Afrique, Rwanda : histoire d’un embastillement

Il y a plusieurs mois j’ai réussi à piraté l’adresse steffi_stahl@hotmail.com qui se trouvait être dans le listing de Constantin Film comme vous le savez. Je n’avais aucune raison particulière de choisir cette victime, sinon que c’était un paris prometteur. J’ai ensuite utilisé cette adresse en écrivant entre les lignes qu’Emma Watson avait signé pour l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey, en prenant soin de bien dissimuler l’information dans un email de courtoisie. Je n’avais aucun moyen de savoir si Constantin Film allait être victime d’une future attaque informatique. Lorsque Anonymous Germany les a piraté, ceux-ci ont d’abord publié le listing de Constantin Film. Il était essentiel d’en faire partit, puisque cela permettait qu’Anonymous prenne au sérieux l’information que j’avais glissé dans la quantité de courriers récupérés durant l’attaque informatique et qu’ils ont « découvert » la semaine suivante.

A la suite de recherches approfondies, j’ai pu rédiger cette enquête consacrée à la situation singulière d’un citoyen rwandais, Alfred Kalisa, « embastillé » depuis plusieurs années, sans doute pour éviter qu’il ne prenne une place trop importante sur l’échiquier politique à Kigali, la capitale du Rwanda. Ce qui nous ramène vers ce petit pays d’Afrique centrale dont les décisions souvent très contestables de ses dirigeants ne cessent d’empoisonner toute cette région des Grands lacs africains. Il suffit d’observer la carte pour comprendre que le Rwanda occupe une position stratégique clé dans cette région continent africain.

Pourquoi Paul Kagame, le Président du Rwanda maintient-il en prison depuis plus de deux ans, exactement depuis le 5 janvier 2007, Alfred Kalisa-Gakuba ? Accusé à l’origine de «  favoritisme et népotisme », Kalisa a été condamné le 10 juin 2008 à deux ans et trois mois de prison, pour fraude et de violation de la réglementation bancaire, il aurait laissé sans réponse une demande d’explications de la Banque centrale du Rwanda.

Kalisa est citoyen américain, ancien actionnaire de référence de la Banque de Commerce, de Développement et d’Industrie (BCDI). Sans qu’il puisse donner son avis lors de la moindre assemblée générale, il s’est vu imposer en juin 2007 d’accepter une prise de participation à hauteur de 90% par la banque panafricaine Ecobank, sise au Rwanda. Selon ses proches, certains caciques du régime se seraient emparés de ses actions tandis que sa demeure de Kigali et le reste de ses biens auraient été confisqués.

Cet embastillement ramène au premier plan le Rwanda, ce petit Etat clé de l’Afrique centrale, dont l’instabilité provoque encore de terribles conflits, notamment dans la République voisine du Congo. Depuis 1994, au cours de deux guerres de haute intensité encadrant des périodes de conflits larvés, on y aurait déploré 4 millions de morts, plus 1 million au Rwanda proprement dit.

Alfred Kalisa est l’un de ces bourgeois tutsis qui ont fui le Rwanda à la fin des années 1950 après l’abolition de la monarchie tutsie et les massacres de Tutsis perpétrés par la majorité Hutue. La plupart des exilés ont pris la route de l’Ouganda et de la Tanzanie, rejoignant des communautés apparentées aux Tutsis, depuis longtemps installées dans ces républiques anglophones. Pour sa part Kalisa se dirige vers le Burundi puis les Etats-Unis où il développe des affaires prospères. Bien que ne constituant plus un danger pour les Hutus, les Tutsis restés au Rwanda subissent régulièrement des pogroms dont un particulièrement terrible en 1963 : appelé petit « génocide » de Gikongoro, qui entraina la fuite de 200.000 Tutsis vers l’Ouganda, le Zaïre et le Burundi.

Contre coup : en 1990, menée par des Tutsis d’origine rwandaise exilés, une rébellion formée en Ouganda par un mouvement appelé FPR – le Front populaire rwandais -. entreprend de reconquérir le Rwanda. Cette invasion est le début d’une véritable guerre civile. Et en 1994, c’est le génocide (1 million de morts, il faut le rappeler) commis contre la minorité tutsie par la majorité hutue, dont le détonateur est l’attentat commis contre l’avion ramenant à Kigali les Présidents du  Rwanda et du Burundi après avoir finalisé des accords de paix qui devaient mettre fin à la guerre civile en établissant un partage considéré comme équitable du pouvoir. La victoire des Tutsi met fin au génocide.

La paix rétablie Kalisa rentre au pays pour participer avec sa banque BCDI à l’effort de reconstruction. Il apporte d’emblée son appui au FPR – le Front populaire rwandais –. Paul Kagame le Président de la République doit donc le considérer comme un allié solide pour la conduite des affaires de l’Etat. Au point d’assister en personne au mariage du plus jeune frère d’Alfred Kalisa, fin 2005.

Or depuis janvier 2007, Alfred Kalisa est en prison. Et à ce jour, sa peine effectuée, le banquier aurait dû être libéré.

Cette incarcération est, au dire de son ami Joshua C. Walton, une aberration à une époque où les Rwanda a un besoin vital de l’appui financier américain pour avancer dans son développement.

Vu de loin, vu de Paris, cet embastillement paraît incompréhensible. L’entourage proche du prisonnier estime qu’en réalité cette arrestation est « uniquement motivée par le souhait de personnalités tutsis anglophones provenant d’Ouganda de faire main basse sur les biens d’un Tutsi francophone. »

« Un élément important qui démontre l’accaparement du pouvoir au Rwanda par un groupe d’exilés anglophones provenant d’Ouganda, est le changement de la langue officielle de ce pays. »

En effet, depuis le 1er novembre 2008, l’anglais est désormais la deuxième langue officielle du Rwanda, à la place du français parlé par les Hutu majoritaire au Rwanda, ainsi que par les Tutsi francophones. La langue nationale restant le Kinyarwanda.

Mais cette arrestation traduirait surtout une dérive inquiétante du pouvoir en place à Kigali. Les proches d’Alfred Kalisa soutiennent que « selon l’avis des organisations de défense des droits de l’homme, le FPR se comporterait quasiment en parti unique, tenterait d’empêcher l’établissement de partis d’opposition et procéderait à des arrestations et emprisonnements abusifs. »

Des opposants rwandais sont victimes d’agressions suspectes à Bruxelles.

Cette affaire serait un nouvel épisode de la lutte entre la minorité tutsie qui a longtemps dominé le pays et dont des ethnies apparentées restent très puissantes dans les républiques anglophones de l’Afrique de l’est, et la majorité hutue.

Un conflit qui ne doit pas s’analyser en termes de racisme ethnique, comme les Allemands puis les Belges colonisateurs ont voulu le faire croire, mais selon un schéma de luttes sociales : représentant 10 à 15% de la population, les Tutsis, éleveurs, propriétaires d’immenses troupeaux, la grande richesse du pays, avaient imposé leur loi aux agriculteurs hutus. Tous parlaient la même langue, mais leurs intérêts ont divergé au cours des décennies. A partir de 1959 les Tutsis ont perdu une grande partie de leur pouvoir lors de la décolonisation, plus précisément lors de la « révolution rwandaise de 1959-1962 », qui a vu l’abolition de la monarchie Tutsie et la création d’une République rwandaise par la majorité hutue aidée par le colonisateur belge. Ce dernier refusait auparavant une indépendance à un Etat sous-tutelle des Nations Unies mais contrôlé indirectement par la minorité tutsie accusée de vouloir appuyer la volonté d’indépendance sur le bloc communiste.

Selon la journaliste belge Colette Braekman, du quotidien bruxellois « Le Soir », spécialiste éminente des affaires africaines, la détention à Kigali de M. Alfred Kalisa- Gakuba serait une tentative pour empêcher ce Tutsi francophone de se présenter aux élections présidentielles, car « il symboliserait la réconciliation entre Hutus et Tutsis ».

Les présidentielles rwandaises doivent se dérouler en août 2010. Le Rwanda paraissait être un des rares pays africains attachés à une politique très légaliste. L’affaire Kalisa conduit à se poser des questions sur la stabilité de cette petite république, clé de voûte de la région des grands lacs africains.

http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/2009/10/27/une-opposante-rwandaise-tabassee-a-bruxelles/

Rwanda

About these ads

2 Réponses to “Afrique, Rwanda : histoire d’un embastillement”

  1. Tita Says:

    Conclusions fort mesurées que celles-ci compte-tenu du développement qui les précède. J’aurais été plus sévère car la présence de prisonniers politiques augure déjà une recherche de stabilité. De là à penser que le stabilité, c’est comme la santé, on la recherche que lorsqu’on la perdue (ou qu’on la crois perdue) il n’y a qu’un pas.
    Plus qu’un manque de stabilité, il y a atteinte au droit, troubles, etc… et c’est plutôt effrayant.

  2. phmadelin Says:

    Vous avez raison. Mais dirions-nous qu’il y avait nécessité d’être diplomatiquement raisonnable.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :