Piraterie : de la réplique préventive et de la disparition des ressources de pêche

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Au centre du débat sur la répression de la piraterie, l’expression « réplique préventive ». L’affaire du Nivôse (11 pirates interceptés avant de pouvoir attaquer) est à cet égard caractéristique.

Le commandant de bord croit constater une attitude hostile des deux petits bateaux pirates, il met un dinghy avec commandos à la mer chargés d’attaquer les pirates avant qu’ils ne soient passés à l’acte.

C’est typiquement une action de prévention. La formule de « réplique préventive » n’est peut-être pas très bien choisie, mais elle correspond à la réalité.

On peut répliquer à une action dont on pense qu’elle va avoir lieu car toutes les conditions sont réunies.

Peu ou prou toute l’opération Atalante repose sur ce concept de prévention.

En droit français actuel l’incrimination d’Association de malfaiteurs en vue d’une action terroriste entre dans cette perspective. On poursuit l’intention et non l’acte lui-même.

Mais cette incrimination n’est pas applicable à la piraterie 1/ parce qu’elle n’est pas expressément mentionnée dans la loi 2/ parce que les actes de piraterie se déroulent en haute mer, hors de toute juridiction légale.
En vérité les juristes suggèrent qu’il faudrait créer une incrimination spécifique
« Association de malfaiteurs en vue de commettre un ou des actes de piraterie ».

Pour autant, je pense que ce ne serait pas simple car de nombreux principes fondamentaux du droit international sont en cause. Il ne suffit pas d’un clic pour résoudre ce problème épineux.

Quant aux pirates et à la piraterie, les spécialistes observent que le mouvement de fond, commencé au début des années 1990, est directement lié aux pratiques de surpêche des flottes armées par les pays surdéveloppés.

Devant la disparition de leurs ressources traditionnelles, pour survivre les pêcheurs côtiers se sont lancés dans la piraterie, version locale du hold up. Il ne s’agit pas d’excuser, mais de comprendre.

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2 Réponses to “Piraterie : de la réplique préventive et de la disparition des ressources de pêche”

  1. marie-ange Marie Says:

    Cet arcicle m’ amène à me poser 2 questions:
    1) jusqu’à quel point peut-on aller dans le »procès d’intention »? ( toujours l’utopie du  » risque zéro »…)
    2) ne serait-il pas plus judicieux d’agir en amont, et d’aider les pêcheurs côtiers, qui vivaient apparemment tranquillement, avant  » les pratiques de
    surpêche des flottes armées par les pays surdéveloppés »?
    Décidément, vous continuez votre travail de journaliste dans l’esprit du journal de Camus « Combat » et poussez votre lecteur à s’interroger.
    En réécoutant Brassens se qualifier » trublion de la chanson », j’ai pensé à vous, « trublion de l’information »!
    Cordialement,

  2. phmadelin Says:

    Vous êtes vraiment trop gentille à mon égard. J’aime la référence à Camus, j’ai d’ailleurs eu naguère l’honneur de publier quelques contributions dans ce quotidien, qui était de façon absolue politiquement incorrect. Mais savez-vous qui en a été le dernier propriétaire ? Un certain Smadja, qui n’était autre que le beau-père de… Patrick Balkany !
    Pour revenir aux pirates, il faut savoir que ce problème de la pêche ravageuse est généralisé à toutes les côtes des pays en voie de développement. Et nos pêcheurs à nous ne semblent pas comprendre qu’ils épuisent aussi leurs ressources. Qu’ils demandent donc à leurs frères de St Pierre et Miquelon avec la morue : toute la ressource morue a disparu. A quand des pirates de St Pierre et Miquelon ? C’est à peine une plaisanterie : durant le 19° siècle, les Saint-Pierre et Miquelonais organisaient des pièges à navires en allumant de grands feux sur les plages. C’est ainsi que le grand-père de Bertrand Delanoë a fait naufrage à St Pierre, et est devenu propriétaire d’une parcelle dans « L’île aux marins », qui se trouve en face du port de St Pierre.
    Enfin, continuez à me lire, nous finirons bien par trouver un moyen pour parler !

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