’Afrique, ami de Kourouma, grand admirateur d’Hampaté Ba, excellent connaisseur du Sénégal où il avait séjourné longtemps, contribuant à faire éditer en France plusieurs écrivains sénégalais.

Troisième tiroir ouvert dans cette deuxième lecture. Sans oublier la critique virulente des néocolonialistes, le portrait de Dakar et des Sénégalais présenté dans Black est plus que dur. Une ville en déshérence, une population miséreuse qui ne survit que grâce aux trafics et arnaques en tous genres. Des élites locales corrompues. Une vision très pessimiste, symbolisée par le retour en France de notre braqueur déçu par son pays d’origine. Une vision qui rejoint les espoirs et les illusions des cohortes de clandestins qui croient qu’en France, même très dure la vie est quand même mieux qu’au Sénégal.

Je rappelle que Lucio Mad était mon fils. Il avait entamé l’écriture de ce scénario bien avant d’être malade. Il nous a quitté pour son Paradis B le 31 août 2005. Il est bien que son dernier grand chantier ait été mené à bien grâce au producteur Marco Cherki, à Gabor Rassov, mon autre fils, et Pierre Laffargue, le réalisateur et co-scénariste.

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