Université : se souviendra-t-on du printemps à l’automne ?

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

La presse a diffusé comme un bulletin de victoire « Toulouse le Mirail s’est rendu .» C’était la dernière université bloquée par les étudiants. Le gouvernement a crié victoire, puisqu’aucune opposition parlementaire assez puissante ne peut contrecarrer ses desseins.

Mais, qu’on ne s’y trompe pas. Le problème reste entier. Le problème de la méfiance quasi viscérale de la jeunesse étudiante à l’encontre du Président et de son gouvernement incarné par la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pecresse. Parmi les questions qui restent pendantes, la mastérisation.

Philippe Mahrer, directeur du Collège des Ingénieurs et membre de la Commission université emploi, estime que la volonté de transformer cette mastérisation a fait basculer les étudiants – surtout des étudiantes – dans un mouvement lancé par les profs.

Parce que la formation des maîtres se joue dans les facs de lettres, et qu’elle concerne essentiellement les filles : d’après Mahrer, elles représentent 80 % des enseignants du Primaire, et 70 % dans le Secondaire. Le Mirail, la Sorbonne et les autres fac en pointe de la grève étaient des fiefs de futures enseignantes révoltées qu’on escamote leur période de formation en alternance – via la « masterisation ».

Puis, comme souvent chez les étudiants, le mouvement a basculé dans une revendication plus large comme en témoignent des grafs comme « Grèce générale » et « rave générale » Comme je l’ai déjà relevé, dans « Le Monde » du 2 juin, Valérie Pécresse reconnaissait les erreurs commises après le vote, relativement facile, de sa loi LRU en 2007.

Si le gouvernement semblait sincèrement décidé à revaloriser l’université, la façon de s’y prendre a blessé la fierté des universitaires. Des universitaires depuis toujours malmenés par des gouvernants d’une rare lâcheté à l’égard des problèmes de l’université, le non financement de sa démocratisation, d’où un énorme taux d’échec qui avait fini par faire rimer fac avec chômage, ont été autant d’impressionnantes formes d’un mépris devenu, sur la durée, un ferment d’explosion. Avec pour conséquence un immense « mal français » : l’enseignement supérieur à deux vitesses, composé de deux parties : université et grandes écoles.

Le pouvoir semble considérer que si les universités ne marchent pas, ce n’est pas grave : la fabrique de professionnels et d’élites dans les Grandes Ecoles, elle, tourne à plein. Cette question a été vaguement posée, le gouvernement a ramené l’ordre dans les facs sans y répondre. On n’aime jamais les étudiants d’université et leurs profs : pourquoi se mêlent-ils donc toujours de râler ?

Le seul à bien s’en tirer est Richard Descoings. En refusant toute possibilité de devenir ministre, le patron de Sciences PoI a été digne. Il a rendu le rapport sur les lycées qui lui avait été commandé, il s’est ensuite retiré dans son école, avec ses jeunes déjà élites avant l’heure. Mais dont il avait entr’ouvert la porte aux jeunes « méritants » issus des établissements difficiles.

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