Justice, Colonna 1338 – Un réquisitoire verdict sans appel

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Dans le procès en Assises contre le Corse Yvan Colonna qui dure depuis le 9 février à Paris, le verdict doit intervenir en fin d’après-midi ou en début de soirée.
Hier jeudi, les réquisitoires des avocats généraux n’ont guère laissé de doute quant à l’issue du procès. Les deux magistrats se sont contentés de paraphraser à n’en plus finir les 170 pages de l’acte d’accusation, accumulant les charges parfois fantaisistes contre le prévenu, imputant aux mensonges tout témoignage à décharge ; multipliant les attaques – pour ne pas dire les invectives voire les insultes – contre Colonna et ses avocats, absents,  auxquels ils reprochent d’avoir déserté les débats, une désertion qu’ils tiennent pour une forme de preuve. Exigeant surtout que, contrairement à tous les principes fondamentaux du droit, Colonna démontre qu’il est innocent, alors que ce devrait être à l’accusation d’établir sans laisser de doute la culpabilité personnelle de Colonna.
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Comment Pierre Antonetti voit le procureur général Kross

En réécoutant tout ça dans le détail au cours de cette journée de jeudi, il m’est apparu que le dossier d’accusation contre Colonna est pour le moins maigre. Il repose depuis toujours sur les aveux de ses anciens amis, des aveux passés en garde-à-vue après des dizaines d’heures d’interrogatoires. Comme l’a relevé Me Philippe Lemaire, la pièce essentielle reste le récit donné par Pierre Alessandri, le 23 mai 1999 à 6 h 10 du matin, succédant à un récit de Didier Maranelli, où le nom de Colonna a soudain surgi comme d’une boite de Pandore.
Sinon, jamais Colonna n’apparaît au premier plan, on ne le voit pas agir, on ignore son rôle. Nonobstant ce qu’affirme le procureur Kross, la question de la taille de l’assassin n’est pas réglée ; et une nouvelle demande de reconstitution, rejetée, n’a pas permis d’éclaircir ce point : 1 m 70 ou 1 m 80 ? 1 m 70, soutient sans argument l’accusation. 1 m 80, répond le médecin légiste, témpoignant comme expert sous la foi du serment, le Dr Marcaggi.  Et je me demande par quel raisonnement étrange on peut traiter de pervers ceux qui soulèvent l’absence totale de preuves matérielles.
Après les réquisitoires des avocats généraux, Jean-claude Kross et Christophe Tessier, Christine Colonna, la sœur d’Yvan Colonna, réagit avec force, reprenant en quelques paragraphes la thèse de la Défense.

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Christine Colonna (cliché PhM)

« On s’attend au verdict le plus lourd. Si on devait faire le bilan, c’est une condamnation sans preuves, alors que nous sommes en présence de nombreux éléments qui l’innocentent et qui ont été ou révélés ou confortés au cours des débats, après un procès où nous avons constaté les comportements les plus misérables et des procédés à la limite de la légalité.
•    Une condamnation sans preuve, en présence de nombreux éléments qui l’innocentent
•    Une condamnation qui intervient après un procès controversé qui a mis en lumière des comportements misérables et des procédés illégaux
•    Une peine de perpétuité requise et motivée devant un box vide sans l’accusé ni ses avocats, dans une sorte de huis clos judiciaire dans lequel parties civiles, accusation et magistrats spéciaux sont liés par un pacte : condamner Yvan Colonna
•    Des avocats de parties civiles qui parlent de lâcheté, à qui le courage vient quand Yvan Colonna leur tourne le dos
•    La vraie lâcheté c’est de mener un combat gagné d’avance en prétendant qu’il est à armes égales
•    De procès devait être un long fleuve tranquille, c’est devenu un fiasco judiciaire, à mettre au passif de Nicolas Sarkozy ce sera « son » erreur judiciaire, celle de son quinquennat…il s’était servi de l’arrestation de mon frère pour sa campagne présidentielle, il va devenir un cauchemar judiciaire pour tous ceux qui de près ou de loin auront été complices ou instigateurs de cette horreur judiciaire…
•    On peut dire que les témoins oculaires se trompent, ou qu’ils sont corses, on peut dire que le balisticien se trompe, de même que le médecin légiste, que la téléphonie et les écoutes judiciaires n’ont pas d’importance, de même que les filatures sur Yvan Colonna …on peut faire aussi comme si tout le monde mentait y compris les indices matériels….on peut tout dire sauf qu’il est innocent et essayer de le prouver ; c’est un sacrilège pour l’Etat qui doit protéger l’institution anti terroriste  envers et contre tout, c’est un sacrilège pour la veuve du préfet qui n’acceptera pas de laisser filer son coupable. »

Après neuf semaines de débats souvent houleux, toujours chaotiques, on en reste toujours au même point : deux positions farouchement opposées s’affrontent dans un climat de tempête peu propice à une bonne administration de la justice. En n’oubliant jamais que le doute doit toujours bénéficier à l’accusé et qu’il est préférable de voir un criminel en liberté qu’un innoncent en prison.

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4 Réponses to “Justice, Colonna 1338 – Un réquisitoire verdict sans appel”

  1. Tita Says:

    On devine à travers vos lignes que vous vous attendez plutôt à un verdict de condamnation.

    La justice persiste. C’est pour elle sans doute plus facile de persister (même si elle a des doutes) que de se renier elle-même et tout ce qu’elle a fait jusqu’à présent. Les psychologues appellent cela le processus d’engagement.
    Une fois qu’on s’est engagé à se comporter d’une manière particulière (affirmer Colonna coupable par exemple), on tend à mettre en adéquation ses certitudes et attitudes à ce comportement. C’est en cela un des plus puissants mécanismes de manipulation mentale. Les sectes l’utilisent très bien. J’ajouterais que la force de la manipulation est augmentée par l’absence de raisons extérieures (être payé, preuve de culpabilité, etc…). En effet, moins il y a de telles raisons, plus on va se les donner intérieurement pour se justifier (j’aime ça, selon mon intime conviction…). Ainsi, moins il y a d’arguments concrets pour justifier ce qui fut fait, plus la manipulation est efficace car on va chercher en soi les arguments ou les justifications.

    De fait, je serais assez d’accord sur le pronostique. Il fait trop longtemps que la justice crie au coupable tandis qu’elle n’a pas de preuve pour qu’elle change. Hélas.

    En conclusion, suite à ce procès, on ne saura toujours pas si Colonna est coupable. Cependant si le verdit est celui d’une condamnation, est-ce bien Colonna qui sera condamné ou la justice qui se sera condamnée ?

  2. Zen Says:

    Monsieur Madelin,

    Le recul de vos analyses, votre liberté de parole sont des qualités devenues trop rares dans le paysage journalistique pour ne pas être soulignées.

    J’ai modestement essayé de diffuser l’url de votre blog afin de partager le plaisir que j’ai eu à vous lire sur l’affaire Colonna et sur d’autres billets.

  3. zadvoc ate Says:

    Personnellement, je n’ai aucune opinion sur la question de la culpabilité ou l’innocence de Monsieur COLONNA. Pour se faire une opinion, une vraie pas juste un sentiment, il faudrait pouvoir lire le dossier en long en large.

    En revanche, en tant qu’avocat, je suis persuadé que la stratégie de ses avocats fût une erreur de taille et qu’elle a sûrement parfois dépassé ce qui aurait du primer, l’intérêt de leur client.

    Le sentiment que ca me laisse, c’est que ceux de ses avocats, corses, sont malheureusement bien trop proches de la mouvance nationaliste pour avoir le recul suffisant pour jouer à plein leur rôle d’avocat sans tomber justement dans le combat politique.

    S’ils avaient voulu pourrir le procès, ils ne s’en seraient pas pris autrement.

    Il me semble d’ailleurs avoir compris que Me MAISONNEUVE a régulièrement tenter de sauver les meubles après quelques interventions intempestives de ses confrères corses.

    C’est dommage car Monsieur COLONNA méritait comme tout accusé une défense de qualité.

    Moins de blabla et de conférence de presse et plus de travail de fond.

    Quant au ton de votre post, j’avoue avoir eu du mal parfois à comprendre si je lisais vos propos ou ceux de la soeur de Monsieur COLONNA

  4. phmadelin Says:

    Je ne suis le porte-parole de personne, pas plus de Mme Colonna que de quelqu’un d’autre. Dans mon dernier billet du 26 j’ai en effet reproduit les réponses de Mme Colonna, mais il s’agissait d’équilibrer les très nombreuses interventions des parties civiles lors des jours précédents. Je pense écrire un texte au fond pour lundi. Pour ce samedi, je vais me contenter de rapporter les circonstances du rendu du verdict et de la conférence de presse qui a suivi. Merci de votre lecture attentive

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