Au cinéma : Australia, à voir avec un regard oblique

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Cinéma – Australia, de Baz Luhrmann, avec Nicole Kidman qui se bat contre un sinistre propriétaire, David Wenham avant de tomber dans les bras du cow-boy, sauveur de son bien. Hugh Jackman.
Il est évident que je devrais être fondamentalement méchant, descendre en flammes cette œuvre inspirée par Autant en emporte le Vent, Pearl Harbour et… l’Office du tourisme australien, avec la complicité de Rupert Murdoch, le tycoon – également australien – maître des gazettes en Grande Bretagne. C’est l’histoire d’une nana assez coincée, une vraie Lady, arrivée à la fin des années 1930 en Australie pour retrouver son mari volage. Elle le retrouve, mais mort, assassiné. Elle aura le plus grand mal à récupérer l’héritage, convoité par un voisin suspecté d’avoir fomenté le meurtre. Elle y parviendra au prix de mille péripéties, convertie au passage à la sexualité la plus torride, et à la défense des aborigènes persécutés par la population blanche.
Quelques mots donc pour résumer un opus de 2 h 40, financé par Murdoch et l’Australie au titre de l’action touristique, dirigée par un cinéaste australien ; exclusivement interprété par des comédiens australiens, à commencer par Kidman. Le grand problème du film est son objectif, traduit dans son cahier des charges, en quelque sorte : promouvoir la beauté souvent extrême des paysages australiens encore sauvages, en esquissant quelques pans de son histoire tumultueuse totalement inconnue en dehors de l’île continent. Avec une consigne précise : éviter toute appréciation générale qui pourrait fâcher les sponsors du film. C’est son défaut, un immense défaut pour beaucoup, à première vue Australia apparaît comme une longue bande annonce en forme d’images d’Epinal. Une bande annonce qui, disons-le tout de suite, n’est pas ennuyeuse. Deuxième défaut, et non des moindres : comme il fallait remplir 2 h 40, les scénaristes et le réalisateur ont entassé plusieurs histoires sans grands rapports entre elles : la guerre des éleveurs, l’ivresse des grands espaces déserts, la persécution des aborigènes et leurs proximité de la nature, les émois d’une jeune lady qui n’a rien vu de la vie au point de succomber au premier musclé venu, et pour couronner le tout, la « menace des jaunes » – en l’occurrence des Japonais – sur l’Australie. Je me serais bien contenté d’une de ces histoires, mieux racontée, plus approfondie.
Mais les choses étant ce qu’elles sont, comme je ne peux plus rien changer au fond, je vous propose un autre regard sur ce film. Oubliez les nunucheries et les clichetons de scénario, attachez-vous à  une vision oblique. Et, soudain, le conventionnel s’efface, il s’efface pour laisser la place à une impitoyable violence ; à une critique radicale du rôle des missionnaires chrétiens dans l’exploitation des métis aborigènes ; à une vision aussi peu classique que possible du destin qui n’a pas encore permis à cette île continent d’émerger à la surface d l’histoire. Tout le monde en retient quelques sites d’une « sauvage beauté », le pont et l’opéra de Sydney et avec ses grandes voiles de béton, les trains routiers monstrueux qui parcourent le pays « à fond la caisse », personne ne se souvient que ce pays a été bâti par des bagnards et leurs descendants, par les orphelins anglais exilés de force là-bas, en spoliant les aborigènes et leurs descendants qui sombrent aujourd’hui trop souvent dans l’alcool, tandis que les blancs ne parviennent pas à assumer leur culpabilité.

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