Enseignement : plus jamais sans internet

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Le numérique est désormais au cœur de la révolution dans l’enseignement.

Toute avancée vers une réforme de l’éducation semble vouée à l’échec.
Tant de ministres se sont déjà heurtés à un mur quand ils ont voulu aborder la question.

Je me souviens… Je tournais un documentaire de fond pour le magazine « Vendredi » – FR3, 1976 – , il fallait en 52 minutes tordre le cou à la C.lection par les Maths, un thème cher à la pédagogue Stella Barruch. Avant, il y a eu Fontanet, après Haby, Devaquet, Jospin, Allègre… Maintenant Darcos. Tous arrivés avec la volonté de réformer, la plupart partis avec la queue entre les jambes. Réformer, réformer, laisser son nom accolé à une réforme. Prétendre bâtir un futur meilleur grâce à la réforme de l’enseignement.

Ils se cassent tous les nez.

« Normal, lâche sur un ton désabusé un inspecteur d’académie. Le monde de l’Education nationale est allergique à toute réforme. »

Alors on continue, va comme je te pousse. On continue face à des lycéens et des étudiants qui semblent n’en avoir rien à cirer.

Les réformes passent…

Comme dans l’univers de Dino Buzatti, les réformes passent sans qu’on s’avise que la vraie réforme est arrivée toute seule. Arrivée et appliquée sans tambour ni trompette. Les prof s’en aperçoivent, certes, mais sans pouvoir déterminer de quoi il s’agit. Pourquoi les gamins et les jeunes qu’ils sont censés instruire ne semblent guère concernés par l’enseignement traditionnel qui leur est délivré.

Ils ne semblent pas concernés, et pourtant, quand on les interroge, on s’aperçoit qu’ils savent. Ils sont parfaitement au courant du monde. Monde culturel de leur musique, de leurs bouquins ; mais aussi monde économique, monde politique. Quand vous parlez avec eux, rien de notre monde à nous ne paraît leur échapper. Alors que nous ne savons rien d’eux.

Loin de l’image de brutes épaisses et ignares qu’on veut leur coller, ils manifestent des connaissances encyclopédiques bien que parfois pour le moins désordonnées. D’où tirent-ils leurs connaissances ?

Observez-les d’un peu plus près. Evidemment, pas de journaux dans les mains. Peu de livres. Mais le casque sur les oreilles. Dans le casque, il y a la musique diffusée par un lecteur MP3, mais aussi la radio. Et, beaucoup plus souvent qu’on l’imagine, des programmes à vocation de connaissances relayés par une radio ou l’autre, ou tout simplement enregistrés grâce à une clé USB.

Maintenant, avec leur I.pod ou leur blackberry, ils ont accès à jet continu à l’information.

Leur monde n’est plus votre monde. Vous avez été élevés dans le culte du Livre, de l’Ecrit, eux ils s’en fichent. Ils sont passé dans un autre univers, l’univers virtuel du son et du numérique.
Et d’internet.

Ils passent des journées entières non dans les arbres, mais devant leur ordinateur, ou le regard ancré sur le mini écran de leur I.Pod.. Pour tchatcher, certes, mais aussi pour chercher, chercher en encore, assouvir un incroyable besoin de connaissances.

D’ailleurs, même topo à l’Ecole, au collège. Les gamins savent tous dépanner les outils informatiques de grand père ou de Grand Maman. Ils dépannent, parce qu’ils pratiquent.
Comme l’observe Christian Bonrepaux dans Le Monde ( 15 avril),

« du primaire à l’enseignement supérieur, rares sont aujourd’hui les établissements qui ne sont pas connectés à Internet. Les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement.(TICE) permettent d’ores et déjà de rendre transparents les murs de l’école. L’ordinateur et Internet permettent l’irruption du monde dans la classe. Ce n’est pas une image : les cours de géographie, en primaire ou dans le secondaire, suscitent un intérêt renouvelé de la part des élèves depuis que les enseignants leur font utiliser le logiciel Google Earth. Ils se sentent les maîtres d’une planète dont ils peuvent faire apparaître un détail sur l’écran de leur ordinateur. »

Je me souviens d’avoir visité une « bibliothèque » à Cortez. une ville du Nouveau Mexique, une très belle bibliothèque, mais presque sans livres, on ne voyait que des écrans sur les tables.

Du coup, le statut du prof change de façon radicale. Tapi derrière sa chaire, debout devant le tableau noir, dominant la classe sur l’estrade, hier il était maître après Dieu de tous les savoirs, il monopolisait la pédagogie, le voici ravalé au rang de conseillers de ces jeunes gens.

« Il devient celui qui valide les recherches, aide à repérer les sources dignes de confiance, développe l’esprit critique d’élèves qui travaillent en groupes. L’école s’étend hors les murs. Les interventions de l’enseignant se multiplient en dehors du temps scolaire : via l’espace numérique de travail (ENT) – un espace Internet commun à tous les intervenants de l’établissement scolaire -, il fait parvenir des documents à ses élèves, leur donne à faire des exercices. Quand l’enseignant les reçoit, il les corrige et les renvoie annotés […] Les technologies actuelles semblent donner raison au discours tenu il y a dix ans annonçant, avec l’ère du numérique, la fin de l’enseignement traditionnel, l’éclatement de la classe, et la disparition du découpage de la semaine en juxtaposition de séquences horaires non poreuses entre elles […] Dans chaque établissement du secondaire, deux ou trois enseignants innovants, sous le regard poli de leurs collègues, développent, à grand renfort de travail personnel et quand rien ne les y oblige, des séquences de cours sur ordinateur auxquelles leurs élèves ont également accès de chez eux. »

Avant de laisser à d’autres le soin de décrire ce nouveau monde, je voudrais m’arrêter sur un exemple saisissant de transmission du savoir. Alors qu’il dirigeait le centre pénitentiaire de Nantes, Yves Jego s’était inquiété de l’illettrisme massif parmi les détenus. Aucun moyen ne semblait opérant pour remédier à cette situation. Avec ses collaborateurs, il a imaginé de se passer des moyens traditionnels, de « faire l’impasse » sur l’apprentissage traditionnel. Tous les détenus se sont vus proposer un apprentissage direct de la lecture et de l’écriture au moyen d’ordinateurs. Plus de plume, plus de crayon, plus de BaBa, mais l’usage direct du clavier. Et la méthode a réussi.

J’en tire une conséquence fondamentale, incontournable en matière de pédagogie, d’organisation de l’enseignement, et, de par le fait, pour la conception d’une nouvelle forme de transmission du savoir. Une nouvelle voie qui doit guider toute réforme du monde scolaire.

Il paraît vain, et même risible, de s’attacher à organiser des cycles, des filières, des cours plus ou moins magistraux. De réfléchir au statut de l’enseignant. Le grand problème à résoudre est désormais l’encadrement des connaissances et non plus leur transmission. Malgré tous les efforts de technocrates, aucune « réforme » de l’enseignement n’aura la moindre chance de s’imposer si, d’abord, elle ne s’attaque pas de front à cette nouvelle réalité. Aucun enseignement ne pourra se passer du monde numérique. Et comme l’observe une de mes correspondantes appartenant elle-même au monde scolaire, « les profs ont intérêt à se bouger. »

Il y a une trentaine d’années, quand la télévision a commencé à se répandre dans les foyers, les enseignants sont montés au créneau pour dénoncer cet outil d’abétissement majeur. La télé, prétendaient les profs, empêchaient les gens d’apprendre. Or il s’est passé exactement le contraire.

On estime même que la télévision a été un vecteur fondamental pour la modernisation des intérieurs, pour le confort sanitaire, entre autres. Le modèle d’intérieurs popularisé par la télévisions’est imposé, contre l’obscurantisme d’autrefois.

Désolé, c’est un peu long pour un texte de blog, mais impossible d’être plus bref. Et j’attends vos réactions.

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