Presse : les Etats généraux du passé

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Presse : notre Président va causer et ce sera dans le vide
A quelle sauce cuisiner la nouvelle presse selon notre M.B.A.O.P.  (Mon bien Aimé Omni Président) ? Le présumé Président de la presse française va causer le 23 janvier, énoncer ses conclusions des conclusions tirées par les Etats généraux de la presse réunis depuis le 2 octobre à Paris, avec la participation de 150 professionnels et experts de la presse française.
Ces conclusions vont couronner son entreprise de réorganisation de la presse – on peut aussi lire « mise au pas » – marquée par un premier succès, bien que mitigé : le nouveau statut de la radio-télévision publique, appliqué avant d’être voté par le Parlement. Un nouveau statut que les méchantes langues appellent déjà ORTS (Officie de la radio-télévision sarkozienne), et qui consacre la disparition au moins partielle de la publicité sur les chaînes d’Etat, et surtout la nomination des Présidents en Conseil des Ministres, comme au bon vieux temps de la « Voix de la France », fustigée par la sociologue québécoise Denis Bombardier.
Sur le papier, l’image de ces Etats généraux se présentait bien :
« Les Etats généraux de la presse écrite ont pour objectif d’établir un diagnostic partagé de la situation de la presse écrite française, d’analyser ses points de blocage et d’identifier, sur la base de ce diagnostic, les solutions à mettre en oeuvre pour l’accompagner dans le tournant stratégique des années 2000. »
Quatre pôles de débat et de proposition : l’avenir des métiers du journalisme ; évolution des structures industrielles et du modèle de distribution de la presse ; passage à l’ère numérique ; attentes du public, des lecteurs et des citoyens.
En lançant cette initiative notre Président cultivait une idée fondamentale,  selon ses propres termes, « la constitution de grands groupes français de presse et multimédia ». En clair, comment tourner les lois qui depuis la Libération interdisent les concentrations excessives dans la presse ? Comment marginaliser le rôle du Syndicat du Livre CGT accusé de couler la presse écrite par des pratiques corporatistes excessivement coûteuses. Il est bien évident que ses amis intimes Martin Bouygues, Arnaud Lagardère et Vincent Bolloré voyaient d’un œil plus que favorable cette entreprise dont ils allaient pouvoir profiter à plein. Enfin, sous leur égide, pourraient se constituer des groupes multimédias monstres, télévision, radio, presse écrite nationale et locale, sites internet. A l’image des groupes américains, dans le style Time Warner.
Les 90 recommandations remises, le 8 janvier, à Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, ne cadrent pas exactement avec l’objectif du Président. François Dufour, responsable du pôle « Presse et société », estime qu’il ne faut « pas bouger sur la concentration », soulignant que « des initiatives comme Marianne ou rue89 tendent à prouver que l’innovation émane plutôt des petites structures que des grands groupes ». Patrick Eveno, responsable du sous-pôle « concentration », constate que « la loi de 1986 sur la presse n’empêche pas la constitution de groupes pluri-médias. »
Treize des propositions portent sur le développement d’une presse « pluraliste et de qualité » sur Internet. Car tel est le problème, plus qu’épineux : entre la vision traditionnelle de la presse entretenue dans les sphères dirigeantes, une presse papier comme du temps de Grand-Papa, et la réalité actuelle s’est glissée la révolution internet. La presse papier, je l’ai déjà souligné, souffre de la concurrence terrible des sites internet. On ignore en général qu’outre Atlantique, un site internet comme Huffington http://www.huffingtonpost.com/ exerce une énorme influence sur l’opinion publique. Il faut également rappeler le rôle décisif des communications internet dans la campagne présidentielle américaine. En France, les sites internet liés à des journaux de presse écrite comme @ Le Figaro , @ Le Point, @ Le Monde ou @ Libération,  ou indépendants comme Médiapart, rue89, Bakchich et autres sont fréquentés chaque jour par des dizaines de milliers d’internautes. Des audiences comme les quotidiens n’en ont jamais connues. On n’a jamais tant lu de journaux, et on n’en a jamais acheté si peu.
Sans avoir forcément mesuré l’ampleur du phénomène, les Etats généraux en ont tenu compte. Ainsi, parmi les recommandations phares du pôle « Presse et Internet », figure la création d’un « statut d’éditeur de presse en ligne ». Ce statut confèrerait aux éditeurs pure players de bénéficier d’aides publiques au même titre que les journaux traditionnels. Au-delà de ce phénomène se profile une seconde préoccupation, encore plus essentielle, la gratuité. Gratuité des quotidiens papier, mais surtout gratuité de l’information massivment délivrée par internet, et en actualité et en archives.
Qui dit gratuité évoque le financement par la publicité de nouveaux médias non liés à un pays ou un autre comme Google ou Yahoo. Le pôle « Presse et Internet » appelle l’attention des pouvoirs publics sur la possible constitution de position dominante d’acteurs sur le marché de la publicité sur Internet, et particulièrement sur les marchés de l’ad-serving (…), du search (…) et des invendus, qui pourraient bien constituer, de par leur fonctionnement, des marchés pertinents ». C’est joliment dit pour fustiger notamment Google, ou autres Wikipedia devenus des instruments de travail incontournables pour tout chercheur, journaliste, publiciste, écrivain. Et probablement vecteurs porteurs dès demain matin de textes qui ne seront jamais imprimés. Le marché de la presse, et de l’édition prend des dimensions quasiment infinies. Les recommandations d’un groupe d’études national, forcément limité, pourront-elles exercer une influence quelconque sur cette expansion galopante ? Aussi volontariste soit-il le Président saura-t-il comment maîtriser ce phénomène ? En Tunisie, en Chine et en … Australie, on table sur une limitation technique des accès à des sites internet,parce qu’ils sont aussi peu influençables que possible. Les solutions techniques n’ont qu’un temps, elles sont toujours et vite contournées. Heureusement, car c’est là que se développe le véritable esprit libre de la presse. Loin du papier. Loin des Etats généraux du Président.

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