Justice, Colonna, le duel des avocats

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Cinq à ma gauche, Six à ma droite.
Le procès intenté à Yvan Colonna pour assassinat devant la Cour d’Assises de Paris arrivera donc à son terme vendredi. Après une journée ou moins de délibéré, selon que le Président et et les huit jurés professionnels auront pris leur décision au préalable. Il faudra quand même un minimum de temps pour répondre aux questions posées par le Président.
Ainsi s’achèvera quasiment en queue de poisson un procès qui s’annonçait comme spectaculaire, et même exemplaire au plan de la pratique judiciaire. Avec, au cœur des débats, un combat sans merci entre les avocats des Parties civiles et de la Défense.
Pour le Président Didier Wacogne, les parties civiles siègent à ma droite. Ils sont six : Me Philippe Lemaire et Me Hanoteau conseillent la famille Erignac ; Me Benoît Chabert représente les intérêts de l’Etat en la personnalité morale de l’Agent judiciaire du Trésor ; Me Michel Bonnely parle au nom du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, créé à l’initiative de Françoise Rudetzki ; tandis que les gendarmes victimes d’enlèvement et séquestration dans l’affaire de Pietrosella, Daniel Hiernaux et Didier Paniez sont respectivement représentés par Me Christian Frémaux et Me Caty Richard.
A ma gauche, devant la cage de verre où s’ennuyait Yvan Colonna, Maîtres Sollacaro, Gilles Simeoni, Patrick Maisonneuve, Pascal Garbarini et Philippe Dehapiot.
On ne peut pas imaginer équipes plus dissemblables aux plans des silhouettes physiques, des cultures, des méthodes de travail. L’affrontement violent était presque inévitable.
Les parties civiles ont fondé leur stratégie sur un postulat, qui semble intangible, et dans lequel les avocats n’ont pas intégré les débats : comme le soutient l’Accusation, c’est-à-dire  le Parquet, Colonna a été l’homme qui le 6 février 1998 a abattu d’une balle dans le tête le préfet Erignac. Que les uns et les autres ne disposassent d’aucune preuve tangible, matérielle, autres que des témoignages à géométrie variable ne les a guère inquiétés.
Il fallait que Colonna soit coupable, comme l’a toujours soutenu Mme Dominique Erignac. Maître Philippe Lemaire a constamment soutenu cette position, sans la moindre nuance, parfois avec mauvaise humeur. Comme s’il était contrarié qu’on pu mettre sa conviction en doute. Son ombre, Me Honoteau a relayé sans génie cette position intangible.
Il faut savoir que Me Lemaire entendait imposer sa seule stratégie aux autres avocats, dans le secret des coulisses, il y a eu plusieurs remontages de bretelles.
Notamment avec la très blonde Caty Richard, qui défendait les intérêts du gendarme Didier Paniez.
En effet, alors qu’elle aurait dû rester cantonnée dans l’affaire de Pietrosella, pour affirmer et faire valoir sa présence, Me Richard n’a jamais cessé de déborder sur les plates-bandes de ses confrères. Sans jamais non plus écouter ce qui se disait dans le prétoire. Elle n’entendait même pas ni le Président Wacogne, ni l’avocat général Kross. Elle taillait son chemin vers la gloire. Sous l’œil plutôt surpris de son confrère Christian Frémaux qui non sans prudence et sagacité, s’est pour sa part maintenu à la mission que lui avait confié la Direction de la Gendarmerie : représenter Hiernaux en tant que partie civile. Sans s’écarter d’un iota de cette mission.
Benoît Chabert est en soi un cas à part : ce géant – il mesure près de deux mètres – tonitruant n’a cessé de ferrailler tout au long du procès pour marteler sa conviction. Colonna est coupable. Allant jusqu’à soutenir des positions assez ridicules dans le genre :

«  Quand on veut tuer un homme, on n’a jamais une position naturelle, quand on est petit, on vise la nuque. Quand on veut tuer un homme et quand on est petit, on lève le bras. »

Le tout pour « démontrer » que le tueur était bien Colonna – qui ne mesure pas plus de 1 m 70 – alors que les experts estiment que l’assassin avait au moins 1 m 80.
Mais rendons grâce à Chabert : il parfaitement tenu un rôle qui n’était pas le sien, à savoir celui de procureur, alors que les deux représentants du Parquet ont été constamment absents du procès.
Mais le vrai problème des Parties Civiles a été de devoir affronter le … vide, l’absence. Puisqu’à la moitié du procès Colonna a considéré que sa présence n’était plus utile. On a assisté alors un festival d’invectives, lâcheté, manque de courage, censées provoquer le sens de l’honneur du Corse et son retour à l’audience.
Peine perdue. Le flot d’accusations était à la fois inutile et absurde. D’où une fureur encore plus intense des avocats : ils devaient donner de formidables coups d’épée dans le vide. Ils n’avaient même pas de moulins à combattre. Ils n’avaient en face d’eux qu’une cage de verre déserte. Quelle frustration !

En face, les avocats de la Défense sont apparus comme un groupe très organisé, avec des rôles bien répartis, idéologiquement cohérent. Petit bouledogue en colère permanente, Antoine Sollacaro tenait le rôle de l’Imprécateur . Grand, mince et séducteur, Gilles Simeoni était de figure morale du « Peuple corse » tout en manifestant une parfaite connaissance du dossier. Capable de colères froides, au besoin, avec une voix montant dans le registre de la puissance, de l’orage. Coutumier des dossiers corses, mais plus posé, Me Patrick Maisonneuve n’a cessé de ramener le calme dans la petite troupe, non sans poser de bonnes questions perfides. Garbarini est le correspondant de l’équipe à Paris, il était forcément plus effacé. Quant à Dehapiot, il était préposé au contrôle de la procédure.
Une belle équipe, donc. Mais, au fur et à mesure des jours, au fur et à mesure des semaines, on les a vus baisser de ton. Comme s’ils se rendaient compte que leurs efforts étaient inutiles. Que leurs plaidoiries étaient sans objet. Comme s’ils avaient le sentiment de se heurter à un mur, à une position préétablie et intangible.
Cette impression d’impuissance a été particulièrement frappante quand ils ont réclamé une reconstitution sur place, et, au-delà, une reprise de l’instruction pour combler les lacunes d’un dossier qu’ils considéraient comme bâclé, mal ficelé, entièrement fondé sur des enquêtes policières et sur des instructions menées à charge.

Les avocats de Colonna ont été accusés d’avoir conseillé à leur client ce que les parties civiles qualifient de « désertion », et de lui avoir emboîté le pas en se retirant, en refusant leur désignation d’office. Un choix d’ailleurs avalisé par Me Charrière-Bournazel, bâtonnier de Paris.
L’accusation tombe à côté. Colonna n’a plus besoin de conseil, depuis longtemps. Il est arrivé à ce procès convaincu qu’il était condamné d’avance. Les avocats ont développé une stratégie et de rupture, et d’organisation d’un dossier en vue et de la Cassation et d’un recours devant la Cour européenne.
Ils n’avaient guère d’autre espace à occuper.

On me suspecte d’avoir plus de sympathie pour la Défense que pour l’accusation. Je maintiens que c’est une vue erronée. Je raconte ce que j’ai vu et entendu. J’ai vu que l’équipe de la Défense était plus soudée que celle de l’accusation. Et que les deux groupes n’ont cessé de s’affronter. J’ai vu et entendu aussi que les accusations contre Colonna sont pour le moins peu sûres, mal fondées, aléatoires. Pourquoi me faudrait-il taire ce que je pense au nom d’une certaine forme de « politiquement correct » ?

Publicités

Étiquettes : ,

3 Réponses to “Justice, Colonna, le duel des avocats”

  1. MARIE Marie-ange Says:

    Quel dommage que vos commentaires n’aient pas été relayés dans la
    presse écrite; merci de ne pas être « politiquement » correct et de faire votre
    travail de journaliste.

  2. magali Says:

    Marie-Ange a raison,
    Si vous saviez comme votre blog nous rassure et nous apporte du réconfort, nous, les Corses, qui avons le sentiment que ce n’est pas un homme qui est jugé mais un « nationaliste corse », un « bouc émissaire » ( comme il y en a toujours dans les sociétés dites  » démocratiques ou règne plus que jamais la violence symbolique dominants/dominés )
    Vous vous exprimez avec impartialité et c’est tout à votre honneur ! Je tente de m’exprimer moi même avec raison, et non avec passion – j’attends, très inquiète, le verdict qui sera rendu demain, par ces hommes qui rendent la Justice au nom du peuple français, dont je fait partie; je suis terriblement inquiète, on l’est tous ici !
    Merci encore.

  3. phmadelin Says:

    Non, ce n’est pas mon point de vue, c’est ce que je vois, ce que je constate, ce que j’entends. A côté de la plaque, je n’en sais rien. Et d’ailleurs, de quelle plaque ? Je pratique depuis trop longtemps ce métier pour ne pas savoir comment tricoter une analyse qui tienne debout. C’est si vrai qu’à plusieurs reprises dans ma vie on a herché à me recruter comme analyste dans des Services. Quant au papier sur lequel vous réagissez, c’est du récit simple, le récit du choc entre deux vérités incompatibles.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :