Hôpitaux : encore de la casse

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

L’hôpital ne souffre pas d’un problème de moyens, a estimé Notre Bien Aimé Président dans le discours prononcé ce vendredi 9 janvier à l’occasion de l’inauguration du nouvel hôpital civil de Strasbourg, rappelant que le budget de l’assurance maladie consacré à l’hôpital avait augmenté de 50% entre 1998 et 2008. Il s’agace de voir ses efforts remis en cause.

Entre 1998 et 2008, j’ai pris cette période parce qu’il y a eu des gouvernements de droite et de gauche, la France, au travers des dépenses de l’assurance maladie au profit des hôpitaux, a augmenté le budget de 50%. C’est 23 milliards d’euros de plus pour l’hôpital au cours des dix derniers années (…) je livre ce chiffre à votre réflexion. Le défi de l’hôpital d’aujourd’hui, c’est que cet argent qui est nécessaire soit plus efficace parce que l’hôpital doit être mieux organisé.

Il a ainsi abordé – avec prudence – la réforme de l’hôpital public qui sera consacrée par une loi « hôpital, patients, santé et territoire », à discuter en janvier. Notre Président tient cette réforme pour une des plus fondamentales. Objectif : compte tenu du déficit croissant constaté dans l’hospitalisation publique, pour alléger la charge, il faut faciliter les regroupements d’établissements et de cliniques ; au public les pathologies lourdes, forcément déficitaires, et au privé les actes rémunérateurs : petite chirurgie, hospitalisations longues de style convalescences.

L’hôpital d’aujourd’hui ne correspond pas tout à fait au cahier des charges de ses impératifs. On va supprimer les doublons. L’hôpital doit être un modèle d’adaptabilité pour répondre aux défis du XXIe siècle. On va accompagner l’hôpital vers la modernisation.

Dans un esprit de pur libéralisme, on s’acheminerait vers un système à l’Anglaise dont le moins qu’on puisse écrire est qu’il n’a pas prouvé sa pertinence en matière de santé publique.
Il faut dire que le déficit des hôpitaux est passé de 400 à 800 millions d’Euros. Il toucherait 60 % des établissements publics, dont tous les CHU, les Centres hospitalo-universitaires.
Selon la Fédération hospitalière de France, pour éponger le déficit en trois ans, il faudrait supprimer de 15 000 à 20 000 postes La charge de personnel représente de 68 à 75% des dépenses, le coût moyen d’un agent hospitalier (une curieuse entité économique qui désigne tout le personnel non médecin) est de 35 000 euros, celui d’un médecin 105 000 euros. Depuis plusieurs années déjà, notamment pour compenser la baisse des dotations publiques, de vigoureux efforts d’économies sont menés dans tous les établissements.
En 2008 l’A.P-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a supprimé 2600 postes. En 2008 il a fallu fermer de nombreux lits, et pas seulement pendant les vacances. Tous les chefs de service se plaignent de la modicité des moyens qui leur sont alloués. Selon Le Canard Enchaîné du 31 décembre 2008, il faudrait encore 300 millions d’euros d’économies.

Pour se gendarmer, les présidents de comité médicaux des hôpitaux parisiens ont rendu public un courrier où ils dénoncent un « étranglement financier délibéré [qui] menace la qualité des soins ». Les récents « incidents » survenus dans plusieurs établissements, dont la mort d’un bébé à la suite d’une erreur de transfusion, à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dépendant du groupe Cochin, ont démontré les effets dévastateurs des économies de personnel. La fermeture de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul est d’ailleurs programmée. On constate des pratiques gestionnaires du même ordre  à l’hôpital pédiatrique Robert Debré, tandis que l’hôpital Ambroise Paré à Boulogne-Billancourt a dû mettre à l’arrêt un de ses blocs de chirurgie en raison de l’absence pour motif médical de la principale infirmière de bloc.

Le Monde (10 décembre) observe :

Placés sous tension financière permanente par le gouvernement – Nicolas Sarkozy a exigé leur retour à l’équilibre en 2012 –, les hôpitaux français se sont engagés dans de vastes opérations de restructuration impliquant des économies tous azimuts. Pour éviter des suppressions de postes, ils ont puisé, en 2006-2007, dans leurs réserves financières, obérant d’autant leur capacité d’investissement.

A Marseille, 650 postes suppressions d’emploi entre 2002 et 2008. Au Havre, le retour à l’équilibre implique la disparition de 400 emplois. Au CHU de Nancy, encore 600 postes dans les quatre ans à venir. Avec cette particularité et cette limite : le statut de la fonction publique ne permet pas de licencier les agents hospitaliers, donc les directeurs compriment les effectifs par non remplacement des départs à la retraite ou non renouvellement des contrats à durée déterminée.
Parfois, sont appliqués des plans de départ volontaire, avec indemnité de départ : à Nantes, 200 personnes devraient quitter l’hôpital en 2009 avec une enveloppe individuelle qui pourrait atteindre 42 000 euros.
Ce simple tour d’horizon non exhaustif porte sur 4400 emplois !
Le problème est que notre Bien Aimé Omniprésident semble confondre les établissements de santé publique avec des entreprises privées, nécessairement rentables. Sans contraintes de service public. Une tâche de plus en plus ardue en raison du vieillissement de la population et du coût exponentiel des traitements médicaux lourds. La stratégie de redressement financier de l’hospitalisation publique  risque fort de prendre les allures d’un plan social massif portant sur plusieurs milliers d’emplois, assorti d’un choix plus accentué en faveur du privé. Le gouvernement accélèrerait les conditions de partage du marché, et le développement d’une médecine à deux vitesses. Comme en Grande Bretagne. Déjà, aujourd’hui, le système des consultations privées à l’hôpital public permet de s’affranchir des délais d’attente. Vous êtes pressé ? Alors c’est 150 ou 300 euros la visite ! Quant aux opérations lourdes, c’est ad libitum.
Et si vous craignez la promiscuité vous pouvez toujours aller à la Clinique de la Muette, comme Rachida Dati, la Garde des Sceaux.

Ce billet est une version actualisée à 15 heures, en fonction des annonces présidentielles.

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