Justice, Colonna : la Cour en accusation

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Dans le procès intenté pour terrorisme et assassinat contre Yvan Colonna devant la Cour d’Assises de Paris, le véritable événement de la semaine a été la mise en accusation… de Didier Wacogne, le Président de la Cour. Avec en ligne de mire, derrière lui, tout le système policiaro-judiciaire sur lequel repose la lutte anti-terroriste en France.

Dès le premier procès de Colonna, en 2007, la Défense avait dénoncé avec véhémence des enquêtes et des instructions à charge contre le prévenu, finalement condamné à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac.

On repasse le plat pendant cette instance d’appel. Tandis que Colonna ne cesse de proclamer son innocence, la Défense multiplie les mises en cause directe des enquêteurs et de la Cour d’Assises. Chargés de condamner – sur une décision prise d’avance, proclament le prévenu et la défense – les magistrats se retrouvent en position d’accusés.

Le Président Wacogne leur ouvre un boulevard par ses maladresses.

Première étape : un commissaire de police, Didier Vinolas, ancien collaborateur direct du préfet Erignac, est cité par l’accusation pour charger le dossier. Mais, stupéfaction, Vinolas soutient que selon un informateur, deux hommes ayant participé aux faits seraient dans la nature, jamais poursuivis. L’erreur du Président est d’avoir « oublié » d’informer la Défense que Vinolas lui avait écrit pour l’informer au préalable.

Deuxième reproche : le Président a tout tenté pour éviter que les deux noms cités par Vinolas soient réintégrés en procédure. Il y a bien eu « supplément d’information », mais la Cour a estimé que le commissaire Vinolas n’apportait pas d’élément nouveau, donc qu’il était inutile d’enquêter sur les faits cités ! Donc, rejet d’une nouvelle demande de complément d’information.

Troisième étape : on en était là quand une nouvelle mise en cause a été soulevée. Un autre témoin, le Cdt Georges Lebbos, policier de la DNAT ( Direction nationale anti-terroriste) qui a effectué 80 % des actes de procédure dans les enquêtes conduits pour mettre en cause Yvan Colonna, est cité par l’accuasation.

Sa déposition apparaît à la Défense comme fondamentale pour éclairer la manière dont le nom d’Yvan Colonna a été introduit dans le dossier. Lebbos apparaît le 9 février, à l’ouverture du procès, dans la liste des témoins qui doivent déposer. Une déposition d’autant plus fondamentale qu’un document antidaté par Lebbos a conduit à l’acquittement de deux des supposés complices de Colonna, Jean Castela et Vincent Andriuzzi.

Or le 27 février, le Pdt Wacogne dévoile soudain que le Cdt Lebbos lui a adressé dès le 9 février un certificat médical indiquant que son « état de santé dépressif » ne lui permettrait pas de déposer devant la Cour. C’est son droit, même si une expertise médicale doit confirmer cet état de santé.

Mais la Défense s’est gendarmée contre le fait que le certificat médical était connu du Président dès le 9 février, et qu’il n’en a mentionné l’existence que le 27. Nouvelle tentative pour truquer le procès, on évite d’interroger les acteurs les plus fondamentaux (Voir le billet d’hier : « La colère d’un avocat »).

D’autant que les avocats de la défense observent que le Président Wacogne interroge très longuement et avec une suspicion manifeste tout témoin qui apporte des éléments à décharge en faveur de Colonna, pour ne pas dire qu’il s’acharne ; que l’Accusation et les Parties civiles tentent de tourner en dérision les témoins qui apportent de l’eau au moulin de la Défense. Ainsi des témoins Joseph Colombani, partenaire politique fondamental du préfet Erignac, et de Marie-Ange Contart, témoin visuel du meurtre

Une première demande de récusation du Pdt Wacogne introduite par la Défense a été rejetée par la Cour d’Appel de Paris. Les avocats d’Yvan Colonna ne renoncent pas pour autant à reprocher au Pdt de la Cour d’être de parti pris. L’accusé l’a lui-même répété à haute et forte voix.

En vérité, au-delà du dossier Colonna c’est tout le système judiciaire anti-terroriste qui se trouve mis en cause. « Ce sont des voyous », lance un des avocats généraux pour fustiger la Défense. C’est un argument un peu court pour expliquer pourquoi et comment la Cour d’Assises est utilisée comme un instrument de pouvoir et non comme une institution de justice.

« Quand la politique entre dans le prétoire, la Justice s’en va », tonne Me Antoine Sollacaro.

En réponse à un lecteur, j’ai ajouté ce commentaire à propos des « méthodes spéciales » de lutte anti terroriste.

C’est toute la question du respect des Droits de l’homme en matière de lutte anti-terroriste. C’est aussi la question que Georges W Bush avait soulevé en autorisant la torture infligée à des hommes suspectés de participer aux actions terroristes genre Al Qaïda. C’est encore la question posée par les « colonels » en Algérie, en Argentine, au Chili, partout où se sont développées les systèmes dictatoriaux. Même si on tente d’exterminer ses adversaires, comme les Nazis en Allemagne, pour des motifs en apparence légitimes – la protection de la population contre les terroristes – les atteintes aux Droits de l’homme n’ont jamais démontré leur efficacité. Plus grave, elles ont toujours été contre productives.

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