Justice : procès Colonna, batailles acharnées

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Philippe Madelin
Rue89

Procès Colonna : guerre de tranchées
et les proches de Nicolas Sarkozy au courant dès 2002

« En septembre 2002, au cours d’un repas, le commissaire Didier Vinolas m’a indiqué qu’un « Monsieur X » souhaitait transmettre de graves informations concernant Yvan Colonna. A condition qu’elles soient reçues par Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur ou à l’un des membres de son cabinet. C’était un renseignement de police. Je l’ai immédiatement communiqué au préfet Guéant, alors Directeur de cabinet de Sarkozy. »
Par cette déclaration, cité comme témoin surprise dans le procès Colonna à quelques détails près, le procureur Yves Bot a confirmé point par point la déposition du commissaire passé dans l’administration de la Villes de Paris. Vendredi Didier Vinolas, avait provoqué la stupeur en dévoilant que les plus hautes autorités de l’Etat – et donc plus que probablement Nicolas Sarkozy – étaient parfaitement au courant de certains aspects de l’enquête, et en particulier d’éléments laissés en déshérence. Ceci alors que le parquet et les parties civiles avaient tenté de déconsidérer le policier. Didier Vinolas a confirmé détenir les noms de deux membres présumés du commando nationaliste à l’origine du plasticage de Pietrosella et peut-être de l’assassinat du préfet Erignac qui n’auraient jamais été inquiétés. Ces noms, a-t-il assuré, avaient été transmis notamment en 2002 à Yves Bot et en 2004 à Christian Lambert, le chef du RAID.
Cette confirmation a été le point d’orgue d’une journée extravagante dans un procès extraordinaire, une journée où l’on a parlé de tout sauf de l’essentiel. C’est-à-dire savoir si Colonna était coupable ou non de l’assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998. En effet, durant toutes ces heures de dures batailles, des batailles de tranchées, selon Maître Garbarini, les avocats de la Défense ont tempêté contre le Président Didier Wacogne qui ne leur a pas transmis un courrier où Didier Vinolas annonçait son intention de dévoiler de graves faits à l’audience. Et en particulier d’évoquer les confidences d’un informateur « X », dont il a fini par convenir qu’il s’agissait d’un policier de haut rang de la Direction centrale des Renseignement Généraux.
Et les avocats de lancer :
« Grave atteinte au droits de la Défense… Dissimulation constitutive d’un manque de loyauté… Les magistrats de l’accusation sont des tricheurs… »
En bref, des noms d’oiseaux malfaisants. Ce qui a provoqué des réactions outragées du Parquet. Un débat qui n’a cessé de se tendre entre des positions radicalement opposés, entre le Président de la Cour et le parquet qui tentaient par tous les moyens de dégonfler la polémique. Et la Défense d’enfoncer le clou : l’enquête et l’instruction ont été mal menées et malmenés. Et de réclamer à cor et à cris l’ouverture d’un « complément d’enquête » pour vérifier la véracité des propos tenus par le commissaire Vinolas, et donc aujourd’hui confirmés par le procureur Bot.
Au-delà de ces péripéties, la Défense cherchait à démontrer : 1/ que l’enquête et l’instruction ont été menées uniquement à charge ; 2/ que l’accusation est toujours partie de l’idée que c’était à Colonna de prouver son innocence et non à l’accusation d’établir sa culpabilité ; 3/ que de nombreux éléments, comme l’existence des deux inconnus dénoncés par Vinolas n’avaient été l’objet d’aucune enquête sérieuse.
Une thèse que reprend en chorus Yvan Colonna en interpellant la Cour :
« Ce tribunal est en mission pour raison d’Etat. Je n’ai rien à retirer de ce que j’ai dit. Je suis innocent… C’est vous, clame-t-il, qui allez être obligé de répondre à certaines questions ».
Malgré une bataille acharnée, Colonna et la Défense n’ont rien obtenu, la Cour a décidé de surseoir à statuer sur la demande de complément d’enquête qui aurait renvoyé le procès à plus tard. L’accusation a même contre attaqué en reprochant avec virulence à Didier Vinolas de ne pas dire toute la vérité en refusant de livrer le nom de son informateur et des deux hommes accusés d’avoir participé aux actions du commando « sans nom » qui serait responsable en particulier du meurtre du préfet Erignac. Vinolas s’est accroché à son refus de dévoiler les noms. On comprend qu’il y va de sa vie et de celle des hommes dénoncés.
Quant à l’enquête, tronquée, incomplète, on semble l’avoir oubliée. Et, dans sa cage de verre blindé Yvan Colonna reste impassible.

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