Liberté de la presse

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Je ne peux donc que m’associer à l’appel d’Edwy Plenel. Le fondateur du site d’information Mediapart appelle ses confrères à « se battre » contre le pouvoir présidentiel qui « empiète sur la liberté de la presse », et appelle les citoyens à former « un grand front sur la question de la liberté de l’information ».

J’ajoute que cet appel peut et doit s’étendre à la liberté de publication, dans le domaine de  l’édition. De nombreux projets sont bloqués par les éditeurs par esprit d’autocensure.

Si on n’entre pas dans la ligne générale admise par le pouvoir et les groupes qui contrôlent les éditeurs de livres généraux, enquêtes ou roman, on n’a aucune chance de passer le soi-disant barrage du lectorat.

Ajoutons que ces éditeurs sont très souvent les mêmes que les éditeurs de journaux.

Je rappelle que ce blog a été créé avec l’objectif avéré de tenter de contourne la censure politique et économique exercée par les éditeurs.

Je peux ainsi mettre à disposition des textes voués à l’anonymat faute de pouvoir être édités.

Le dernier en date est un projet de livre enquête sur la réalité des pratiques judiciaires telles qu’on a pu les observer lors de grands procès récents, en particulier le procès Colonna.

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7 Réponses to “Liberté de la presse”

  1. marie-ange Marie Says:

     » Loin de refléter l’état d’esprit du public, la plus grande partie de la presse française ne reflète que l’état d’esprit de ceux qui la font. A une ou deux exceptions près, le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de notre presse. A la place de nos directeurs de journaux je ne m’en féliciterais pas; tout ce qui dégradeen effet la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude ».
     » La presse doit avoir l’obsession d’une revendication, celle de la justice »
    Ces affirmations de Camus sont plus que jamais d’actualité, et, prouvent bien ( si cela était nécessaire) que c’est vous qui faites votre métier de journaliste! Quant aux « autres », il faudrait trouver un autre nom pour qualifier leur « travail »!

  2. jean-pierre Vernet Says:

    Un homme (ou une femme) d’esprit dont j’ai oublié le nom (que cette personne m’excuse) avait dit : « La liberté, c’est comme la santé: quand on s’en occupe, c’est qu’on l’a perdu »

    Hélas, Périclès disait aussi que « il n’est pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. «  Aurait-on alors perdu la liberté et le courage de la défendre ?

    L’appel d’Edwy Plenel est sans nul doute possible très justifié ; mais au delà de l’indifférence de la majorité de ses collègues, ce qui m’attriste peut-être encore plus, c’est l’indifférence du lectorat. Ce dernier se contente stoïquement et parfois béatement alors des « informations » dument validées par l’élite gouvernante (politique et ploutocratique) ou flatteuses envers cette même élite.

    Si le lectorat ne défend pas aussi ses libertés, en refusant la bouillie prédigérée des « médias du type Radio-Paris » (petite pensée pour Pierre Dac), alors l’appel d’Edwy Plenel ne restera qu’un coup d’épée dans l’eau; une sorte d’appel à une liberté d’intellectuelle que seuls quelques intellectuelles reçoivent. Pourtant, le lectorat aurait bien tort de croire que la liberté de la presse n’est pas liée à sa (celle du peuple) liberté d’expression.

    Ainsi, Edwy Plenel a raison de dénoncer le cancer qui mine la liberté de la presse car l’indifférence qu’il rencontre démontre justement la généralisation des métastases et l’intensité de la maladie.

  3. phmadelin Says:

    Quand Vittorio de Filippis, ex-directeur de Libé, a été placé en garde à vue pour une affaire de diffamation, décision extravagante, attentatoire à la liberté de la presse (d’autant plus que Vittorio de Filippis n’était plus alors en fonction), une manif a été organisée au Palais de Justice. Elle a réuni à ma connaissance moins de quelques dizaines de participants presque tous journalistes. Le lectorat est malheureusement indifférent à ce genre d’atteinte aux libertés fondamentales.

  4. jean-pierre Vernet Says:

    J’ignorais que la manifestation de soutien à Vittorio de Filippis avait réuni si peu de personnes, mais cela illustre mes propos.

    C’est très regrettable que le lectorat ne réagisse pas plus aux menaces de la liberté de la presse. « On ne peut pas désirer ce qu’on ne connait pas » dit l’adage, et on ne peut pas remettre en cause ce que personne ne remet en cause. Jusqu’à ce que quelqu’un vienne nous dire en quoi un « savoir » est une illusion, on y croit comme à une évidence.

    Jusqu’à preuve du contraire, le rôle de ce quelqu’un, c’est celui du journaliste ou de l’écrivain.

    Ainsi, quand le gouvernement rogne sur la liberté de la presse, c’est moins pour viser la liberté de la presse que la liberté de penser du lectorat.

    En conclusion, on ne peut être libre de penser que lorsqu’on a non seulement les versions favorables aux gouvernements, mais aussi les autres.

    C’est ce que moult gens oublient en se contentant des versions gouvernementales. C’est aussi, sans doute, ce qu’on appelle la pensée unique. Seul ce qui est conforme à la pensée unique a une réalité. Tout ce qui la contredit devient infondé, irréel et est rejeté. Finalement, il me semble que c’est aussi ce qui caractérise le procès Colonna et l’anti-terroisme moderne : tout ce qui n’allait pas dans le sens voulu fut rejeté non pas comme des alternatives inacceptables (inacceptables en raison de fautes de raisonnement, de principes, etc…) mais comme des alternatives, des cognititions (des pensées) impossibles, en dehors du monde, qui ne peuvent pas être pensés.

    Cela me rappelle la célèbre étude de la prison de Stanford du chercheur Zimbardo. Il avait été témoin d’une arrestation plutôt violente et il s’était demandé si on recrutait les policiers sur la base d’un sadisme ou si le rôle de policier faisait devenir plus sadique. Pour répondre, Il avait invité 24 participants (des étudiants) qu’il a réparti aléatoirement en 12 prisonniers et en 12 gardiens. L’expérience devait durer 3 semaines, mais fut réduite à 4 ou 5 jours car l’éthique posait problème. Pourquoi cela posait problème ? Parce que les gardiens devenait effectivement plus sadique…
    et (et c’est là où je voulais en venir), les prisonniers commençaient à montrer des troubles psychologiques. Ils ne jouaient plus le rôle de prisonniers. Ils étaient devenus des prisonniers. Comme tous les participants à une étude, ils avaient pourtant le doit de dire « stop », j’arrête cette étude. Mais cette option était sortie de l’ordre du possible car il étaient devenus des prisonniers et on ne s’évade pas. Alors ils souffraient sans pouvoir sortir de cette souffrance. C’est pourquoi on ne peut sortir de la pensée unique qu’avec des journalistes qui en sortent aussi. Cela est vrai, indépendamment de la justesse de la pensée unique ou de la justesse de la pensée alternative proposée.

    Je me rend compte que pour vous, cette étude de la prison de Stanford peut vous intéresser. Si c’est le cas, il y a un lien où Zimbardo décrit bien son étude : http://www.prisonexp.org/ Vous avez aussi des films-documentaires tels que http://www.guba.com/watch/3000048452

  5. marie-ange Marie Says:

     » Jusqu’à ce que quelqu’un vienne nous dire en quoi un « savoir » est une illusion, on y croit comme à une évidence ». Cette affirmation me rappelle
    l’allégorie de la caverne décrite par Platon où les hommes sont enchaînés de telle sorte qu’ils ne peuvent voir que devant eux; la lumière provenant de derrière eux, ils n’aperçoivent que leurs ombres; les chaînes sont le symbole des croyances des certitudes des préjugés… Si l’ un des prisonniers est détaché et qu’on le force à se dresser « il souffrira et l’éblouissement l’empêchera de distinguer les objets dont tout à l’heure il voyait les ombres ». D’ où le déni de réalité.
    Le philosophe selon Platon, ou dans le cas présent le journaliste ou l’écrivain qui veut faire partager ses connaissances ou ses expériences à ses lecteurs, va se heurter à leur incompréhension mais aussi à une certaine hostilité: il est beaucoup plus confortable et rassurant de croire en nos habitudes et en les choses établies, comme la justice par exemple. Ce qui nous ramène inexorablement… au procès Colonna. Ce dernier fait un coupable idéal: il a pris la fuite, a été désigné par ses camarades et leurs femmes comme le tueur du préfet Erignac, tout dans son attitude le désigne comme Le Coupable: pourquoi remettre en question la décision de le condamner à perpétuité prise par la Cour d’Assise Spéciale composée de magistrats professionnels, décision confirmée en appel, et qui plus est aggravée d’une peine de sûreté de 22ans!? Ces hommes sont des professionnels, donc ils savent ce qu’ils font; de plus l’accusé ne s’est pas comporté comme aurait dû le faire un innocent! Donc il est coupable; » il faut croire en notre justice » est l’argument qui m’a été avancé régulièrement dès que j’abordais cette affaire. Peu importe que l’acte d’accusation soit « un tel néant ».
    Et, là, je reviens sur le commentaire de Jean-Pierre Vernet et sur l’étude de la prison de Stanford que j’ai lue avec intérêt ( merci pour le lien). Hallucinant, certes, mais ce qui m’a le plus frappée, c’est la rapidité avec laquelle les volontaires ont perdu leur identité et tout contact avec la réalité! On imagine aisément comment des aveux en garde à vue peuvent être orientés; souvenons-nous qu’en matière d’antiterrorisme les garde à vue durent…4jours! A bon entendeur…
    Cordialement,

  6. phmadelin Says:

    Le réseau continue à s’organiser. Pour mieux apprécier, regardez mon sujet (sur le blog) consacré à Poésie B. Je me dévoile un peu en le présentant. Cordialement. Mais, décidemment, difficile de se sortir de l’affaire Colonna, même si je ne peux la mettre en musique.

  7. jean-pierre Vernet Says:

    Chère marie-ange Marie

    La psychologie étant fille de la philosophie, il n’est pas impropre de faire le rapprochement avec l’allégorie de la caverne de Platon. Cependant, la psychologie peut permettre de préciser cette allégorie car on ne résiste pas toujours à la désillusion. On est alors comme l’enfant qui apprend que la terre n’est pas plate comme il le pensait mais sphérique. On change juste une connaissance par une autre. Idéalement, ce devrait toujours se passer ainsi. L’étude d’un message argumenté nous persuade et, patatras, nous voilà sortis de la caverne !

    Hélas, Platon a souvent raison. On résiste à changer et pour plusieurs raisons :
    1) des raisons mécaniques. Ainsi, pour perdre du temps et de l’énergie à traiter le message argumenté, il faut être motivé. Par exemple, on motive souvent nos étudiants en leur rappelant qu’il y a un examen (c’est très efficace ;-). Cependant, la motivation n’est pas suffisante, il faut encore être compétent. Vouloir lire un texte en mandarin sur un sujet qui nous passionne risque d’être difficile si on ne sait pas lire le chinois. Pour résumer, on a de fortes chances de faire un traitement en profondeur si le message argumenté nous motive et si on est compétent pour le comprendre.
    Sinon, on risque de faire un traitement superficiel comme par exemple, juger un texte (sans le lire) sur la base de l’expertise de son auteur. On va se dire « C’est un expert, alors il a sans doute raison ». Cependant, cette superficialité conduit à un moindre impact et comme on aime bien nos certitudes, on résistera plus à changer.

    2) Une connaissance (ou une illusion) n’a pas qu’une valeur épistémologique mais elle a aussi une valeur sociale. Elle peut être chargée d’une valeur sociale qui la rend vraie (ou plus vraie). La majorité des gens vont dire par exemple qu’on s’habille pour se protéger du froid. Alors pourquoi s’habiller en été ? La raison véritable est donc aussi une convenance sociale, ce qu’on appelle une norme sociale. La façon même de s’habiller est emprunte de normes sociales (ce qu’on appelle la mode).
    Ainsi, plus une illusion est, en fait, soutenue par une norme (racisme anti-corse par exemple), un engagement (avoir répété que Colonna est coupable depuis longtemps, cet engagement est d’ailleurs d’autant plus fort que celui qui l’affirme est soit-disant compétent -comme un juge- etc…), plus il est encore difficile de briser les chaines qui nous relient à cette illusion. Bref, sortir de cette caverne requiert non seulement de remettre en cause notre illusion, mais aussi la norme sociale, les habitudes, notre prestiges, etc… (mille choses qui relèvent de l’irrationnel, de l’émotion, etc…)

    C’est pourquoi l’homme civilisé a inventé la justice : éviter que l’émotion et l’irrationnelle n’empiète sur le rationnel pour émmètre un jugement juste. C’est pourquoi aussi, ce procès est un désaveux de justice.

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