Justice, Colonna : le malaise des magistrats

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Antonetti ne se contente pas de dessiner avec drôlerie, il suit le procès Colonna avec l’oeil de Candide. On se réfère trop souvent aux professionnels, en oubliant ceux qui ne sont pas censés avoir une opinion. Antonetti a une opinion : je vous la communique.

Quoiqu’on puise en dire, ce refus D’Yvan Colonna de continuer à assister à ce simulacre de procès, l’expression n’est pas de moi et n’est pas la plus sévère, a quand même des conséquences positives:
-Les parties civiles sont désarçonnées et se voient contraintes d’exposer leur argumentation à la télévision, Chabert sur France5, Lemaire sur Canal+. Argumentation pitoyable, d’ailleurs, style méthode Coué ou sortez vos mouchoirs, ou on s’aperçoit que les charges écrasantes dont Lemaire nous rabat les oreilles ne sont en fait que sa conviction.
-L’opinion publique s’interroge sur ce procès étrange, sans accusé et sans défense. Malgré une couverture médiatique très limitée, elle est non seulement maintenant prête à accepter un acquittement mais aurait de très forts soupçons en cas de condamnation. Les interventions claires et argumentées de Jean Michel Aphatie (RTL), entre autres, ne sont certainement pas étrangères à ce revirement. On peut interpréter l’article du Nouvel Obs de Chemin et Etchegoin ( du style:il n’y était peut-être pas ou alors si il y était, son rôle était très secondaire) comme une mise en phase d’une presse longtemps très accusatrice avec cette évolution de l’opinion.
-Mais, dans le cas de la justice anti-terroriste, l’opinion, donc le peuple n’a rien à dire. C’est l’Etat qui juge par l’intermédiaire de magistrats désignés. De gens dont on peut toujours penser, à tort ou à raison, qu’ils sont en service commandé. Et pourtant, plusieurs évènements peuvent laisser penser à un certain flottement dans les rangs de la magistrature:
-Les bourdes du Président  Wacogne et sa façon de mener le procès, jusqu’au refus critiquable et critiqué d’une reconstitution, signes évidents pour beaucoup d’une partialité affichée avec cynisme, sont peut-être l’expression du malaise grandissant d’un homme qui remplit sa mission à contre coeur. C’est maintenant Chabert qui le traite de lâche.
-La quasi absence des débats de l’avocat général Kross, sauf pour [mal traiter] M. Vinolas, contraint les parties civiles à remplir son rôle.
-Les dépositions des juges d’instruction devant une cour toute acquise sont étonnantes: si le juge Thiel déroule sans contradicteur le cheminement tortueux de l’enquête, rappelant au passage la profession de foi d’Yvan Colonna: « Je vous affirme que je ne fais pas partie du groupe des anonymes, que je n’ai pas tué le préfet Erignac. Je sais qu’il était votre ami, je vous le dis les yeux dans les yeux. » , la juge LeVert, co-rédactrice d’un acte d’accusation impliquant trois tueurs n’en retient que deux à la barre, faisant du coup disparaître Colonna!
-La confidence de Dominique Coujard , président de la cour qui a condamné Yvan Colonna en 2007  sur la durée du délibéré, estimé à plusieurs heures, en réalité une petite demi-heure pour 36 questions pose plusieurs questions: pourquoi cette confidence, pourquoi maintenant ? Le président Coujard n’étant ni un imbécile ni un débutant, ne faut-il pas y voir un élément de plus en faveur de l’expression d’un réel malaise des magistrats.
-Sur son site, le syndicat des avocats citoyens publie un article dont je vous livre la conclusion: « Dans une société démocratique, la règle est simple, un doute, un seul doute empêche le prononcé de la culpabilité avec comme conséquence un acquittement inévitable, car il vaut mieux un coupable en liberté qu’un innocent en prison. »
Dans cette affaire, nombre de personnes extérieures au dossier n’ont aucun doute sur le fait que Monsieur Yvan COLONNA n’aura pas bénéficié d’un procès équitable. Dans ces circonstances, une condamnation ne serait pas l’expression de la volonté du peuple français, mais pourrait être interprétée comme l’expression de la volonté d’un groupe de personne agissant pour leur propre compte.
En état, la procédure parait pour le moins inéquitable, le doute devant profiter à l’accusé, l’acquittement apparaît dès lors comme la seule solution possible. »

Nous arrivons au terme de ce procès cahotique, dans quelques jours la cour va délibérer. En l’absence totale d’éléments à charge et un nombre incroyable de points d’interrogation, un verdict d’acquittement ne scandaliserait personne, forcerait l’institution à se pencher sur le fonctionnement tant décrié de la justice anti terroriste, apaiserait les inquiétudes des citoyens après Outreau, renforcerait le poids des magistrats au moment d’un projet de réforme de la justice,  pourrait provoquer la réouverture de l’enquête, la famille Erignac ayant, comme tous les citoyens, droit à la vérité, Par contre, une condamnation sera forcément perçue comme l’exécution d’une mission confiée aux juges, dont certains, jeunes, ont sûrement une brillante carrière à poursuivre. La suspicion qu’ils aient pu, pour favoriser leur promotion, participer à une sorte de complot contre un innocent, les suivrait tout le long de leur carrière et leur attitude supposée pourrait leur être reprochée dans tous les actes de leur vie professionnelle. Autant changer de métier!

La Cour prendra sa décision vendredi. Le jeunes juges du jury penseront-ils à leur avenir ? Je les regard tout au long des audiences, et je dois convenir qu’ils ne laissent pas passer la moindre ombre de sentiment.

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2 Réponses to “Justice, Colonna : le malaise des magistrats”

  1. Zen Says:

    Le « scénario qui dérange » des deux journalistes n’a, pour ma part, aucun sens. Il pourrait tenir (tiré par les cheveux) si et seulement si l’assassinat du Prefet était la seule action du groupe.

    Alessandri reproche à colonna de ne pas avoir franchi le pas de la violence clandestine..

    Or L’attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Prise d’otage, destruction par explosifs) est également de la violence clandestine..

    Si Colonna n’a pas franchi le pas de la violence clandestine, c’est à priori donc bien avant le meurtre du Préfet..

  2. phmadelin Says:

    C’est en effet ce que je crois pouvoir penser. Il est probable que les « dissensions » dans le groupe des anonymes sont assez anciennes, et que la fuit en avant du groupe aie été provoqué par ce débat interne. Mais les avocats généraux ne veulent rien voir, rien entendre. Même pas les débats.

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