Les coups de pied d’un « vieil ami ».

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Grâce à un correspondant, j’apprends que le procureur Kross s’en prend vivement à mes compte-rendus du procès Colonna dans le livre qu’il vient de publier. En effet, comme il tape sur les Corses il n’a eu aucun mal à trouver un éditeur !

Dans cet ouvrage intitulé « Mes convictions intimes », publié par les Editions Pygmalion-Flammarion, sous la signature de MM.  Kross et Paganelli, je découvre avec stupéfaction des propos pour le moins surprenants de la part d’un magistrat, chargé de traiter un dossier qui n’est pas définitivement réglé, dans lequel il a eu à soutenir l’accusation.

Pour peser encore plus lourd : sur la couverture du livre figure la photo de ce Monsieur en grand apparat de procureur. Tout ça me paraît « singulier » au regard de l’obligation de réserve que doit respecter tout magistrat en exercice et fort éloigné de l’obligation d’expression prudente nécessaire pour qu’un écrivain puisse bénéficier de la présomption de bonne foi.

Et, naturellement, en infraction à la règle absolue de l’enquête contradictoire, M. Kross « instruit à charge », sans jamais avoir tenté de me contacter avant publication pour obtenir une réponse à insérer dans son texte.

Voici les éléments du dossier.
Les propos de M. Kross

« Quand je lis avec étonnement sous la plume d’un journaliste de rue89 que j’ai invectivé à la fois Yvan Colonna et la défense, je suis non seulement surpris mais scandalisé. Aucun exemple précis n’est donné. Rien. Ce journaliste a manifestement la mémoire fragile ou un problème d’audition. A-t-il oublié que nous avons été traités de magistrats faussaires, etc. Mais peut-être est-ce l’illustration de ce qu’un journaliste m’indiquait être la différence entre la chronique judiciaire et l’idéologie judiciaire. Et l’idéologie ne fait jamais bon ménage avec la vérité car elle se veut LA vérité. »

Suit un long développement sur l’attitude de Colonna qui relève du réquisitoire, en effet, mais pas d’un texte publié, exigeant la prudence et la circonspection chez son auteur. Et M. Kross n’a lu que ce qu’il voulait bien lire. Or toute phrase a son sens strict, M. Kross en la citant selon ses vues a déformé ce sens.
Il ajoute :

« J’ai démontré qu’Yvan Colonna est le tireur, l’exécuteur, le bourreau[ …– Je serai furieux et blessé et écoeuré lorsque je lirai sous la plume d’un très vieil ami qui traîne sa retraite insupportable dans les colonnes de rue89 que « Les deux magistrats se sont contentés de paraphraser à n’en plus finir les 170 pages de l’acte d’accusation, accumulant les charges parfois fantaisistes contre le prévenu, imputant aux mensonges tout témoignage à décharge ; multipliant les attaques -pour ne pas dire les invectives- contre Colonna et ses avocats, absents, auxquels ils reprochent d’avoir déserté les débats, une désertion qu’ils tiennent pour une forme de preuve. »
« A aucun moment nous n’avons manié l’invective [… ] », soutient cependant M. Kross, qui ajoute un propos tout à fait gratuit :
« A chacun sa déontologie car cet article ne reflète rien cette vérité et constitue plus l’expression d’une idéologie judiciaire qu’une chronique d’audience ».

Je vois cependant dans le livre de M. Kross qu’il continue à invectiver et les avocats – Me Sollacaro en l’occurrence – et M. Yvan Colonna. Il insiste en pp 247 et 248, notamment en dressant un portrait pour le moins chargé de M. Colonna, « à la fois fuyant et indifférent […] Il n’y a pas de cohésion entre [les avocats]. »

Il s’en prend directement à ma personne. Je constate que le principal argument asséné et à mon encontre et contre les avocats de la défense est de n’être pas venu le congratuler après le réquisitoire.

«  Certains journalistes sont venus spontanément pour nous dire que nous avions fait du bon travail ».

Ce qui est, notons-le, parfaitement contraire à la déontologie journalistique.

Son souci de ne pas me citer tout en me localisant avec soin démontre sa volonté de nuire tout en échappant aux critiques éventuelles. Or la jurisprudence nous indique que l’absence de citation du nom n’exonère pas l’auteur de ses responsabilités si les éléments de localisation sont clairs.

Je retiens trois phrases qui se veulent assassines.
1/ p 246 Peut-être est-ce l’illustration de ce qu’un journaliste m’indiquait être la différence entre la chronique judiciaire et l’idéologie judiciaire. Et l’idéologie ne fait jamais bon ménage avec la vérité car elle se veut LA vérité. »
2/ p 256 Ce journaliste a manifestement la mémoire fragile ou un problème d’audition.
3/ p 256 Un très vieil ami qui traîne sa retraite insupportable

Alors que la première phrase met en cause ma compétence personnelle et ma pratique professionnelle, les deux autres ont pour but de me dénigrer, de me dévaloriser. Dans des termes à la fois injurieux et diffamatoires, en dépassant largement les limites autorisées de la polémique.

Je note d’ailleurs que Kross respecte à merveille la présomption d’innocence, une fois n’est pas coutume, qu’il méprise Colonna “l’assassin” mais que toute la promotion de ce livre est basée sur le fait qu’il a été l’avocat général de ce procès.

 » Je note, m’écrit mon correspondant, que sa critique de vos articles est plus basée sur votre âge ou le fait que vous publiez pour un site Web que sur le fond de vos propos. De là à penser qu’il n’avait aucun autre moyen de se défendre… »

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14 Réponses to “Les coups de pied d’un « vieil ami ».”

  1. Fabien Says:

    C’est un «ami de trente ans», comme on disait au RPR ?

    Sur le fond de ce qu’écrit cet «ami», je relève qu’il dit de Y. Colonna qu’il ”est le tireur, l’exécuteur, le bourreau”.
    Y a-t-il eu torture ?
    Je ne connais pas bien le dossier, pas plus ni moins que n’importe quel Français moyen je pense, mais Yvan Colonna nous a, de mémoire, toujours été vendu comme l’instigateur (parfois présumé) d’un assassinat qui fut violent. Dans mon esprit, le terme de bourreau ne signifie pas nécessairement une issue fatale, mais signifie obligatoirement une action longue et douloureuse. Contradictoire, en tout état de cause, avec tout ce que j’ai toujours lu et ouï.

  2. marie-ange Marie Says:

     » A aucun moment nous n’avons manié l’invective » Même pas, Mr Kross, lorsque, citant Audiard, vous lancez à Mr Vinolas ( que vous avez vous même fait citer)  » Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard » .
     » Tout est précis, concordant, convergent, tout se recoupe et cela constitue l’épine dorsale de la culpabilité d’Yvan Colonna », déclare Mr Kross lors de
    son réquisitoire.Bien; assurément je n’ai pas ses compétences ni sa clairvoyance, car voilà ce que retient un citoyen lamba ( au nom duquel la justice est sensée être rendue) à l’issue de ce procès:
    – tout d’abord l’absence de preuves matérielles à l’encontre de l’accusé.
    – puis la déclaration d’un expert en balistique selon laquelle le tireur est plus grand que la victime ( ce qui n’est pas le cas d’Yvan Colonna);
    – ensuite, la fermeté et la précision avec laquelle les témoins oculaires disculpent l’accusé;
    – un scénario du crime incohérent démonté par ces mêmes témoins oculaires qui n’ont vu que 2 personnes sur la scène du crime- théorie confirmée par le Juge L.Levert lors de sa déposition le 18/3/2009; thèse qui exclut Yvan Colonna de la scène du crime.
    – enfin, des écoutes téléphoniques de décembre 1998,confirmées par P.Frizon lors de sa déposition du 4/3/2009,non versées au dossier; écoutes qui contredisent la thèse de l’accusation (décidement bien fragile) selon laquelle le nom d’Yvan Colonna serait sorti spontanément des garde à vue.
    Thèse également mise à mal par le livre d’Amaury de Hautecloque(ancien patron du raid) qui confirme que de février à avril 1999 des équipes surveillaient les faits et gestes des frères Colonna ( soit avant les garde à vue).
    Mr Kross se targue d’avoir été félicité par des journalistes? Cetes, obtenir une condamnation à perpétuité dans ces conditions est à noter dans les annales de la justice française!
    Mais, son ego lui a certainement masqué certains articles: ainsi, S.Durand Souffland, qui titre dans le Figaro  » le don d’ubiquité d’Yvan Colonna n’émeut pas les assises », semble douter que « tout est concordant et convergent ». De même le titre de Lbé « Le procès tangue, pas le verdict », ou les déclarations de JM Aphatie selon lesquelles « on ne peut en France condamner un individu sur une présomption de culpabilité ». Même Alain Duhamel, lors de son passage au grand journal de Canal+ s’est étonné que le procès n’est pas été renvoyé et l’enquête réouverte!
    Que reste-t-il à l’accusation? Les aveux rétractés des membres du commando et de leurs épouses? Un peu mince comme épine dorsale…
    En outre, mr Kross a déploré l’absence d’éléments nouveaux par rapport au 1er procès; alors pourquoi avoir durci la peine en appel?
    Ah oui: au nom des intimes convictions de Mr Kross…

  3. phmadelin Says:

    Bravo pour votre réponse. J’ai bien envie de l’utiliser sur mon blog : en effet, les commentaires n’apparaissent pas au premier plan, et vos observations sont tout à fait pertinentes, dommage de les laisser en deshérence.

  4. phmadelin Says:

    Salut. Observations pertinentes. Les plus intérssantes sont évidemment celles des non spécialistes.

  5. marie-ange Marie Says:

    A votre service; je vous avais bien dit que vous étiez un trublion de
    l’information…
    En revanche, si vous espériez être cité à l’ordre du mérite, c’est râpé,
    c’est Billy qui va être fait chevalier…. Qui? Allez, je vous laisse chercher
    un peu …
    Cordialement

  6. Tita Says:

    On ne se défend pas contre quelque chose qui ne nuit pas. Si on se défend (et visiblement, tout le long du livre), c’est qu’on est passablement touché par la justesse de la critique.

    De fait, ce livre vous critique d’autant plus que vous mettez le doigt là où ça fait mal. Plus qu’une critique, ce livre fait alors l’éloge de vos remarques (si elles n’avaient pas été pertinentes, vous ne seriez pas dans son livre).

    Maintenant, comment se défend-t-on ?

    Par une réponse intelligente (reprises des critiques pour y répondre)?
    Par une réponse qui s’affirme en critiquant l’auteur des critiques ?
    Chacun jugera.

    En même temps, je ne peux pas m’empêcher de penser à une chose. Quand on se retrouve l’instrument d’une chose (une décision d’Etat d’avoir un coupable par exemple) et qu’on est réduit à exécuter cette décision, on va tenter par tous les moyens de rationaliser (de trouver des arguments, même bidons) pour se dire qu’on le fait parce que c’est aussi la bonne décision et qu’on l’aurait prise aussi (ça restaure notre indépendance et notre liberté ressentie). C’est d’autant plus remarquable qu’on a une forte estime de soi-même et une place intéressante dans la hiérarchie sociale… A méditer ?

  7. Frédéric Says:

    Très intéressant ce billet !
    Il faudrait que je me procure le livre de M. Kross un de ces jours. Au fait, cher Philippe, avez-vous lu le mien ? Je souhaiterai connaître votre opinion à son sujet.
    Amicalement,
    Frédéric.

  8. phmadelin Says:

    Comme toujours, parfaitement intelligent. Et juste ! Quand rentrez-vous en France, pour que nous puissions discuter de vive voix ?

  9. phmadelin Says:

    Ni au Mérite, ni rien du tout. En revanche, cette petite histoire risque de coûter sa Légion d’honneur à Kross !

  10. phmadelin Says:

    Ni au Mérite, ni rien du tout. En revanche, cette petite histoire risque de coûter sa Légion d’honneur à Kross !

  11. Cécile Says:

    Ah, je vois que vous avez consulté/acheté (rayez la mention inutile) le chef d’oeuvre de notre avoc

  12. Cécile Says:

    Ah, je vois que vous avez consulté/acheté (rayez la mention inutile) le chef d’oeuvre de notre avocat général préféré! Vous avez donc pu constaté par vous-même le manque de fondement de ces accusations, que ce soit contre vous comme contre M. Colonna et ses défenseurs.

    Je maintiens que se faire de la publicité sur le dos d’une personne accusée, et donc encore présumée innocente (mais oui, la présomption d’innocence M. Kross, rappelez-vous de vos cours de droit!) est indécent et abject. Quelle belle illustration de la déontologie de cet homme! J’espère que M. Colonna, sa famille et ses avocats sont au courant de tout ce cirque et sauront s’en servir lors d’un prochain procès (enfin si le pourvoi en cassation est accepté)!

    L’ensemble des passages sur l’affaire Colonna est de toute façon basé soit sur des approximations, soit sur des mensonges ce qui est un comble pour un avocat général censé représenter le peuple français au tribunal. N’a-t-il pas honte de trahir à ce point ses concitoyens?

    Pour finir, un lien vers des commentaires d’articles de Libération :

    http://libeplus.liberation.fr/membre/roland42/commentaires

    Le deuxième (posté le 26 mars et intitulé « Colonna victime d’un adjectif ») est particulièrement intéressant. Je n’étais pas au courant de la plupart des points soulevés pour démontrer la non-cohérence des accusations du commando, hormis Pietrosella avec un Colonna présent dans les 2 groupes (encore une autre preuve de son don d’ubiquité probablement). Ces contradictions ont-elles été soulevées à l’audience ou « involontairement » oubliées par Wacogne & Cie?

  13. Cécile Says:

    PS : Suite à un bug au moment de poster, j’ai cru que le commentaire n’avait pas été enregistré et j’ai dû le réécrire. J’ai compris par la suite que le premier avait peut-être été posté même si aucun des deux au final ne s’est affiché. Veuillez m’excuser pour ce « doublon »!

  14. Cécile Says:

    PS n°2 : Je m’étais trompée, il cite bien Rue 89. Un semblant de courage donc…

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