Recherche : affaire Geisser-Fonctionnaire de défense du CNRS

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Esther Benbassa prend fait et cause pour Vincent Geisser
Vincent Geisser, chercheur au CNRS, vient d’être convoqué devant une commission de discipline dans son institution. L’un des motifs de cette convocation est le manquement à l’obligation de réserve qui s’impose aux fonctionnaires.
En tant que chercheurs, universitaires et intellectuels, nous n’avons évidemment pas à nous soumettre à une telle obligation. Cette entrave à notre liberté de pensée et d’expression pourrait être lourde de conséquences.
Vincent Geisser va passer en commission le 29 juin. Je le connais par ses travaux et par notre fréquentation, ensemble, des mêmes colloques. Ses collègues de laboratoire le soutiennent et ont fait une motion pour le faire savoir. Moi, en tant qu’enseignante-chercheur, je me sens directement touchée.
L’annulation de ce conseil de discipline ferait jurisprudence en la matière.

Résumé de l’histoire
En tant qu’auteur de l’ouvrage La Nouvelle islamophobie, paru en septembre 2003 aux éditions La Découverte et qui a connu une certaine médiatisation (10 000 exemplaires vendus), V. Geisser a fait l’objet de nombreuses attaques provenant de différents milieux, notamment de l’extrême droite. Ce rappel permettra de comprendre beaucoup de choses et, en particulier, la surveillance étroite dont il a fait l’objet de la part du Fonctionnaire défense du CNRS. En septembre 2004  se manifeste pour la première fois le Fonctionnaire sécurité de défense (FD) du CNRS. Il annonce que l’IREMAM ( Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman) va être prochainement classé en « établissement sensible » et qu’il appartient au directeur de l’Unité de lui fournir mensuellement la liste des stagiaires étrangers hors-Union européenne.

C’est devenu une pratique routinière des directeurs de laboratoires du CNRS que de transmettre chaque mois la liste des « étrangers » travaillant dans leurs murs. En somme, l’email du Fonctionnaire défense tend à accréditer l’idée que cette enquête sociologique – pourtant banale – constitue une enquête « sensible » dans un établissement « sensible », touchant une population « sensible », sur une zone géographique « sensible » (le Maghreb et le monde arabe en général).
Le Fonctionnaire défense ne lâchera plus Vincent Geisser. A partir de septembre 2004, il ne ce cessera de faire pression sur les instances locales, régionales et nationales du CNRS afin de le limiter dans ses activités scientifiques et intellectuelles, allant jusqu’à exiger des sanctions à son égard.

En juillet 2008, la directrice SHS (sciences humaines et sociales) du CNRS, Marie-Françoise Courel, prévient oralement l’un de ses collègues, directeur de recherche, que le Fonctionnaire défense veut obtenir des sanctions à son égard pour ses écrits d’opinion
Geisser adresse un message privé et personnel par email au Comité de soutien de la jeune allocataire de recherche […] A aucun moment, il ne met en cause le CNRS en tant qu’institution scientifique. Il s’étonnait simplement que la logique sécuritaire finisse par prévaloir sur la logique de la science et de la diffusion du savoir.

Ce mail est à l’origine d’une demande de sanction disciplinaire.

Ce qu’il faut bien appeler « l’Affaire Geisser / Fonctionnaire Défense » s’inscrit sur le long terme (2004-2009) et non simplement dans la « temporalité » de ces dernières semaines, fruit d’une attitude de suspicion et de pratiques concrètes de surveillance de ses écrits et de sa pensée qui ont souvent frôlé le harcèlement moral et ont nui à ses activités de chercheur et d’universitaire. Sur un plan plus général, cette affaire traduit l’intrusion inquiétante de logiques policières et sécuritaires au sein même des milieux scientifiques et universitaires, dont la finalité est de contrôler la production et la diffusion du savoir.

Compléments apportés par Mme Benbassa

Chers collègues, chers signataires ou non-signataires de notre lettre ouverte à Valérie Pécresse,

Mercredi 10 au soir, la conseillère de Mme Pécresse pour les sciences humaines m’a téléphoné pour me demander de plus amples détails sur l’affaire V. Geisser. Pour ma part, j’ai demandé la suspension de la procédure disciplinaire engagée par le CNRS et le retrait de la plainte déposée en justice par J. Illand.

Je vous adresse en document joint la lettre que Mme Pécresse vient de m’envoyer, suite à cette conversation. Est-elle en mesure d’apaiser nos inquiétudes ? A vous d’en juger.

En ce qui me concerne, je considère que dès lors que « la liberté de pensée et d’opinion des chercheurs » est expressément garantie par Mme la Ministre, que le dossier constitué contre V. Geisser ne comporte en tout et pour tout qu’un mail, et que ce mail est privé (diffusé à l’insu de son auteur et contre sa volonté), il n’y a en tout état de cause ni diffamation susceptible de justifier une procédure judiciaire, ni matière à la réunion d’un conseil de discipline.

Pour garantir dans les faits et par l’exemple « la liberté de pensée et d’opinion des chercheurs », il convient de permettre à V. Geisser de sortir la tête haute de cette affaire. En revanche, si ce conseil de discipline se réunit, et pire le condamne, cela fera jurisprudence. Et l’on ne peut oublier que cette convocation intervient après quatre ans de harcèlement. Nous devrions soutenir V. Geisser jusqu’à ce que le CNRS suspende toute procédure à son encontre.


 

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Une Réponse to “Recherche : affaire Geisser-Fonctionnaire de défense du CNRS”

  1. jean-pierre Vernet Says:

    Le manquement à l’obligation de réserve qui s’impose aux fonctionnaires ?

    Selon http://www.fonction-publique.gouv.fr/article518.html?artsuite=7 La réserve n’a pas trait uniquement à l’expression des opinions. Elle impose au fonctionnaire d’éviter en toutes circonstances les comportements portant atteinte à la considération du service public par les usagers.

    Mais à ce compte là, toute analyse organisationnelle est condamnée soit à l’éloge soit à être muette (de peur d’atteinte à la considération du service public). On risque alors d’en arriver à un système vide et inefficace mais auréolé d’une image positive (ou du moins, pas négative). C’est triste de préférer l’illusion à la réalité car ne pas dénoncer les problèmes, c’est évidemment ne pas les régler.

    Si en plus, on rappelle qu’il s’agit d’intellectuels et de chercheurs dont la liberté d’expression est l’outil de travail, c’est pour le moins inquiétant. Cela signifie que les chercheurs sont autorisés à révéler des vérités que si elles ne remettent pas en cause les vérités politiques. C’est donc la soumission du scientifique au politique. Donc soutien !

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