Université, Vadrot : une aventure au Jardin des Plantes

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Je répercute l’étrange et horrifique aventure survenue à mon vieil ami Claude-Marie Vadrot,

picture-50125-71a67b757f995c5db56d46a47b3c5d3bVadrot a raconté cette aventure le 31 mars sur son blog, sous le titre
La répression politique au quotidien: histoire d’une interdiction
Je suis inquiet, très, très inquiet…
Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature. Une façon, avec ce « cours hors les murs », de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.
Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles…
– « Monsieur Vadrot ? ».
– euh…oui
– Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit
– Pourquoi ?
– Je  n’ai pas à vous donner d’explication….
– Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?
– Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum
– Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte…
– C’est non….
Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.
Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commencer à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs et Alain Bué, insistent et menacent d’un scandale.
Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique :
– Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants…
Je promets et évidemment ne tiendrai pas cette promesse, tant le propos est absurde.
J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France.
Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur…
Compléments
J’espère que vous n’avez pas eu l’impression que je voulais relativiser vos propos ou douter qu’il fût légitime de s’inquiéter. J’espère aussi que ceux des commentateurs auxquels je me suis adressé ne s’imaginent pas autre chose de ma part qu’une volonté de rigueur dans l’appréciation donc de pertinence des alertes donc de leur crédibilité. Car nous ne pouvons rien tout seuls et c’est notre devoir de convaincre ceux qui ne voient pas malice; pas simplement de nous faire plaisir entre nous en « matraquant » l’infâme qui ne s’en portera pas plus mal.
Tenez nous au courant. L’attitude du directeur est très significative et ce genre de basse complaisance à l’égard des abus d’autorité doit être stigmatisée. Si les explications qu’il donne ne sont pas satisfaisantes, ne pensez vous pas qu’il faudrait le lui faire savoir de façon gênante pour lui ? Qu’il y ait un prix à payer. Internet offre en effet par son maillage une possibilité non négligeable. Hadopi, vous avez dit Hadopi ?
Je rapproche cette mésaventure (dont je n’ai ressenti que plus tard la gravité) de l’initiative d’EDF qui fait espionner Greenpeace.
Les enseignants du département de géographie (à commencer par ceux qui étaient sur place) me soutiennent et répandent cette histoire. Que peuvent-ils faire de plus ? Il vous donnent à tous rendez vous pour la « Ronde des obstinés » qui tourne 24 heures sur 24 devant l’hôtel de ville de Paris
Un soir t’en souviens-t-il nous voguions en silence vers le fascisme rampant, sur lequel nous portons un regard tétanisé. Aveuglés et désarmés par un imposteur que nous avons vu venir sans mesurer l’horreur vers laquelle il nous poussait…
Et nous sommes toujours là, sans vraiment réagir d’urgence, nous rassurant par nos hésitations et nos accommodements. Ce pouvoir est totalitaire. C’est un fait indiscutable.
On pourra toujours jouer sur les mots, mais nous sommes dans un système devenu une sorte de néo-totalitarisme bien concret et n’en déplaise à tous les dialecticiens, celui-ci est le descendant direct du pétainisme de Vichy version encore plus vulgaire et dangereuse.
Face à ce qui se passe aujourd’hui les superlatifs et les références historiques conviés ne sont pas vraiment abusifs, loin de là!!!
Inquiétant au plus haut point…
à toutes et à tous,
je crois que sur ce fil, nous sommes collectivement en train de mesurer comment le totalitarisme se solidifie.
Jusqu’ici, je ne m’étais jamais expliqué comment cela fonctionnait. Pourtant déjà au service militaire, j’avais pu mesurer comment entre appelés, à partir d’une société sans classes ni différences, des hiérarchies se formaient ainsi que des rapports dominant dominé.
En fait, les petits tortionnaires de proximité se révèlent et se suscient spontanément, initiés et encouragés par l’exemple venu d’en haut et se positionnent dans le système comme de la limaille autour d’un aimant.
D’ou qu’ils viennent, c’est le travers caractériel, le besoin de revanche qui prennent le dessus et les fait s’orienter dans le sens de la tyrannie.
C’est ainsi que de proche en proche, ils participent à la tyranie globale et finissent de rigidifier le système.
Le pire tortionnaire, c’est le voisin, le proche, l’aigri, le type qui cherche la revanche sociale, tous ces moindres qui se sentent devenir forts dans une ambiance générale de haine et de peur.
C’est en effet bien dans le détail que se détecte le parachèvement totalitaire, quand la société civile sécrète et libère ses petits tortionnaires.
Nous sommes en plein dans ce processus, c’est ce que révèle le billet de Paul Marie Vadrot ainsi que la multitude d’expériences personnelles de cet ordre que nous vivons tous.
Amicales salutations à toutes et à tous.
Le jeune homme qui m’a communiqué cette histoire ne peut savoir que je connais Vadrot depuis au moins 1967, nous oeuvrions dans le même groupe de presse technique. Vadrot a d’ailleurs été l’un des rares blessés graves des événements de 1968, il a reçu la « cuiller » d’une grenade offensive dans la jambe.
Nous étions tous deux lauréats de la bourse Zellidja créée par Jean Walther pour es jeunes aventuriers. Vadrot a été longtemps le responsable des anciens de cette bourse. Ensuite, nous sommes ensuite partis chacun de notre côté. Lui est parti sur les routes du monde – il est un immense grand reporter de la taille d’un Kessel ou d’un Albert Londres. Il a terminé sa carrière de journaliste par une série de reportages formidables publiés dans @ Le Journal du Dimanche.
Entre temps il est devenu l’un des tout premiers militants écolos. Un vrai. Pas de l’écologie de salon, comme le montre cette ultime « aventure au Jardin des Plantes ».

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Une Réponse to “Université, Vadrot : une aventure au Jardin des Plantes”

  1. Fabien Says:

    Une autre forme de terrorisme intellectuel :
    http://menilmontant.numeriblog.fr/mon_weblog/2009/04/gdf-suez-greve-à-grdf-des-coupures-de-gaz-a-paris.html
    de pression, si l’on ose dire, en matière de gaz…

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