Justice, Colonna condamné sans fondement

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Yvan Colonna condamné pour un crime sans fondement juridique : la fuite

Dans le procès qui vient de s’achever aux Assises, le principal argument, l’incrimination majeure de l’accusation et des parties civiles a été : Yvan Colonna est coupable puisqu’il a pris la fuite. La fuite en mai 1999 quand ses amis ont été arrêtés, la fuite encore  devant le tribunal en « abandonnant » le box des accusés. Une « fuite » qualifiée de tous les noms d’oiseaux.

Lâcheté a répété Me Philippe Lemaire à satiété.

Or cette incrimination est un pur mythe, totalement absente du Code Pénal, alors qu’elle n’a cessé d’apparaître comme un argument massue et décisif pour l’accusation. Le « Délit de fuite » n’existe que dans le Code de la Route, art 434-10 et 434-45 du Code pénal.

Au pénal, il est même considéré que la « fuite », c’est-à-dire l’action de se soustraire aux poursuites, surtout en l’absence de toute condamnation, comme dans le cas Colonna est une sorte de droit inhérent à la personne.

Et pourtant, c’est pour cette raison précise que le Corse a été condamné non seulement à perpétuité, mais encore à 22 ans de sûreté, une mesure qui est une « punition » supplémentaire.  A 49 ans, il ne peut en tout état de cause espérer être « élargi » avant ses 71 ans. Il ne sortira de cellule que comme un vieux. S’il persiste à pratiquer le sport intensif, il aura une petite chance de ne pas devenir fou.

Il a « pris la fuite ». Qu’est-ce que signifie cette formule cliché qui apparaît trop souvent dans les compte-rendu de faits divers ?

Je cite l’analyse lumineuse d’un internaute qui n’est pas corse, à ma connaissance. Il reprend la formule assénée par les Parties civiles «  un innocent ne fuit pas ».

« Mais où avez-vous trouvé la notice du parfait innocent, dans quel rayon des idées toutes faites ? Le contexte local à cette époque était si particulier…Ces centaines de personnes emmenées en garde à vue, voire incarcérées…Qu’eussiez-vous fait si votre nom était apparu soudain ? Avec en plus l’aval d’un ministre de la république ? J’ignore si cet homme est innocent ou coupable, mais on ne peut se baser pour définir l’un ou l’autre sur nos idées (pêchées où ?) de ce que doit être un innocent « standard », car chaque personne a ses propres réactions, suivant sa culture, son milieu, sa réactivité… La cavale ne prouve rien, ni dans un sens, ni dans l’autre, et cessons de formater ce que « doit » être un innocent, un coupable.

Il faut le savoir, cette formule « Il a pris la fuite » est issue du vocabulaire policier : elle stigmatise l’attitude d’un délinquant qui après avoir commis son forfait se sauve pour échapper aux poursuites policières. Il s’agit de dévaloriser l’attitude irresponsable et contraire au courage de personnages désignés à la vindicte sociale.

Qui sont les cibles ? Les bandits, naturellement. Qui sont les bandits ? Les délinquants de droit commun ? Pas seulement. Tous les régimes dictatoriaux du monde  définissent comme « bandits » tous les hommes et les femmes qui n’entrent pas dans le moule social, et sont amenés à commettre des actes contraires au droit.

Droit pénal, mais également Droit politique.

Même les démocraties se livrent à l’exercice : en 1939, la Grande Presse française définissait les soldats républicains  espagnols cherchant à échapper aux armées franquistes comme « cette canaille rouge tentant d’échapper au glaive de la Justice ».

Pendant la guerre, l’Affiche Rouge regroupant l’ensemble des hommes du groupe Manoukian visait expressément à criminaliser des résistants, tous d’origine étrangère en l’occurrence, coupables de résister à l’occupant nazi en commettant de terribles forfaits. Terrible n’est pas trop fort. Et ils étaient en fuite puisqu’ils n’étaient pas entre les mains de la Gestapo.

D’une façon plus générale, le « délit de fuite » a été pendant la guerre imputé à tous ceux qui n’acceptaient ni l’occupation nazie ni le régime de Vichy. Ainsi, quand le Général De Gaulle a « pris du recul » en Grande-Bretagne pour mieux animer la résistance, il a été unanimement désigné comme un « un fuyard, un lâche » qui refusait d’assumer ses responsabilités en France.

On pourra d’ailleurs rappeler que durant la deuxième Guerre mondiale, l’Etat français a imaginé, notamment pour poursuivre les exilés, les « fuyards », les sections spéciales, tribunaux à formation spéciale qui avaient pour objet la lutte contre les « criminels politiques ».

Ce fameux « délits de fuite » a été encore systématiquement utilisé pendant la Guerre d’Algérie, comme prétexte pour justifier les « Corvées de bois », c’est-à-dire pour les exécutions sommaires sans jugement. Parmi les victimes, le mathématicien Maurice Audin.

Durant toute la durée des guerres coloniales l’attitude des milieux politiques a perduré.

Le fuyard, l’exilé est désigné comme un criminel du fait même de sa fuite. Il est coupable de ne pas s’être livré aux autorités, puisqu’il n’accepte pas la férule qu’on entend lui imposer. Il doit reconnaître de gré ou de force la légitimité de l’Autorité.

En bref, Yvan Colonna a été condamné au nom d’un texte qui n’existe pas. Au nom d’un concept moral, d’un principe de droit qui n’existent pas.

Didier Wacogne qui a mené son procès s’est vu signifier qu’à partir de septembre prochain il ne présiderait plus une Cour d’Assises. Le Parquet affirme que la mesure qui frappe M. Wacogne entre dans le cadre d’une réorganisation de la Cour d’Assises, on dément avec force qu’il puisse d’agir d’un désaveu.

Ultime information qui n’a presque rien à voir : à Sarcelles, trois gros chiens ont attaqué hier un adolescent, le blessant gravement. L’une des bêtes, un doberman, a été abattu par la police. Les deux autres « ont pris la fuite ». Sans doute pour échapper au « glaive de la Justice » ? Où l’on constate combien peut être absurde l’emploi immodéré de clichés !

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3 Réponses to “Justice, Colonna condamné sans fondement”

  1. MARIE Marie-ange Says:

    Et un innocent pleure à l’enterrement de sa mère….
    Je vous en avais parlé au début du procès, je recite Camus le procès
    terminé; les preuves à charge sont toujours inexistantes, et même moindres
    ( juge Levert qui reconnaît la présence de 2hommes sur les lieux de l’assassinat, ce qui exclut l’accusé, les écoutes téléphoniques qui démontrent que le nom d’Yvan Colonna était connu des services de police bien avant les aveux des membres du commando, gardes à vue douteuses et poreuses,déclarations de Didier Vinolas etc …), les témoins oculaires toujours formels: ce n’est pas Yvan Colonna le tueur, et pourtant, non seulement la Cour Spéciale confirme la réclusion à perpetuité mais rajoute une peine de sûreté maximale: pourquoi? Quel est l’élément qui a provoqué le durcissement de la peine?
    C’est surréaliste!
    La phrase de l’avocat de la partie civile lors du réquisitoire est éloquente:
     » Il (Yvan Colonna) n’avait qu à dire qu’il n’était pas avec le commando le soir du meurtre et à le prouver » Rappelez moi: à qui incombe la charge de la preuve?

  2. phmadelin Says:

    Je suis très évidemment d’accord avec vous. Un des avocats des parties civiles observe que le « délit de fuite » s’il n’existe pas en tant que tel, a pesé très lourd. Pour le reste je n’utiliserais pas d’autres arguments que les vôtres. Et la question centrale, pour laquelle je n’ai pas non plus de réponse : pourquoi ? Si vous avez un peu suivi les différents papiers de debriefing, vous avez vu que personne n’a de réponse rationnelle à offrir.

  3. magali Says:

    C’est de l’acharnement ? dans quelle société vivons nous ? cela est pire que les « cours de sûreté de l’Etat » ( là au moins on savait que l’on avait aucune chance!). On reproche à Yvan d’avoir quitté le procès mais il doit regretter aujourd’hui d’y avoir mis les pied; ce n’est pas une fuite, c’est simplement un refus de participer à une parodie de justice ou l’accusation, qui n’a aucun argument valable, vous charge sans relâche et sans reproches, n’ayant pour seule mission que de condamner un homme qui, de toute façon, n’ jamais eu la chance de se défendre-procès équitable, droits de la défense, présomption d’innocence, droits de l’homme…et j’en passe; et pour finir un juge que soit disant on aurait sanstionné alors qu’il a du être promis à une grande carrière…
    Quand les juridictions d’exceptions avancent, c’est la démocratie qui recule, et plus ces principes sont baffoués, moins les garanties d’une démocratie sont assurées; Sarko, qui a raté sa croissance, ne peut pas risquer de se prendre un grand coup sur la tête. Justice! c’est ça que l’on réclame, c’était le mot d’ordre d’une belle manifestation populaire à Ajaccio samedi dernier.

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