Sécurité : des outrages et de leur explication

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Mis à jour à 19 h 41

Tita, un de mes correspondants réguliers, rebondit sur l’affaire d’Outrage reproché à mon épouse, que j’ai raconté à titre d’exemple symptomatique.

Je reproduis son propos de façon qu’il ne reste pas « enterré » dans la rubrique « commentaires ». Son analyse est à la fois compétente et fine. Elle correspond à l’ensemble des témoignages reçus à ce propos depuis des années.

La procédure d’outrage trop souvent ouverte  ne correspond à rien de sérieux, elle est utilisée par les forces de l’Ordre comme une menace. D’autant plus inutile qu’elle n’est qu’exceptionnellement sanctionnée par les tribunaux !

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En France, on a compté plus de 31 000 plaintes pour outrage en 2007 tandis qu’il y en avait 17 000 il y a dix ans selon l’Observatoire national de la délinquance.

Inutile d’être diplômé de l’ENA, pour voir un accroissement de 82,3% en seulement dix ans. Un tel accroissement doit pour le moins interpeler.

Inutile aussi de s’appeler madame Soleil pour oser subodorer (avec certaines raisons) que sous la grande et merveilleuse présidence de notre glorieux timonier, ce taux ne s’est pas  infléchi.

Voilà donc un fait qui appelle une analyse.

La gendarmerie et la police ayant plusieurs siècles d’existence, cette longue histoire ne saurait justifier ce taux de croissance. Seul l’usage qui en est fait et la politique qui l’encadre peut expliquer l’explosion des outrages.

Depuis qu’un certain ministre de l’intérieur admonesta un policier (NDLR :  le commissaire J.P. Havrin) de trop faire de prévention et pas assez de répression, on instaura une certaine politique du chiffre, les forces de l’ordre sont à la fois stressées (objectifs chiffrés à atteindre, effectifs réduit, devoir de réserve mis en exergue, etc.) mais aussi coupées de la population.

L’incompréhension mutuelle entre policiers et population s’instaure durablement. Pour la population (un bonne partie du moins), les forces de l’ordre ne sont plus que le bras armé du pouvoir en place. Il me semble que plusieurs syndicats de policier à Lyon avaient manifesté pour dénoncer cette image il y a quelques mois. Il se conçoit aisément en effet que le quotidien du gendarme ou du policier est loin d’être résumé par le travail d’une police d’Etat. Séparer des époux violents ou se déplacer pour un voisin qui a tué le chat de la voisine est sans doute plus proche du quotidien. Cependant ce quotidien ne rapporte plus une reconnaissance, celle de l’image positive des forces de l’ordre présentes pour aider les citoyens. Par l’usage (et l’image) qu’en font les politiques, les forces de l’ordre sont devenus des agents d’un pouvoir malsain.

Il serait un peu naïf de croire que les policiers ne sont pas conscients de cette image ou de l’usage méprisant dont ils sont l’objet par le pouvoir (qui parle sécurité mais ferme casernes et postes, allant jusqu’à ne pas pourvoir les postes de policiers mis au concours). Il y a de quoi produire un évident mal-être. Ce mal être induit alors trois conséquences :

1. La vieille théorie « frustration, agression, déplacement » nous enseigne qu’une telle frustration (mal-être dont on ne peut pas parler par devoir de réserve) conduirait à une agression, cependant, cette agression envers l’Etat qui les méprise étant impossible, cette agression est déplacée envers la population qui se défient d’eux.

2. Conscient de l’image plutôt négative qu’ils ont et tendus par leur stress, les forces de l’ordre vont beaucoup plus facilement interpréter une parole comme une agression que comme une remarque anodine.

3. Troisième conséquence : quand « on » force les gens (comme c’est le cas avec les forces de l’ordre) à réprimer tout azimut et à ne voir dans la population que des délinquants en puissance, la personnalité se plie aux comportements prédéfinis. En d’autres mots, les gens s’adaptent et deviennent ce qu »on » exige d’eux. Cette conséquence (li.e., la fameuse dissonance cognitive) n’atteint pas tout le monde mais reste fort.

L’instrumentalisation de la police et de la gendarmerie doit probablement conduire ceux qui les servent bien à se sentir bien seuls, surtout si, au contraire de la mode, ils sont consciencieux et qu’ils aiment leur travail. Face à cette solitude, ils doivent communiquer entre eux (= se sentir moins seuls) et avec la population (se méfier quand même des sanctions dues au ridicule devoir de réserve). Après tout, pour le pouvoir, policiers ou plombiers, nous ne sommes que des petites gens.

Cela n’excuse pas, évidemment, les abus des forces de l’ordre, mais en dénonçant certaine causes, on en pointe les solutions.

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Une Réponse to “Sécurité : des outrages et de leur explication”

  1. Tita Says:

    Merci pour les compliments, j’ajouterais juste que l’instrumentalisation qui est faite de la police et de la gendarmerie doit probablement conduire ceux qui les servent bien à se sentir bien seuls, surtout si, au contraire de la mode, ils sont consciencieux et qu’ils aiment leur travail.

    Face à cette solitude, ils doivent communiquer entre eux (= se sentir moins seuls) et avec la population (se méfier quand même des sanctions dues aux ridicule devoir de réserve). Après tout, pour le pouvoir, policiers ou plombiers, nous ne sommes que des petites gens.

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