La France en Afghanistan

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

Jean-Dominique Merchet, dans son site « Secret Défense » associé au quotidien Libération, a jeté cette semaine un pavé dans la mare : la France envisagerait de renforcer ses effectifs en Afghanistan, pour les porter au niveau d’une brigade opérationnelle, très au-delà des 3.000 hommes actuellement présents sur le terrain. Très bien informé, très au fait des questions de stratégie, et peut-être un peu le passeur de paroles pour des militaires de tous rangs, Merchet écrit rarement pour ne rien dire. Je me demande si la publication de cette information n’est pas un « appel à réactions ». Ça peut se pratiquer…

Evidemment, compte-tenu de l’impopularité de cet engagement des troupes françaises, démenti généralisé et prompt, notamment d’Hervé Morin, le Ministre de la Défense :

Il n’envisage « aucun plan d’accroissement des effectifs en Afghanistan ». Ni le président Nicolas Sarkozy ni lui même n’ont « donné à l’état-major la consigne de travailler sur un plan de renforcement des effectifs en Afghanistan« . Un peu plus tôt le même ministre expliquait sur RTL que «pour l’instant, nous n’avons pas l’intention d’envoyer des hommes supplémentaires (…) Mais une partie de notre propre sécurité se joue en Afghanistan. On ne peut pas laisser ce pays revenir dans les mains des Talibans.»

Ce discours, je l’ai déjà entendu en avril au Tadjikistan quand avec les Auditeurs de l’INHES j’ai visité la base aérienne française de Douchanbé, assurant la logistique des troupes françaises en Afghanistan. Le principe cardinal de la politique française dans cette lointaine région de l’Asie est que notre sécurité en France dépend du succès des alliés en Afghanistan. Certes, mais on ne nous a toujours pas expliqué pourquoi et comment. Pour le moment, j’y ai surtout vu la volonté de MBAOP de s’aligner sur la politique définie par son copain Georges W. Pour le moment, Barack Obama semble suivre la même voie pour la guerre en Afghanistan. Et ensuite ? Question sécurité de la France, je vois surtout le flux continu de réfugiés afghans qui par la Turque, la Grèce et l’Italie se déverse sur l’Europe afin de fuir les combats. Un flux continu que l’on voit s’installer partout dans Paris, sous les porches d’immeubles dans les beaux quartiers. Je vois aussi que ce conflit en Afghanistan est le prétexte à une résurgence d’actions violentes à caractère éventuellement terroriste. Avant cette guerre, hormis le roman de Joseph Kessel, Les Cavaliers publié en 1967, l’opinion publique française ignorait tout de l’Afghanistan. Aujourd’hui, la présence de nos troupes sur place pour « renforcer » les Américains contribue à accroître à Paris la menace terroriste.


Publicités

Étiquettes : ,

Une Réponse to “La France en Afghanistan”

  1. Opsomer Says:

    voici ce que je publiais à ce sujet au mois de mars dernier :

    LE GUÊPIER AFGHAN.

    Bientôt 3 000 soldats français en Afghanistan… et personne ne s’interroge. En réponse aux demandes pressantes de la Maison Blanche, le président de la République vient pourtant de consentir à renforcer le corps expéditionnaire français. Mais Nicolas Sarkozy a-t-il oublié l’expérience soviétique ? L’URSS s’est massivement engagée durant dix années dans ces contrées hostiles, sans jamais venir à bout de la résistance afghane. Or, comme à l’époque soviétique, l’OTAN ne contrôle que les villes, pas les campagnes, qui arborent toujours les belles teintes rougeâtre, marron et jaune du pavot, première, voire unique richesse du pays sous la protection de tous les belligérants… En outre, l’année 2007 a été la plus sanglante depuis 2001, avec plus de 6 000 morts, et les principales villes, y compris la capitale, sont devenues les cibles d’attentats meurtriers. Désormais, comme Moscou en son temps, Paris souhaite « afghaniser » le conflit et augmenter le nombre de ses instructeurs au sein de l’armée afghane. Mais cette dernière est aussi peu fiable que par le passé et sans l’aide des soldats occidentaux, les forces gouvernementales seraient balayées par les talibans. Enfin, les résistants d’hier ne sont-ils pas les terroristes d’aujourd’hui ?
    Aussi faut-il se rendre à l’évidence : c’est un conflit long et coûteux, pour lequel une victoire occidentale face à une insurrection multiforme et animée par un puissant sentiment religieux demande à l’OTAN un sacrifice trop important. Dès lors, ne faudrait-il pas un vrai débat à ce sujet au Parlement ?

    Source : La Voix du Nord, dimanche 30 et lundi 31 mars 2008.

    Qu’en est-il aujourd’hui ? Près de six mois après l’embuscade qui a coûté la vie à dix de nos soldats, dont au moins un a été égorgé, pardon « tué à l’arme blanche », le contingent français va bénéficier de trois drones Sdim (avions sans pilote) pour renforcer ses capacités de reconnaissance, ainsi que six VAB (Véhicules de l’avant-blindé, des transports de troupes à roues) équipés de tourelleaux, qui permettent au servant de la mitrailleuse lourde de 12,7 mm de tirer tout en restant à l’abri. De bien maigres renforts, qui ne compenseront guère les insuffisances ; le soutien en artillerie est ainsi toujours réduit en raison du nombre de pièces insuffisantes (pour compenser cette faiblesse, il avait été envisagé un moment d’envoyer une poignée de chars Leclerc, engins particulièrement inadaptés à ce théâtre d’opérations montagneux où les altitudes de 3 000 à 6 000 mètres sont la norme).

    Pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy, conscient de l’impossibilité de gagner cette guerre (car c’est une guerre !), avait évoqué un possible retrait d’Afghanistan. Désormais président de la République, il accroît l’engagement militaire de la France. Serait-il devenu autiste à la réalité ? Aujourd’hui comme hier, l’Afghanistan est un bourbier sans fond où la victoire est impossible mais la défaite interdite. Dès lors, les Nations Unies ne devraient-elles pas réunir, comme à la fin 2001, un sommet extraordinaire rassemblant tous les protagonistes et d’autres acteurs de la région tels que l’Iran, la Chine, le Pakistan, la Russie et l’Inde ? L’actuel locataire de l’Elysée, toujours en quête de notoriété, ne devrait-il pas prendre l’initiative d’un tel sommet plutôt que de s’obstiner dans une voie sans issue ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :